| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
Immigration : hypocrite politique communautaire visant à repeupler l’Europe, tout en offrant à ses chefs d’entreprises une main d’oeuvre docile et au niveau de salaire idéal pour écraser les salaires des travailleurs européens.
Aussi urgente que la régulation de l’économie mondiale, la régulation des flux migratoires (qui sont bien souvent la conséquence des désordres du capitalisme globalisé) a pour premier enjeu le maintien de notre modèle républicain. Empêcher les ghettos urbains et scolaires avec leur lot de violences, favoriser l’assimilation d’individus à nos valeurs et à notre société, sans permettre qu’un afflux désordonné ne favorise la pression à la baisse sur les revenus du travail en France, lutter par là contre les réactions à caractère raciste (souvent née de l’exaspération et du sentiment d’abandon qu’éprouvent nos concitoyens), tels sont les objectifs prioritaires d’une politique responsable de maîtrise de l’immigration.
Sur ce dossier, l’Europe se présente aujourd’hui comme le « plus » que nous sommes en droit d’attendre d’elle. Et Nicolas Sarkozy, qui a eu l’habileté de se faire élire sur ce thème sans trop en avoir l’air, n’a pas été en reste pour le mettre en avant durant la présidence française de l’Union européenne.
Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres ! D’abord, parce que la mise en oeuvre de la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux, instaurée par le traité de Maastricht (1992), a aggravé la situation antérieure, la disparition des contrôles aux frontières ouvrant notre pays à tous les vents. Ensuite parce que l’Europe intégrée, celle de la Constitution européenne de Lisbonne, se livre à nouveau à un jeu de promesses démagogiques qu’elle ne pourra pas tenir, tout au contraire. Durant la première moitié des années 2000, l’Espagne et l’Italie ont massivement régularisé des étrangers clandestins présents sur leur sol, pour un total d’environ 1 500 000 personnes. Ces décisions ont notamment soulevé les protestations officielles de la France et de l’Allemagne, mais celles-ci sont restées vaines à cause de la liberté de circulation au sein de l’Union européenne. En effet, une fois régularisés, ces immigrés ont tout loisir de franchir les frontières de l’UE pour s’installer dans les pays les plus généreux en matière d’aide sociale, à commencer par la France. Et il est bien évident que la crise, qui frappe sévèrement l’Espagne, ne peut qu’aviver le phénomène…
Aide médicale d’Etat (AME) pour les clandestins, Couverture Maladie Universelle (CMU), Aide pour le logement (APL), Revenu Minimum d’Insertion (RMI), pour les réguliers, sont autant d’attraits pour ces personnes ayant fui la misère de leur pays d’origine, même si bien sûr la plupart d’entre eux veulent travailler.
Mais cela a des répercussions très graves pour notre pays : la ghettoïsation de ces populations, leur difficulté concomitante à s’intégrer, l’explosion de la délinquance, la mise à mal du système d’intégration républicaine (crise de l’école, surcharge des hôpitaux, etc.), voire la remise en cause des valeurs qui le sous-tendent (rejet de la laïcité, tentation communautariste et de « discrimination positive »). Pour tenter de résoudre le problème, l’UE essaie de se doter d’une politique commune de l’immigration, mais celle-ci ne paraît pas viable.
Face à cette impasse dans laquelle notre pays s’est laissé enfermer de manière absurde, « au nom de l’Europe », le choix est simple : soit réduire considérablement l’aide sociale en France, alignée ainsi par le bas sur d’autres pays européens - au risque de provoquer à juste raison de très vives tensions - soit, solution la plus raisonnable et la plus simple, le rétablissement des contrôle à nos frontières, en faisant jouer la clause de sauvegarde d’ailleurs prévue dans le traité de Schengen qui a instauré la liberté de circulation dans l’UE.
Une gestion efficace à l’échelle de l’Europe des 27 des flux migratoires, ainsi que des problèmes de sécurité publique qui leur sont liés, implique une intégration fédérale qui n’existe pas, n’est ni réaliste ni souhaitable, compte tenu des différences - parfois des divergences - considérables qui existent entre pays membres. Ainsi, l’émergence d’un corps de gardes-frontières européens se heurte à la réticence de plusieurs pays (à commencer par l’Allemagne) à la financer. Surtout, problème central, les différences importantes dans les situations démographiques et l’attractivité économique et sociale très variable des pays membres, font qu’il n’existe pas une homogénéité suffisante à l’échelle des 27 pour gérer efficacement les flux migratoires.
Par exemple, la France est l’un des seuls pays de l’UE à assurer le renouvellement de ses générations et n’a donc aucun besoin, contrairement à la plupart de ses partenaires, d’un afflux de migrants pour maintenir son peuplement. Par exemple encore, les pays périphériques de l’UE, au contact du monde extra européen mais souvent moins attractifs que leurs voisins du centre et du nord, n’ont guère les moyens ni la volonté d’empêcher réellement l’afflux d’immigrés clandestins et les trafics qui ne les concerneront que marginalement. Car une fois régularisées, ces populations immigrées changent bien souvent de pays d’accueil, privilégiant ceux qui ont le système d’aide sociale le plus généreux, comme la France.
La France est également pénalisée par sa frontière (maritime) commune avec la Grande-Bretagne, destination économique très prisée ces dernières années. Mais la Grande-Bretagne n’ayant pas signé le traité de Schengen, les candidats à l’émigration clandestine sont bloqués dans notre pays. C’est ainsi que la région du Pas-de-Calais est devenue une gigantesque zone de non-droit.
On constate également le même problème avec les Roms d’Europe centrale, principalement de nationalité roumaine, qui s’installent dans nos grandes villes sans que l’Etat ne trouve aucune parade efficace : malgré des aides au retour et une coopération renforcée entre les autorités françaises et roumaines, l’Etat est incapable d’empêcher le retour dans notre pays de ces populations tsiganes, qui pratiquent volontiers la mendicité des enfants et des femmes, vivent dans une misère noire, sont un facteur d’insécurité évident (trafics en tout genre).
Au plan de la criminalité de droit commun, les mêmes causes produisent les mêmes effets, avec les mafias de l’est, ukrainiennes, kosovares, etc. qui pratiquent le vol de voitures en bandes organisées, le trafic de drogue, d’armes de guerre et parfois d’organes, la prostitution, etc. Les frontières orientales de l’UE sont particulièrement poreuses, de même que celles de l’Espagne, qui est un sas d’entrée pour les trafiquants de drogue en provenance du Maroc (enclaves passoires espagnoles au Maroc).
Le principe de libre circulation (des hommes, mais aussi des biens, des services et des capitaux) mis en oeuvre par le traité de Schengen, a favorisé également d’autres types de délit, comme l’insécurité routière causée par des ressortissants communautaires (en France, 25% des infractions de vitesse leur sont dues) sans qu’ils encourent de réelles sanctions, puisque les autorités françaises, en l’absence d’accord entre pays membres de l’UE en dépit de l’entrée en vigueur de la liberté de circulation, ne se sont pas résolues à pratiquer la confiscation systématique des véhicules en cause.
Et pourtant, les eurocrates continuent de plus belle ! Le président de la République s’enfonce ainsi dans une impasse en voulant « faire avancer » à marche forcée une Europe des flux migratoires, qui aggrave le problème qu’elle est censée résoudre. A cet égard, le traité de Lisbonne, que Nicolas Sarkozy a imposé aux Français par un coup de force parlementaire et qui reprend la Constitution européenne rejetée par référendum en 2005, étend l’usage de la majorité qualifiée à l’immigration, ce qui risque de permettre des décisions totalement contraires à l’intérêt de la France. De plus, il menace notre laïcité républicaine avec l’adoption de la Charte des droits fondamentaux, de portée contraignante : « Toute personne a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites » (article 70 de la Charte des droits fondamentaux, inscrite dans un protocole annexe du traité de Lisbonne). Ainsi, la Commission européenne plaide pour une immigration légale massive, ainsi qu’elle l’a exposé dans son « Livre vert » publié en 2005. Cette préconisation exprime d’ailleurs, pour une large part, les intérêts d’un certain patronat, qui voit dans l’immigration, tout comme la Commission18, l’instrument d’une pression à la baisse sur les salaires des Européens. Cet objectif d’une immigration massive, presque de peuplement, est totalement contraire aux besoins de la France et même de la plupart des autres pays européens et risque, s’il était mis en oeuvre dans l’avenir, de déstabiliser profondément notre pays.
C’est l’un des piliers du « Pacte européen sur l’immigration et l’asile », à propos duquel Brice Hortefeux, alors ministre de l’Identité nationale, déclarait en octobre 2008 : « Pour la première fois, l’UE reconnaît le principe selon lequel les migrations peuvent contribuer de manière décisive à la croissance économique. » !19
Enfin, la Cour européenne de Justice s’immisce de plus en plus dans le droit au séjour qui dépend pourtant selon les traités des Etats-nations européens, en vertu d’une interprétation très hardie de nouveaux traités ou d’un pouvoir autonome de production du droit qu’elle s’arroge bien souvent toute seule, en l’absence de toute instance de contrôle de son activité : ainsi, l’Irlande et le Danemark sont particulièrement inquiets d’un arrêt de la Cour du 25 juillet 2008, rendant obligatoire la régularisation d’un étranger clandestin marié avec un ressortissant de l’UE, même si celui-ci n’a pas au préalable vécu légalement dans un autre Etat membre. Il s’agit d’une nouvelle illustration du caractère tentaculaire des pouvoirs de cette cour, qui s’en prend à la législation sur le regroupement familial des Etats les plus prudents sur ce terrain. Si dans les faits l’Europe de l’immigration est une Europe-passoire, on constate également que les discours de nos dirigeants sur les lendemains qui chantent ne sont qu’un habillage mensonger d’une situation qui ne peut qu’empirer.
La voie de la communautarisation à outrance des politiques nationales d’immigration est une impasse que se refusent à reconnaître nos dirigeants, compromis depuis des années avec cette construction européenne-là et qui n’ont plus d’autre choix que la fuite en avant vers le pire.
Le seul moyen pour vaincre tous ces problèmes est de faire jouer dans l’urgence la clause de sauvegarde du traité de Schengen, qui autorise un pays signataire à rétablir les contrôles à ses frontières pour des raisons de troubles à l’ordre public, qui sont ici réunies.
Par ailleurs, pour forcer tous les pays de l’UE à assumer leurs responsabilités, il faut restreindre la liberté de circulation bénéficiant aux immigrés légaux, de telle sorte que chaque pays membre de l’UE puisse décider de les admettre ou non sur son territoire.
Mais si cela ne devait pas suffire, il faudrait alors se retirer du traité de Schengen et, comme la Grande-Bretagne, maintenir des contrôles permanents à nos frontières.
Enfin, la France doit prendre des mesures énergiques pour lutter contre la délinquance des ressortissants et entreprises communautaires, en n’hésitant pas par exemple à saisir les véhicules des contrevenants au code de la route ou à engager des actions préventives contre les établissements financiers à la conduite douteuse. Rétablir la plénitude de l’ordre républicain sur le sol français n’est pas seulement une priorité de sécurité publique. C’est tout autant la condition préalable à la remise en marche de l’intégration républicaine, notamment des jeunes d’origine immigrée qui s’en détournent parfois parce qu’ils la tiennent pour un mensonge. Mais il faudra aussi aller plus loin, en rétablissant une vraie politique de coopération et d’aide au développement, notamment vers l’Afrique, dont la France ne doit plus hésiter à redevenir le fer de lance, face à des partenaires européens qui traînent des pieds et lui offrent l’excuse d’un irresponsable désengagement.
18. A plusieurs reprises, ces dernières années, la BCE et la Commission européenne ont ouvertement plaidé en faveur de la baisse des salaires nominaux en Europe afin de « relancer la croissance ».
Par Nicolas Dupont Aignan
L’apparition en France de la pratique du port du voile intégral (de type burqa, niqqab,…) est récente et d’ampleur limitée. Mais elle n’en a pas moins - à juste titre - soulevé inquiétude et indignation, tant la régression qu’elle constitue pour l’émancipation féminine et le respect le plus élémentaire de la dignité humaine, heurte le sens commun.
Avec d’autres, j’avais réclamé et j’ai salué la mise sur pied d’une mission d’information sur cette pratique aux allures clairement moyenâgeuses, en vue notamment de déterminer si une loi d’interdiction est souhaitable et possible pour clairement la bannir hors du territoire de la République française.
A cette double question, ma réponse est positive.
D’une part, il est nécessaire de rendre hors la loi le port de la burqa et autre niqqab qui, cantonné à quelques centaines de personnes selon les observateurs, ne doit en aucun cas se banaliser au risque de se répandre.
Il est tout d’abord évident que cette pratique relève d’un obscurantisme clairement contraire aux principes et valeurs de la modernité et du progrès démocratiques, tels qu’ils se sont affirmés au fil des siècles en France comme dans la plupart des pays du monde. Cette « prison en liberté » réservée aux femmes dans l’espace privé et public, est non seulement antinomique avec la conception française, républicaine, de la démocratie, mais aussi avec une vision plus universelle de la Liberté, qui ne s’arrête pas à nos frontières et que l’on ne saurait réduire à une sorte d’impérialisme idéologique de type « occidentaliste ». Que certaines adeptes se disent « volontaires » ne change rien, tant il est vrai que d’autres pratiques contraires à la dignité humaine (on a ainsi pu évoquer le « lancer de nain ») impliquant des personnes mêmes consentantes, sont interdites par la loi. Le rôle de la France vis-à-vis de certains pays où a cours cette pratique, étant selon moi d’en favoriser démocratiquement l’abandon progressif, dans l’intérêt premier et bien compris des intéressées, il serait dans ces conditions extraordinaire qu’on la laisse prospérer sur notre propre sol.
Ensuite, il faut garder à l’esprit que cette pratique coutumière (dont l’ancienneté n’est pas démontrée d’ailleurs) n’a rien à voir avec la religion musulmane, qui ne la prescrit dans aucun de ses textes sacrés, à telle enseigne qu’elle est totalement étrangère à la plupart des pays musulmans - notamment ceux du Maghreb, dont les liens avec la France sont historiques et démographiques. Interdire le port de la burqa et du niqqab n’empêcherait donc en rien la pratique religieuse musulmane en France. En revanche, un laisser-faire ou une tolérance à l’égard de cette pratique risquerait de provoquer des troubles à l’ordre public compte tenu du haut niveau de rejet qu’elle suscite. Cette licéité serait d’ailleurs en contravention avec l’article X de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui affirme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » A cet égard, la Charte des droits fondamentaux annexée au traité de Lisbonne ne devrait pas pouvoir lui être opposée.
Enfin, le port du voile intégral relève de coutumes et de mœurs d’origine géographique lointaine (Golfe persique, Afghanistan) qui n’ont aucune légitimité historique et culturelle à s’affirmer sur le sol français.
Ainsi, l’interdiction du port du voile intégral paraît nécessaire tant pour faire respecter sur notre propre sol les valeurs à la source de notre pacte social, que pour favoriser l’émergence d’un islam français préservé de toute dérive intégriste, qui n’en est que le dévoiement. Néanmoins, les adversaires d’une loi invoquent la stigmatisation de l’islam, le caractère marginal de cette pratique ou encore l’inapplicabilité d’une loi d’interdiction. On a déjà répondu aux deux premiers arguments, reste à examiner le troisième.
En effet, d’autre part, il apparaît parfaitement possible d’interdire le port du voile intégral sur la voie publique, malgré certaines réserves exprimées ça et là et même si des instruments juridiques existent déjà pour ce faire.
Dans l’état actuel de notre droit, il serait peut-être possible d’empêcher le port du voile intégral dans l’espace public, en vertu de la législation qui interdit par exemple, de se promener nu dans la rue, ou encagoulé au sein d’un attroupement. Néanmoins, et pour lever toute ambiguïté sur ce plan, le vote d’une loi solennelle par le Parlement constituerait un signal fort adressé aux intégrismes religieux.
Certains évoquent la difficulté ou le risque qu’il y aurait à appliquer concrètement cette loi. Celle-ci pourrait prévoir tout simplement que les contrevenantes et les personnes qui les encouragent à enfreindre l’ordre public s’exposent à des amendes importantes assorties de poursuites devant le tribunal de police. Pour les personnes de nationalité étrangère, la multi-récidive devrait pouvoir être sanctionnée par l’éloignement du territoire.
En conclusion, cette loi d’interdiction, nécessaire et parfaitement applicable, doit permettre de faire passer un message de grande fermeté vis-à-vis d’une pratique qui :
heurte définitivement le sens commun et les valeurs fondatrices du pacte social en France, en cela qu’elle constitue une régression inadmissible pour la dignité humaine,
favorise l’intégrisme religieux en disqualifiant une pratique religieuse qui a droit de cité comme les autres en vertu notamment des principes de liberté de culte et de laïcité,
ne peut que provoquer des troubles à l’ordre public totalement illégitimes et tombant sous le coup de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, tout en favorisant une injuste suspicion de la part de la communauté nationale sur des personnes paisibles et intégrées à la société française appartenant à certaines minorités visibles.
Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du rassemblement gaulliste Debout la République
|
|
L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système.
Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles.
La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité.
L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer.
La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.
Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.
Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.
L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.
L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).
L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié.
Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance.
1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale.
2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé.
3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité.
4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême.
5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle.
L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité.
L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.
Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)
Il faut d’urgence aider les femmes à faire moins d’enfants pour lutter contre le péril climatique : c’est le message martelé par le rapport 2009 du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), publié mercredi 18 novembre, selon lequel la natalité galopante des pays en développement est l’un des principaux moteurs du réchauffement et l’un de ses premiers risques.
A trois semaines du sommet de Copenhague et alors que la planification familiale marque le pas dans les régions les plus pauvres, l’Unfpa tente ainsi d’imposer dans les débats une question démographique aussi absente des rapports du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) que des négociations internationales.
Le ton de l’appel surprend : même si la Terre gagne chaque semaine 1,5 million d’habitants, les démographes conviennent aujourd’hui, après l’alarmisme des années 1960, que la population mondiale va se stabiliser en douceur à plus ou moins 9 milliards en 2050 – contre 6,8 milliards aujourd’hui – et que la bombe démographique a déjà fait pschitt.
“Il ne s’agit pas de réglementer le nombre de naissances, mais d’offrir un libre choix”, rappelle le Canadien Yves Bergevin, coordonnateur pour la santé maternelle à l’Unfpa. “Dans tous les pays où l’on développe l’égalité des sexes, l’éducation des filles et le planning familial, la natalité baisse durablement de six ou sept enfants par femme à seulement deux ou trois, sans coercition et sans exception.”
Certes, un nouveau-né nigérian promet de créer au cours de sa vie une empreinte écologique bien moindre qu’un petit Américain. Mais les pays en développement connaissent une croissance démographique rapide et très émettrice en carbone, argumente le Fonds des Nations unies pour la Population (Fnuap).
Un processus lent
Ainsi, dans un monde aux ressources limitées, freiner la croissance de leur population permettrait aux pays pauvres, non seulement de sortir de la misère, mais aussi de réduire le volume de leurs
émissions de CO2 et de mieux s’adapter aux effets du réchauffement – manque d’eau, insécurité alimentaire –, estime l’agence de l’ONU, selon laquelle “des modes viables de consommation et de
production ne peuvent être atteints et maintenus que si la population mondiale ne dépasse pas un chiffre écologiquement viable”.
Parlons chiffres, donc. L’ONU prévoit en 2050 une population mondiale de 9,15 milliards d’humains. Un scénario médian, encadré par une hypothèse basse à 7,9 milliards et une version haute à 10,4 milliards.
Selon les récents calculs d’un climatologue américain du National Center for Atmospheric Research, Brian O’Neill, l’humanité émettrait, dans l’hypothèse basse, deux milliards de tonnes de CO2 en moins que dans le scénario médian. L’économie équivaudrait au remplacement de centrales à charbon par 2 millions de turbines éoliennes d’une puissance d’un mégawatt !
Une autre étude tout aussi récente citée par le Fnuap conclut qu’un dollar investi dans la planification familiale et l’éducation des filles réduit les émissions de gaz à effet de serre au moins autant qu’un dollar dépensé dans l’énergie éolienne.
Des estimations de haute voltige, tant tout cela dépend de l’évolution des modes de consommation et de production. Mais présentée ainsi, l’arme démographique apparaît fort tentante… et peut-être un peu trop simple.
“Indéniablement, la croissance démographique amplifie tous les problèmes, c’est l’élément le plus simple et le plus direct. Mais c’est une illusion de croire que l’on peut agir sur cette variable de manière simple et directe. C’est un processus lent, qui passe par l’éducation et se heurte à des obstacles politiques et culturels, plus encore que religieux. Il ne suffit pas de mettre des cartons de contraceptifs à disposition des gens”, tempère le démographe Henri Leridon, premier titulaire de la chaire de développement durable au Collège de France.
Reste que ce “processus lent” stagne dans les pays les moins avancés, alors même que le scénario moyen de l’ONU suppose une baisse considérable du taux de natalité dans les pays en développement, nécessitant des progrès importants dans l’accès au planning familial. Au point que pour certains scientifiques, sans reprise de l’effort en faveur de l’émancipation des femmes et de la contraception, on pourrait en réalité atteindre 11 milliards d’habitants en 2050.
“Un milliard d’humains n’ont pas accès à un minimum d’éducation sexuelle et de services de santé reproductive. Nos enquêtes montrent que 200 millions de femmes dans les pays en développement ont des besoins non satisfaits en moyens de contraception”, explique M. Bergevin.
Signe de ce retard, la prévalence de la contraception moderne n’est que de 21% dans les pays les moins avancés, où le taux de fécondité reste de 4,9, contre une moyenne mondiale de 2,54. “Une soixantaine de pays affichent toujours une natalité extrêmement forte”, indique M. Bergevin.
Le Niger, pays semi-aride fortement soumis au risque climatique, fait partie de ces pays où la transition démographique n’est encore qu’une perspective lointaine : sa population devrait grimper de 15,3 millions à 58,2 millions en 2050, les femmes y ont sept enfants en moyenne et la prévalence de la contraception moderne ne dépasse pas 5%.
Aveu de semi-échec
Quinze ans après la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, où l’éducation, la santé reproductive et la planification familiale ont été reconnues par la
communauté internationale comme la voie à suivre pour stabiliser la population, l’appel du Fnuap sonne comme un aveu de semi-échec.
Le financement de la planification familiale par les pays donateurs du Fnuap s’est effondré, passant de 723 millions de dollars en 1995 à 338 millions de dollars en 2007, en raison notamment du désengagement des Etats-Unis, inquiets de voir leur argent financer des programmes proavortement.
Un recul aggravé par les ravages des programmes d’ajustement structurel de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International sur les systèmes de santé et d’éducation de certains pays.
Au risque de paraître vouloir “récupérer l’enjeu du climat pour alimenter son fonds de commerce”, selon M. Leridon, le Fnuap souhaite obtenir à Copenhague que l’émancipation des femmes et la planification familiale soient reconnues parmi les mécanismes d’adaptation au changement climatique susceptibles de recevoir des financements internationaux.
“Il n’y a pas d’investissement dans le développement qui coûte si peu et qui apporte des bénéfices si immenses et de si vaste portée”, plaide Thoraya Ahmed Obaid, la directrice exécutive du Fnuap.
Source : Le Monde - 18.11.09
vendredi 27 novembre 2009, par Loick
La peur de l’insécurité fait-elle le jeu du système et de Sarkozy ? Ou est-elle une réaction légitime ?
La peur est-elle déshonorante ?
Lors de nombreux débats, quand on parle d’insécurité ou d’intégrisme, les bien-pensants brandissent un argument-massue : « Vous avez peur ! » Ce mot accusateur est accompagné d’un discours, comme celui de l’humoriste T. Vaquette, Mardi 24 novembre à « Ce soir ou jamais » face à Eric Zemmour : « En attisant les peurs, le Système met en place un contrôle social. » On pourrait compléter cet argument par : « Cette peur est créée de toutes pièces pour détourner des vrais problèmes. » Il est amusant de voir que souvent, ceux qui critiquent « la peur » quand il s’agit de violence, d’insécurité ou d’intégrisme, n’ont pas la même attitude quand on parle du réchauffement climatique, de la fin du pétrole etc. Il y a donc des peurs légitimes, et d’autres qui ne le sont pas. La peur peut être positive si elle nous mobilise contre un réel danger – comme les dangers écologiques.
Mais alors, la peur des violences urbaines ou de l’intégrisme, ne seraient-elles pas des peurs salutaires, voire nécessaires ? Ne sont-ce pas ces bien-pensants qui, eux, « n’ont pas peur » (peut-être parce qu’ils vivent dans de beaux quartiers, se déplacent en voiture et pas en RER, ou bien sont des jeunes gens en pleine santé ne se sentant pas « en insécurité »), qui seraient en fin de compte aveugles et les véritables alliés du Système ?
A force d’ignorer les peurs d’un peuple qu’ils méprisent, les donneurs de leçons laissent la situation d’insécurité se dégrader et, à terme, ils favorisent des tentations répressives. En fait, les bien-pensants ne seraient-ils pas les « idiots utiles » du fascisme à venir ? Nous y reviendrons.
En réalité, les bien-pensants veulent toujours – comme à leur habitude – faire taire leurs opposants. Cela ne les intéresse pas de discuter, de chercher à éclaircir la situation, de confronter des points de vue. Ils aiment la diversité surtout entre gens d’accord sur les mêmes idées, les mêmes valeurs. Un drôle de pluralisme. Mais quand on formule des opinions gênantes, ce qu’ils veulent, c’est discréditer l’autre (par ex. Zemmour ou Riposte Laïque), et identifier leurs contradicteurs avec l’extrême droite. Si l’opération réussit, il n’y aura plus à discuter. Car c’est bien connu, on ne discute pas avec un facho, on le met « hors d’état de nuire », on lui tape dessus ou au moins on lui fait des procès pour le ruiner et l’empêcher d’exprimer ses idées nauséabondes.
Quand, lors d’un débat sur l’insécurité, un bien-pensant dit « vous avez peur », il suggère : « vous avez peur de l’autre, des musulmans ou des ‘jeunes des cités’, parce que vous êtes raciste. Votre peur est la peur du petit blanc, ou du petit bourgeois, face aux classes dangereuses. Cette peur a toujours servi à justifier la répression et l’Etat fort. Votre peur n’est pas recevable, moi je n’en ai rien à faire ! » Il est intéressant de noter à quel point cette leçon de morale est insupportable, pleine de mépris pour tous ces gens qui souffrent d’une insécurité véritable, d’agressions, ces profs, ces pompiers, ces médecins. Nos bien-pensants, que proposent-ils de faire des plaintes de toutes ces personnes, à part les qualifier de « racistes » ? Mais passons…
Si notre bien-pensant argumente, sa position revient à ceci : « Vous vous intéressez à un faux problème. L’islamisme, l’insécurité ? Ce ne sont que des conséquences de conditions sociales difficiles, de l’exclusion et du chômage. Au lieu de vous intéresser aux conséquences, travaillez aux causes, améliorez l’économie, luttez pour de meilleurs salaires, moins d’exclusion etc. »
Sur l’islamisme : il est évident qu’il s’agit d’une force idéologique, qui mobilise autant chez les exclus que dans les classes moyennes, y compris occidentalisées. Ben Laden est un riche ; les auteurs des attentats de Londres appartenaient aux classes moyennes « intégrées ». L’islamisme est un choix conscient et volontaire, pour imposer un autre modèle de société. Ce n’est pas une « invention de Bush », un faux problème etc. On peut reconnaître à la fois le danger de l’islamisme et le danger de la mondialisation néo-libérale. Comme on le dit suffisamment sur Riposte Laïque, les craintes par rapport à cet intégrisme devraient être partagées par tous les progressistes. Car même si les problèmes sociaux étaient résolus, nombre d’injustices réparées, cela n’empêcherait pas certains d’épouser la cause de l’intégrisme.
Par exemple, on entend souvent que « si on résolvait le conflit israélo-palestinien, l’islamisme cesserait ». Etrange idée ! La Révolution iranienne n’avait pas pour « cause » le drame palestinien. On pourrait aller bien plus loin, et dire que l’islam a vocation à s’universaliser, et à conquérir – par la prédication – le monde et les âmes. Cette volonté universaliste ne dépend de rien, ni des injustices vécues par les musulmans, ni du peuple palestinien.
L’islamisme met en mouvement une volonté de domination, comme celle qui a pu animer l’Eglise ou d’autres idéologies. Les conquêtes musulmanes remontent au Moyen-Age, et les islamistes veulent reconquérir Al Andalous ; travailler à un monde moins injuste est un idéal tout à fait valable, mais ce n’est pas cela qui désarmera les partisans d’un grand Califat ! C’est la liberté « occidentale » elle-même que récusent les islamistes ; c’est l’existence de civilisations laïques qui les choque. A la limite, seule notre conversion pourra les satisfaire. Cela n’a rien à voir avec la fin des injustices.
Sur la violence urbaine : la traiter à part, s’en inquiéter, serait une mauvaise approche, faisant « le jeu de l’extrême droite en agitant les peurs ». Certes, la délinquance ne peut pas être traitée uniquement par une approche répressive. Cela est réducteur et inhumain. Beaucoup de délinquants ont besoin d’éducation, de repères, etc. Il y a le rôle essentiel de la misère sociale. Mais le problème est le suivant : il est peu probable que le plein emploi soit à l’horizon. Dans les années qui viennent, étant donné les délocalisations et la mondialisation prônée par l’UE, on sera en butte à un chômage de masse. La pauvreté va vraisemblablement augmenter. Le chômage touchera d’autant plus les jeunes des quartiers, peu qualifiés, peu intégrés et déjà discriminés. Tenter d’intégrer ces jeunes aux entreprises serait sans doute un mode d’intégration fort utile ; peut-être qu’une part de « discrimination positive » permettra à quelques-uns d’être embauchés. Le problème subsistera, car quoiqu’on fasse, on ne pourra pas leur donner à tous un emploi, alors que le chômage restera élevé et que des immigrés continueront d’arriver en masse en Europe. Que fera-t-on alors si la machine économique continue d’être en panne ? Acceptera-t-on que la violence augmente ? Cette difficulté sociale devra-t-elle toujours rester l’excuse d’actes violents, souvent parfaitement gratuits (comme les scènes insoutenables vues à Paris récemment, lors de la fameuse distribution d’argent) ?
Alors oui, on peut avoir peur. Peur de cet avenir d’une société qui se dissout, peur de la montée de l’islamisme, peur du durcissement général des relations humaines. Au lieu de douceur, de politesse et de convivialité, que verra-t-on ?
On verra des gens hostiles, refermés sur eux-mêmes, défiants et agressifs ; des rues avec des groupes de jeunes machos, homophobes et violents pour le moindre regard. De cette situation tendue, ne pourront sortir que des demandes de plus en plus pressantes de sécurité.
A force de laisser la situation empirer, il y aura de plus en plus de drames : tournantes, femmes brûlées vives, écoles saccagées, émeutes, crimes racistes et réactions xénophobes… A la longue, l’Etat devra « reprendre les choses en main » et la lente décomposition de notre société prépare des lendemains fachos. Et pas facho pour de rire ; une vraie reprise en main musclée, policière, tout ce qu’il faut pour contrecarrer des éléments qu’on aura laissés devenir incontrôlables, des bandes de barbares à la Fofana pratiquant enlèvements et tortures.
La responsabilité de ce gâchis ? Certes, il sera dû à la crise économique ; mais aussi au laxisme, au discours bien-pensant qui désarme ce qui est encore un Etat de droit. A force d’empêcher la police républicaine de travailler, les récidivistes et les meneurs (un petit noyau ultraviolent) d’être mis pour un long moment dans des centres fermés, etc., les bien-pensants auront préparés l’avènement d’une société invivable et répressive.
Tous ces « anti-fascistes » auront donc fait le jeu :
D’abord, des caïds fascistes ;
puis ensuite de l’Etat violent qui finira par « remettre de l’ordre ».
Ou encore, comme certains semblent le désirer, on confiera la remise au pas des cités à un encadrement religieux, qui aura des valeurs, certes, mais assez peu laïques ni favorables au féminisme, à la liberté des mœurs, à la liberté d’expression…
Merci donc à tous ces « antifascistes » qui nous préparent un futur répressif, vert ou brun, mais en tout cas aux antipodes d’une société humaniste et sereine.
Loick
Derniers Commentaires