Concours

Profil

  • Enoch
  • L'Esprit d'Enoch
  • Homme
  • 07/04/1963
  • Paris
  • politique écologie économie mes enfants
  • Passionné d'habitat écologique depuis plus de 20 ans et précurseur dans ce domaine, je me bats surtout pour la qualité sanitaire des produits utilisés dans l'habitat. Passionné d'économie, de politique et de transversalité des religions.

Recommander

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherche

LES PENSEES D'ENOCH

Texte Libre

Ce  n'est  pas  le  nécessiteux  qui  doit-être  secouru,  mais la misère qu'il faut combattre.

Société

Samedi 28 novembre 2009 6 28 /11 /Nov /2009 14:57

Une réponse possible au sondage d'Eric Besson sur l'identité nationale. - Raymond Zaharia - 26 novembre 2009


Plutôt que d'agiter l'image d'Epinal des "Gaulois de Vercingetorix": malins, batailleurs, indisciplinés, épris de justice et de liberté, nous préférons vous dire ce que l'on aimerait que ce soit: "Etre français" au 21ième siècle.

Pour nous, les français de "Faut pas rêver" seraient capables de:

- ne pas être dupes, lorsque le débat public est orienté sur une question sans intérêt pour leur vie quotidienne... alors même que des enjeux vitaux sont occultés: par exemple... la transposition "à bas bruit" de la Directive Services... celle là même qui a failli provoquer un... soulèvement populaire, au printemps 2005 ! (du temps du commissaire Bolkenstein). Celle là même dont... le Président en exercice nous avait assurés qu'elle serait... "remise a plat". Celle là même qui... une fois la jacquerie enterrée sous le populisme, nous rapproche un peu plus chaque jour de... l'idéal en matière de partage de la richesse produite des fonds d'investissement ou des tenants de "l'auto entreprise": une forme moderne d'esclavage, qui permette -enfin- de laisser... "toute sa part" au profit !

- rejeter les privilèges accordés par l'UE à la finance (art.123 du Traité de Lisbonne.), qui nous coûtent ~1 Milliard /semaine ! La redevance sur l'Euro que représente le monopole des banques privées sur la dette publique... est devenue le premier budget de l'Etat, tandis que les bénéfices des banques font ~50% du total des profits du CAC 40 ! Les français devraient faire en sorte que le bien public qu'est la création monétaire ne soit plus le support d'un "Revenu de vie"... servi seulement aux plus riches.

- savoir reconnaître les formules trompeuses, comme par exemple: "Economie de la connaissance la plus compétitive du monde" ! Là où le profit ne devrait être qu'un élément de choix parmi d'autres, on sait ce que signifie cette "Stratégie de Lisbonne": même s'il existe plusieurs façons d'être compétitif, (par exemple: distribuer moins de dividendes), quand il faut choisir entre rentabilité et détricotage de la protection sociale et de l'emploi, l'issue est connue d'avance: on fait ce qui est "Bon pour l'économie", c à d. désastreux pour la plupart des êtres vivants ! Les "bienfaits" de la concurrence sont mis en avant, les méfaits des délocalisations et de la "guerre de tous contre tous" sont niés, qu'il s'agisse de la destruction des solidarités, ou de la "sauvagerie des Fonds d'investissements" (cf. F. Lordon), ainsi qu'en témoigne, hélas, la... "mode des suicides" !

- se demander s'il est normal qu'un parti détienne tous les pouvoirs de l'État alors que, dans une consultation nationale comme celle de juin 2009, il obtient les suffrages d'environ 12 % des inscrits ?

- se souvenir que le français Montesquieu... prônait la séparation des pouvoirs, et que la DDHC de 1793 prévoyait le châtiment suprême pour ceux qui bafouent la souveraineté populaire,

- reconnaître que le système parlementaire a trahi les Français, lorsqu'il a dit "Oui" au traité de Lisbonne, début 2008; constater que nous ne pouvons guère plus infléchir nos choix de sociétés et protéger notre modèle social: des questions vitales comme partage de la richesse produite, création monétaire, revenu d'existence, retraites, santé, ou politique agricole... sont soustraites à un débat public dominé par des sondages complaisants et le grand débat du moment sur... le sexe des anges !

- savoir refuser la "Berlu...sconisation", et en finir avec une Constitution dont Mendes- France avait prévu qu'elle ferait de nos responsables politiques, dès qu'ils prennent une envergure nationale... des êtres puérils, démagogues, et ayant perdu le sens du collectif,

- ressentir un sentiment de consternation et de honte lorsque la simple vue d'un uniforme peut conduire des innocents à plonger dans le fleuve proche, ou à se jeter par la fenêtre. Amener certains de nos semblables, n'ayant rien à se reprocher, à reproduire en temps de paix le geste tragique de Jean Moulin aux pires heures de notre histoire, est inacceptable.

- Favoriser l'Économie Alternative, (que l'on peut aussi appeler Economie Sociale et Solidaire), c à d un tissu d'associations, de mutuelles, et de "Scops" ayant en commun de considérer le profit, non pas comme leur seul objectif... mais comme un moyen parmi d'autres d'assurer la pérennité de leur activité.

Etre Français au 21ieme siècle, ce pourrait être:
- ne pas prendre les vessies d'un pouvoir autoritaire pour des lanternes de la République solidaire, fraternelle, et laïque pour laquelle nos aïeux ont lutté, et
- disposer d'une capacité d'attention et de jugement indépendante des futilités que le pouvoir injecte sans cesse dans le lanterneau médiatique, pour mieux détourner notre attention de ses exactions contre la démocratie.

R. Zaharia
Par Enoch - Publié dans : Société - Communauté : DEBOUT LES REPUBLICAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 12:51

Colonisation : faut-il culpabiliser ?

lundi 23 novembre 2009, par Daniel Cabuzel


La réponse est non, surtout pour les français d’aujourd’hui. La colonisation a revêtu bien des aspects militaires, économiques, sociaux, philosophiques, etc.

Les uns sont négatifs, même très négatifs, sur fond de conquêtes et de massacres, d’exploitation et de racisme, d’évangélisation musclée, de recrutement de chair à canon.

Les autres, plus ambigus, reposent sur des concepts civilisateurs, les apports culturels, la mobilité (immigration dans la métropole), le développement économique grâce entre autres aux infrastructures publiques, la rationalisation administrative, la fin des guerres intestines et des razzias esclavagistes, essentiellement arabes à cette époque.

Quand on essaie de faire un bilan, il est bien difficile de se prononcer en toute objectivité tant ce problème reste passionnel, surtout après les guerres d’indépendance. Bien difficile de faire un bilan comparatif, tant les puissances coloniales étaient omniprésentes dans le monde entier. Que serait devenue la chine sans les enclaves occidentales ? Que serait aujourd’hui le Japon sans la guerre mondiale, l’occupation et l’aide américaine ?

Toutefois, pour s’en tenir à la colonisation française, force est de constater une grosse différence entre les colonies de peuplement, essentiellement l’Algérie, Et les possessions d’Afrique noire qui ont accédé à l’indépendance sans effusion de sang ou presque.

Des générations entières de français ont été envoyées sur place pour pacifier, moderniser, construire, administrer, guérir, enseigner. Il est tout à fait injuste de les mettre dans le même panier que les exploiteurs de tout poil. J’ai passé personnellement trois ans de coopération en Algérie, et je ne me sens pas du tout concerné par la repentance préconisée par les « indigènes de la République. » Tous les « français » d’Algérie n’étaient pas partis : j’y ai rencontré de nombreux enseignants pieds-noirs qui n’avaient rien à se reprocher et à qui on ne reprochait rien.

J’ai bien connu, pour des raisons familiales, les milieux coloniaux africains, essentiellement fonctionnaires ou assimilés. Certes, les conditions de vie étaient, à qualification égale, bien plus faciles qu’en métropole, climat excepté. La nombreuse domesticité à moindre coût n’y était pas pour rien, sans compter les avantages spécifiques comme le « tiers colonial ». On sait aussi que l’économie était essentiellement primaire (plantations, extraction, exploitation forestière, transports, etc.), confiée à des entreprises métropolitaines employant la main d’œuvre locale encadrée par des contremaîtres coloniaux, sans investissements lourds. Les investissements publics étaient certes d’abord destinés à cette économie coloniale, mais elle a profité et profite encore aux populations locales.

Le départ des coloniaux n’a pas posé pour eux de problèmes graves. Les entreprises sont d’ailleurs souvent encore en place.

Il en a été tout autrement en Algérie. La colonisation de peuplement (1848, 1871, alsaciens, immigrations italienne et espagnole) a été beaucoup plus traumatisante pour les populations autochtones, repoussées à l’intérieur des terres. Il ne s’agit plus de fonctionnaires ou de cadres moyens, mais d’un peuplement d’origine populaire. La prégnance de l’Islam, aucunement contrecarrée par la laïcité républicaine qui n’a jamais franchi la méditerranée, est une caractéristique forte.

Certes, là aussi, la colonisation a permis le développement et la modernisation, les apports culturels et sanitaires. La preuve en est l’augmentation considérable de la démographie autochtone grâce à la fin des famines, des épidémies et des guérillas intestines, du plein emploi, même à des coûts dramatiquement bas. L’économie et le commerce, par contre, sont beaucoup plus équilibrés qu’en Afrique noire.

Cette population de colons a représenté une force électorale très cohérente et efficace : Chaque fois que le pouvoir central avait quelques velléités progressistes au bénéfice des autochtones (je répugne à utiliser l’expression « population musulmane », comme si un maghrébin était forcément musulman, arabe de surcroît !), les lobbies des français d’Algérie s’y opposaient avec succès la plupart du temps. Par exemple, pas question de donner le droit de vote aux « arabes » ! Ni d’avoir les mêmes salaires qu’en métropole ! Ni de donner la nationalité française aux anciens combattants de 14-18. Ce fut le cas, en particulier, sous le second Empire où Napoléon III avait une notion de la colonisation pas du tout du goût des « pieds-noirs » (cette « expression est bien postérieure, mais tant pis…)

 

Alors, qu’on ne vienne pas rendre tous les français responsables de ça ! Et même chez les français d’Algérie, j’ai connu des progressistes qui se sont battus toute leur vie pour l’égalité des droits et lutté à contre-courant contre le racisme.

Quant à ce dernier, une des constantes de la colonisation, il est bien pratique pour justifier la spoliation et l’exploitation. Remarquons aussi que la mise en valeur unilatérale des terres et des ressources naturelles a donné à ces territoires une valeur qui a suscité des jalousies nouvelles. Les problèmes de la Palestine en sont une illustration flagrante.

Cela me fait penser que si Obama avait été un descendant d’esclaves, il n’aurait jamais été élu. Je crois même savoir que son ethnie nilotique maternelle au Kénia avait historiquement exploité les kikouyous, population bantoue préexistante.

L’ambigüité des « bienfaits » de la colonisation

Le regain démographique est un cadeau empoisonné, on le voit bien en Algérie avec une économie défaillante incapable d’employer l’innombrable population de jeunes, évidemment candidate à l’immigration clandestine dans l’ex métropole.

Créer des infrastructures modernes n’est pas suffisant pour développer un pays : il aurait fallu y implanter des entreprises de main d’œuvre permettant une autosuffisance. On a fortement compromis l’agriculture familiale vivrière en dépeuplant de fait les territoires, quand on ne les a pas définitivement stérilisés par des méthodes d’agriculture inadaptées, sans parler de la déforestation qui continue.

Que penser enfin de ces jeunes à qui la France glorifie les bienfaits de la révolution française et de l’égalité des droits, et qui constatent à quel point il y a loin des paroles aux actes.

En créant des frontières artificielles sans tenir compte des populations en présence, on a certes stoppé l’esclavagisme et les guerres tribales, mais on a figé des situations historiques en cours d’évolution. Pas étonnant que ressurgissent brutalement les conflits d’autant plus sanglants qu’ils bénéficient dorénavant d’armements modernes, fournis par les anciens colonisateurs.

En particulier, le conflit ancestral entre les populations majoritairement musulmanes du nord, souvent nomades, et les populations subsahariennes traditionnellement dominées et exploitées par les premières. Dans l’Afrique de l’Est, ce sont les anciennes populations nomades nilotiques et les peuplements bantous, comme au kénia, au Ruanda, au Burundi, au Zimbabwe qui s’affrontent dans des carnages innommables suite à des haines héréditaires. C’est un fruit bien amer de la civilisation coloniale…

Daniel Cabuzel

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 09:35

 

On nous dit que le problème de la paix entre palestiniens et israéliens achoppe sur la question des implantations, notamment sur la dernière autorisation de construire neuf cents logements dans le quartier de Gilo à Jérusalem.

Ainsi donc, le vieux conflit qui oppose arabes, palestiniens aux israéliens ne reposerait que sur un problème de permis de construire ou de démolir… Toutes les tensions opposant l’Occident et l’Orient depuis des millénaires, cristallisées sur un minuscule point de droit : la municipalité de Jérusalem avait-elle le droit de délivrer un permis de construire à des Juifs ? Les Juifs ont-ils le droit de construire des appartements dans leur propre pays ?

A l’heure où le monde est la proie de la plus grande crise économique, où des centaines de millions de personnes sont menacées par la famine, jetées sur les routes, arrachées à leur terre, leur quartier, massacrées parfois ; où le réchauffement climatique met en jeu la survie de notre écosystème ; où la violence augmente sans cesse ; où il ne se passe pas une semaine sans qu’un kamikaze au nom de l’Islam ne se fasse sauter pour tuer le plus grand nombre de personnes ; où des centaines de millions de personnes sont sans emploi ; où la construction du moindre barrage en Chine entraîne le déplacement de dizaines de milliers de personnes… Le Président des Etats-Unis et la plupart des plus hauts responsables des pays du monde se focalisent sur quelques immeubles à Jérusalem, réduisant ainsi le malheur du monde à une cause simple. Jamais, la politique internationale ne s’était logée aussi bas ; n’avait été aussi massivement bornée. Le « processus de paix » conduit à une situation digne de Ionesco : Un permis de construire contre la paix ! Qui peut souscrire à une telle fable ? Qui peut raisonnablement y croire ? Que signifie-t-elle ? 

Une discrimination suspecte.

A combien se chiffre le nombre d’exilés depuis la seconde guerre mondiale ? A plusieurs dizaines de millions ? Plusieurs centaines de millions ? Qui sont-ils ? Hormis le cercle limité des spécialistes, nul ne le sait. Si vite apparus, si vite oubliés.  Le monde quant à lui est focalisé depuis des dizaines d’années sur le sort d’un unique et seul groupe humain, les palestiniens, qui représentent la population la plus aidée, la plus soutenue, entretenue de la planète. Tant pis pour les autres, les grands refoulés de l’histoire. Ils doivent se contenter des toutes petites miettes de l’immense festin de la solidarité internationale.

On réalise que la diplomatie mondiale alimente aujourd’hui sa politique à la rubrique des « faits divers ». Elle est branchée sur la micro pour ne pas dire la minuscule histoire. Elle condamne ainsi avec véhémence l’octroi d’un permis de construire délivré en toute légalité par une commune de l’unique pays démocratique du Moyen-orient. Est-ce que le monde suit avec précision le cadastre de chaque pays du globe ? Combien de maisons démolies en Inde, en Russie, en Chine, en Algérie ? Le monde diplomatique n’a que faire des décisions prises en matière d’urbanisme ici ou là. Il est totalement absorbé  par un seul point du globe. Pourquoi une telle discrimination ? Pourquoi une telle attention ? Pourquoi tant de sollicitude de la part des puissants de ce monde ? Les dirigeants de la planète souffriraient-ils d’une sorte de névrose obsessionnelle ? Seraient-ils devenus monomaniaques ?

En tous cas, l’obsession palestinienne est indéniable. Comme tout symptôme névrotique, il est l’expression de quelque chose qui ne peut être montrer, être dite.  

La double fonction des palestiniens   

Les Palestiniens ont une qualité majeure : ils sont les ennemis d’Israël. C’est à la fois leur « chance » et la cause de leur malheur perpétuel. Car si  cet attribut leur vaut le soutien de la plupart des pays du globe il a également pour effet de les enfermer ad vitam æternam dans cette guerre permanente. En dehors de cette qualité, les palestiniens n’intéressent personne. Ils le savent. Ils en ont fait la douloureuse expérience. Lorsqu’ils sont massacrés par les Jordaniens, le monde est indifférent ; lorsqu’ils sont chassés du Koweït après la première guerre du Golf, le monde est indifférent…lorsque la frontière avec l’Egypte leur est fermée, le monde est indifférent. Pas une voix ne s’élève à l’encontre de l’attitude ouvertement hostile des « frères » arabes lorsque les palestiniens ont un problème avec eux.  

1°)  Pour les Etats arabes : instrument de guerre

Du côté des Etats arabes, le contrat est clair. Les Etats arabes les considèrent comme des martyrs ou de la « chair à canons » ; ils ne sont applaudis qu’en kamikaze ou en ennemis irréductibles d’Israël;  aucun pays arabe n’est prêt à les accueillir ; tous comptent sur eux pour poursuivre une guerre sans fin contre Israël, guerre que ces Etats sont incapables de conduire. Malheur aux palestiniens s’ils renonçaient à cette fonction ! Ceux qui se risquent à croire en la paix et établissent des relations normales avec Israël sont massacrés comme traîtres. 

2°)  Pour l’Europe, instrument de paix

Même attente du côté  des occidentaux. Mais ici les choses sont infiniment plus complexes. L’Europe entretient,  finance, nourrit, veille en permanence sur les palestiniens avec une constance remarquable. L’une des premières décisions prises par le Président Sarkozy sitôt  élu, est de réunir un  collectif de donateurs pour récolter des fonds destinés aux palestiniens. Dans le même temps des millions d’africains meurent dans l’indifférence générale. Comment justifier à la fois une telle urgence et une telle discrimination ?  L’Europe estime que les palestiniens sont victimes d’agressions. L’Europe agit-elle ainsi avec toutes les populations agressées de la planète ? Il est clair que non. Pourquoi dès lors cette extrême sollicitude pour les palestiniens?

Lorsqu’un pays consacre une part importante de son énergie à la défense d’une cause ; lorsque ce pays se mobilise systématiquement et prioritairement pour cette cause, c’est que cette cause remplit une fonction vitale pour lui. Il est manifeste que les palestiniens sont au cœur de la politique intérieure et extérieure de l’Europe. Quelles fonctions vitales remplissent les palestiniens pour être un élément clé du dispositif européen ?

Pour les pays arabes, la réponse est simple : la plupart des pays arabes comptent sur les palestiniens pour poursuivre la guerre contre Israël, pour les venger des guerres qu’ils ont systématiquement perdues. Les européens quant à eux, soutiennent les mêmes palestiniens parce qu’ils estiment qu’ils sont les seuls à pouvoir faire la paix avec les israéliens.

Les mêmes palestiniens sont ainsi soutenus par le clan arabe et par le clan occidental pour des motifs en apparence diamétralement opposés. Comment comprendre une telle contradiction ?  

La résolution de la contradiction  
Les européens et en tout premier lieu la France, ne cachent pas que leur attitude à l’égard des palestiniens est dictée ou s’inscrit dans le cadre plus global de la politique dite « arabe ». C’est donc au nom de la politique arabe de la France, pour ne citer quelle,  que les palestiniens bénéficient d’une attention soutenue ;  que les élites françaises prennent systématiquement et a priori le point de vue palestiniens lorsqu’il s’agit de rendre compte du conflit qui les oppose à Israël.

Or, la politique arabe en cette matière est claire : elle vise à maintenir un état constant de guerre qui conduirait à terme, à la destruction d’Israël.

Comment concilier les principes de guerre qui animent les Etat arabes et les principes de paix qui animent les Etats occidentaux ? Comment financer la guerre, la soutenir tout en donnant le sentiment qu’on lutte pour la paix ? Les soviétiques étaient les maîtres incontestés dans le domaine du double langage. Ils avaient inventé une arme redoutable appelé « mouvement de la paix » ou « clan de la paix ». Par ce biais, il pouvait mener, soutenir, toutes les formes de guerres contre les démocraties ou contre n’importe quel pays qu’ils souhaitaient combattre tout en proclamant agir pour la paix. « Paix » que de crimes commis en ton nom ! 

Les européens, s’inspirant du modèle soviétique, ont inventé la formule qui allait permettre de résoudre la cadrature du cercle, de concilier l’inconciliable : la volonté de guerre et la volonté de paix.

Ils ont enfermé  palestiniens et israéliens dans une impasse absolue, capable de satisfaire et les visées belliqueuses arabes et les volontés de paix de l’Occident ;  cette formule magique s’appelle « Processus de Paix ». Grâce à cette ruse, les occidentaux financent, soutiennent encouragent les palestiniens à faire une guerre éternelle à Israël tout en se donnant bonne conscience. Mais il y a plus grave. Cette formule complète et valide au plan diplomatique le dispositif arabe de lutte contre Israël. Elle vise à neutraliser totalement les défenses d’Israël face aux agressions quotidiennes dont l’Etat hébreu est la cible. Le rapport Goldstone confirme cette stratégie redoutable. Elle illustre la remarque volontairement provocatrice formulée par Michel Foucault : la « paix » n’est souvent que la guerre continuée par d’autres moyens. C’est bien la guerre qui se poursuit derrière la politique initiée au nom du processus de paix. Par ce biais, les palestiniens ont réussi l’incroyable exploit de permettre aux européens de rendre terriblement efficace la formule de guerre terroriste choisie par les Etats arabes pour lutter contre Israël.  

La fonction cachée

Le « Processus de Paix » est en réalité le processus de blanchiment de la mauvaise conscience des européens. L’Europe n’est pas encore prête à « soutenir » Israël. Aux yeux des Occidentaux, Israël est porteur de quelque chose  d’ « insoutenable » ; cette chose que l’Europe n’a jamais voulu voir ni assumer c’est sa propre origine. Tant que ce processus de blanchiment ne sera pas parvenu à son terme, les européens continueront à instrumentaliser les palestiniens dans leur guerre contre Israël. Le jour où les européens pourront faire face normalement à Israël, c’est-à-dire à ce qu’ils considèrent comme la part « maudite » d’eux-mêmes, l’état de guerre permanent qu’ils entretiennent cessera.  

Pour l’heure, hélas, les palestiniens n’ont d’autre choix que d’être les ennemis irréductibles d’Israël. S’ils cessaient de jouer ce rôle, ils perdraient toute considération et toute aide. Ils rejoindraient la cohorte des oubliés de l’histoire.

Le véritable enjeu de cette guerre n’est pas l’opposition israéliens/palestiniens.  
Le véritable enjeu concerne un conflit bien plus ancien…celui qui opposa pendant des siècles l’Europe au judaïsme et qui déboucha sur les effroyables massacres de la deuxième guerre mondiale. De ce conflit là, l’Europe n’est pas encore sortie. En ayant gagné les Etats-Unis à sa cause, n’elle-t-elle pas en train d’entraîner le monde vers la troisième guerre mondiale ?  

 

Sidney Touati

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 16:57

Pourquoi suis-je français ?


Je suis français parce que je suis de nationalité française. Que ma nationalité soit d’origine ou acquise, peu importe, pourvu que je me reconnaisse fils d’une nation, c’est-à-dire d’un ensemble d’humains unis par une communauté de territoire, de langue, de traditions et d’aspirations.
Le territoire, c’est ma maison ; la langue en est la clé ; les traditions en sont les fondations ; les aspirations sont les portes et les fenêtres. Le tout, c’est mon présent. C’est ce présent localisable, parlant, historique et prospectif que j’incarne quand je me déclare français. Mon identité est donc plus que ma carte d’identité : c’est un vouloir-être qui m’oblige à réagir contre ceux qui ne veulent pas de la France alors même qu’ils y vivent ou qu’ils en vivent. Mon identité est une action !


L’Histoire qui me porte est aussi l’Histoire que je porte dans un sentiment permanent d’auto-défense. Mon identité est un silence intérieur capable de colères. L’actuel débat sur l’identité nationale corrobore cette évidence. La France gronde en moi comme en chaque Français qui aspire à rester français, car l’actuelle identité de la France est en train de changer l’identité des Français ! Les Français en ont assez, en effet, de vivre au quotidien l’altération de leur être. Etre français, c’est donc être hostile à ceux qui sont hostiles aux lois françaises, à commencer par celles qui sont perçues comme lois du pays d’accueil. Je suis français parce que je dénonce la « nouvelle France » !


Je suis français parce que je suis révolté d’entendre, sur mon sol, des manifestants hurler des slogans antisémites ou soutenir les terroristes du Proche-Orient. Je suis français parce que je ne supporte pas que des drapeaux étrangers ou des banderoles francophobes soient brandis agressivement lors de rencontres sportives ou dans des manifestations de rue. Je suis français parce que je ne tolère plus les personnes qui, sous le couvert de nos lois, font le lit de leur culture en défaisant celui de la République. Je suis français parce que je ne veux plus de ces prêcheurs qui, au nom d’une religion, tiennent des discours anti-occidentaux. Je suis français parce que je n’apprécie pas du tout qu’il y ait dans nos banlieues des hommes et des femmes pour voir en Ben Laden un saint ou un héros.


Je suis français parce que je n’ai plus la sollicitude que j’avais naguère pour les « sans-papiers » et autres hors-la-loi qui squattent nos églises et méprisent nos droits en exigeant des droits différentiels. Je suis français parce que je n’accepte plus que des élèves ordonnent qu’on réécrive les cours d’Histoire au seul motif que l’enseignant leur présenterait une vision exclusivement judéo-chrétienne du monde.

Je suis français parce que je ne comprends plus que des étudiants musulmans récusent la mixité, les enseignantes, les enseignants non musulmans, la pensée déiste, encyclopédiste, athée, les Lumières, les cours de littérature, de philosophie, de physique, de biologie, de sport, en un mot tout ce qui gêne leurs convictions célestes. Je suis français parce que je suis excédé de ne plus pouvoir mettre, à Noël, une crèche dans une vitrine ou un sapin dans une école sans déclencher une commission d’enquête.


Le Français que je suis enrage d’apprendre qu’un train peut être un lieu de tabassage ou de viol, voire un moyen de transport quasi gratuit pour ces anonymes qui tabassent et qui violent, et dont l’identité, systématiquement tue, se révèle pourtant par ce silence même ! Le Français que je suis serre les poings lorsqu’il entend Dominique Baudis avouer personnellement « ne plus pouvoir sortir dans certains quartiers sans se faire traiter de « sale Français » (FR3 Toulouse, 1999) ! Le Français que je suis souffre de savoir qu’en 2002, François Bayrou – qui s’était rendu à Strasbourg dans le cadre de la campagne présidentielle – a vu les vitres de la mairie où il se trouvait brisées par des pierres, comme s’il était le Mal, et qu’en 2005, Nicolas Sarkozy, visitant une cité « difficile » d’Argenteuil, a été caillassé de la même façon comme s’il était le Diable ! Le Français que je suis n’est pas près d’oublier l’image incroyable du visage de Jacques Chirac couverts de crachats de « jeunes » lors d’une visite à Mantes-la-Jolie, le 4 mars 2002, ni la Marseillaise sifflée en 2001, 2007 et 2008 au stade de France !

 

Je suis français lorsque je m’insurge contre la tiers-mondisation de nos cités, d’où les autochtones sont chassés au prorata de l’arrivée des étrangers, conformément à une politique immigrationniste suicidaire qui aligne progressivement notre pays sur le Kosovo – devenu musulman à 90% en moins de 50 ans ! Je suis français lorsque je vomis le racisme anti-blancs, comme tout autre forme de racisme, et par conséquent, lorsque je tempête contre la discrimination positive » – en laquelle j’aperçois l’avancée du « racisme positif » sitôt qu’elle se fonde sur la couleur, et du « politiquement correct » dans ce qu’il peut avoir d’imbécile et de pleutre !

Je suis français lorsque je fulmine contre les lois françaises appliquées du bout des lèvres dans les « cités » et les « banlieues ». Je suis français en refusant de baisser les yeux quand je croise les occupants de zones hypocritement qualifiées de « non-droit ». Je suis français lorsque je n’entends plus être une victime « ethnique » de la violence ordinaire, que ce soit pour une aile froissée, une priorité refusée, une cigarette que je n’ai pas la chance d’avoir sur moi, un sandwich au jambon jugé « insultant », un geste ou un mot interprété de travers, ou le simple fait d’être là.


Je suis français quand j’anticipe les violences qui n’auraient pas manqué d’éclater dans tout l’Hexagone au soir du 18 novembre 2009 si la victoire frauduleuse de l’équipe de France de football avait été obtenue non contre l’Irlande mais contre l’Algérie. Je suis français quand je constate, scandalisé, que les fêtes du Nouvel An célèbrent le renouvellement flambant neuf du parc automobile !

Je suis français quand j’exige que soient sévèrement punis ceux qui téléphonent aux pompiers et aux médecins pour les faire tomber dans d’immondes traquenards. Je suis français quand s’agitent en ma mémoire les voyous qui saccagent nos lieux de vie parce qu’un des leurs s’est tué accidentellement au volant d’un véhicule volé, et qui, profitant de ce drame, jettent par la fenêtre de leur immeuble frigidaires, machines à laver, téléviseurs et autres objets « anodins », défoncent les devantures de locaux et de magasins à la voiture bélier, attaquent les commissariats au lance-roquette, accueillent les forces de l’ordre à coups de pierres, de boules de pétanque, de cocktails Molotov, de revolver ou de fusil, incendient tout ce qui peut brûler, trafiquent la poudre, les véhicules et les armes... quand ils ne s’engagent pas dans des cellules terroristes pour semer sur notre sol ou ailleurs la dévastation et la mort !


Je suis français quand des rappeurs veulent « niquer la France », quand Houria Bouteldja traite mes compatriotes de « souchiens », quand je dénonce l’islamisation de mon pays comme des pays européens, quand je plaide pour une Europe laïque et féministe, quand j’admire Malek Boutih, Malika Sorel, Hamid Zanaz, Kébir Jbil, Pascal Hilout, Sihem Habchi, Abdennour Bidar... tous issus de l’immigration et tous honneur de la France par leur engagement authentique en faveur des valeurs républicaines. Je suis Français quand je soutiens les Droits de l’Homme, quand j’en appelle à l’universel par la femme – qui est l’Homme – et par l’Homme, qui ne vaut que par l’universel.


Je suis français plus que jamais quand, au nom de cet universel, je pense aux Français qui ont donné leur vie non seulement pour que je n’aie pas à donner la mienne, mais encore pour que je puisse vivre les valeurs qui les ont tenus debout quand tout s’écroulait autour d’eux. Ces valeurs ne doivent pas être noyées dans je ne sais quelle honte nationale : c’est par elles et pour elles que je suis ce que je suis. Je suis français par résistance !


Cyrano

http://www.ripostelaique.com/
Par Enoch - Publié dans : Société - Communauté : DEBOUT LES REPUBLICAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /Nov /2009 08:04
Si la France se qualifiait pour la coupe du monde, le contrat de Domenech lui garantissait une prime exceptionnelle de 862 000 euros ; on comprend  pourquoi "le match de la honte" ne trouve rien à redire à ses yeux.
Ni honneur, ni dignité, c'est avec çà que l'on va représenter la France à travers le monde.
Ce sélectionneur et cette équipe sont vraiment à l'image des politiques que nous avons au pouvoir ; Putes nous sommes, Putes nous resterons !
Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 09:22
Déclaration universelle des droits de l'homme



Paris, le 10 décembre 1948 Préambule Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme,

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression,

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations,

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

Considérant que les États Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement,

L'Assemblée générale

Proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Article 2 Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. Article 3 Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Article 4 Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. Article 5 Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Article 6 Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique. Article 7 Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. Article 8 Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi. Article 9 Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé. Article 10 Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Article 11 1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. 2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis. Article 12 Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. Article 13 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. Article 14 1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. 2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies. Article 15 1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. Article 16 1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution. 2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux. 3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État. Article 17 1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété. Article 18 Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. Article 19 Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. Article 20 1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques. 2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association. Article 21 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis. 2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays. 3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. Article 22 Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays. Article 23 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. 2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. 3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. 4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. Article 24 Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques. Article 25 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. 2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale. Article 26 1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. 2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. 3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants. Article 27 1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. 2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur. Article 28 Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet. Article 29 1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible. 2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique. 3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies. Article 30 Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant, pour un État, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.
"la langue française est la langue des droits de l'homme"
Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 20:33
Paroles de La Marseillaise

REFRAIN

Aux armes, citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons !

 

COUPLETS

I

Allons ! Enfants de la Patrie !
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé ! (Bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes
Aux armes, citoyens ! Etc.

II

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (Bis)
Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage !
Quels transports il doit exciter ;
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !
Aux armes, citoyens ! Etc.

III

Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Des phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (Bis)
Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Aux armes, citoyens ! Etc.

 

IV

Tremblez, tyrans et vous, perfides,
L'opprobre de tous les partis !
Tremblez ! Vos projets parricides
Vont enfin recevoir leur prix. (Bis)
Tout est soldat pour vous combattre.
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produira de nouveaux
Contre vous tout prêt à se battre.
Aux armes, citoyens ! Etc.

V

Français, en guerriers magnanimes
Portons ou retenons nos coups !
Épargnons ces tristes victimes,
A regret, s'armant contre nous ! (Bis)
Mais ce despote sanguinaire !
Mais ces complices de Bouillé !
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !
Aux armes, citoyens ! Etc.

VI

Amour sacré de la Patrie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
Liberté ! Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (Bis)
Sous nos drapeaux que la Victoire
Accoure à tes mâles accents !
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
Aux armes, citoyens ! Etc.

 

COUPLET DES ENFANTS

Nous entrerons dans la carrière,
Quand nos aînés n'y seront plus ;
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus. (Bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre.
Aux armes, citoyens ! Etc.
Enfants, que l'Honneur, la Patrie
Fassent l'objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l'âme nourrie
Des feux qu'ils inspirent tous deux. (Bis)
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :
Aux armes, citoyens ! Etc.

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 19:18

En l’occasion du décès de Claude Lévi-Strauss, nous republions ci-dessous un billet de Dansk de décembre 2008. Ainsi que vous le verrez, le grand ethnologue portait un regard très critique sur la religion musulmane.

Republication

 

Nous ne le dirons jamais assez : la critique de l’islam, loin d’être une forme de racisme, est au contraire un signe de clairvoyance intellectuelle : tous les grands intellectuels qui se sont penchés sur les sociétés islamiques ont émis des réserves, voire des critiques acerbes. Bivouac-id vous a présenté le point de vue d’auteurs classiques (ici) et celui de l’islamologue Roger Arnaldez sur l’islam (ici). Voici aujourd’hui le point de vue de Claude Lévi-Strauss, dont on vient de fêter les 100 ans. Anthropologue, ethnologue, philosophe, professeur honoraire au Collège de , membre de l’Académie française, Claude Lévi-Strauss est un des premiers théoriciens de la pensée structuraliste et un des plus grands intellectuels français du XXe siècle. Son ouvrage le plus célèbre, Tristes Tropiques, publié en 1955, contient des passages incendiaires sur l’islam.

En voici quelques extraits de Tristes Tropiques (Éditions Plon, 1955) :

Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures: parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté. Plutôt que parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et l’admission de la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation “paradoxale” au sens pavlovien, génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam de surmonter un pareil conflit. En vain, d’ailleurs: comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les Musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grands principes: liberté, égalité, tolérance; et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.

(…) Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique, avec sa coupe compliquée, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets, le lourd tissu dont il est fait pour s’adapter exactement aux contours du corps humain tout en le dissimulant aussi complètement que possible. Mais, de ce fait, la barrière du souci s’est seulement déplacée, puisque maintenant il suffira qu’on frôle votre femme pour vous déshonorer, et vous vous tourmenterez plus encore. (Pages 463-5)

(…) si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance du règlement (prières cinq fois par jour , chacun exigeant 50 génuflexions), revues de détails et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions organiques; et pas de femmes. (…) Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien du dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. (Pages 466-7)

Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l’Islam est resté figé dans sa contemplation d’une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n’arrivons plus à penser hors des cadres d’une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l’histoire; et encore trop brièvement, car Napoléon, ce de l’Occident, a échoué là où a réussi l’autre. Parallèlement au monde islamique, la de la Révolution subit le destin réservé aux révolutionnaires repentis, qui est de devenir les conservateurs nostalgiques de l’état des choses par rapport auquel ils se situèrent une fois dans le sens du mouvement. (Page 468)

Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; (….) Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’Islam qu’à lui enchaîner celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maîtres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas. (Pages 471-2)

* * *

L’émission Les Nouveaux Chemins de la Connaissance, diffusée le 26 novembre 2008 sur Culture dans le cadre du centenaire de C. Levi-Strauss, a mis en présence Vincent Debaene (Ancien élève de l’ENS, agrégé de Lettres modernes, il enseigne la littérature à l’Université de Columbia à New-York) et Marcel Hénaff (Agrégé de Philosophie, anthropologue, il enseigne à l’Université de Californie à San Diego) pour une discussion sur le livre Tristes Tropiques. Cette discussion va aborder le sujet de la critique acerbe de l’islam par C. Levi-Strauss. Cette critique se place de façon plus globale dans la critique du déclin de l’Occident, telle qu’elle est formulée par Lévi-Strauss, qui se désole que l’Occident à bout de souffle, incapable de produire du neuf, en soit réduit à “parasiter“, à “piller” des cultures extérieures, “où elle va chercher un surcroît de vie“…

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 15:31

L’INTERVIEW DE LA SEMAINE

Jean-Jacques Rousseau, philosophe, auteur "Du contrat social"

lundi 2 novembre 2009, par Radu Stoenescu


Philosophe discret, Jean-Jacques Rousseau donne rarement des interviews. Genevois de naissance, mais parisien impénitent, il habite depuis de nombreuses années un grand hôtel du Quartier Latin, place du Panthéon. Auteur de nombreux livres, il vient de publier Du contrat social, ouvrage modeste par sa taille, mais ambitieux dans ses intentions. Alors qu’Eric Besson vient de lancer un grand débat national sur l’identité française, M. Rousseau a l’audace de vouloir nous éclairer, entre autres, sur les sens profond du rapport entre la République et les religions. Riposte Laïque a eu la chance de rencontrer ce promeneur solitaire, qui a eu l’exquise amabilité d’interrompre ses rêveries pour répondre à nos questions.

Riposte Laïque : M. Rousseau, quel est le lien entre la religion et le pouvoir politique ?

Jean-Jacques Rousseau : Les hommes n’eurent point d’abord d’autres Rois que les Dieux, ni d’autre Gouvernement que le Théocratique. De cela seul qu’on mettait Dieu à la tête de chaque société politique, il s’ensuivit qu’il y eut autant de dieux que de peuples. Deux peuples étrangers l’un à l’autre, et presque toujours ennemis, ne purent longtemps reconnaître un même maître ; deux armées se livrant bataille ne sauraient obéir au même chef. Ainsi des divisions nationales résulta le polythéisme, et de là l’intolérance théologique et civile qui naturellement est la même.

Riposte Laïque : Comment se fait-il alors que dans le paganisme, où chaque Etat avait son culte et ses Dieux, il n’y avait point de guerres de religion ?

Jean-Jacques Rousseau : Chaque Etat, ayant son culte propre aussi bien que son Gouvernement, ne distinguait point ses Dieux de ses lois. La guerre politique était aussi théologique : les départements des Dieux étaient, pour ainsi dire, fixés par les bornes des nations. Le Dieu d’un peuple n’avait aucun droit sur les autres peuples. Les Dieux des païens n’étaient point des dieux jaloux ; ils partageaient entre eux l’empire du monde. Chaque religion étant donc uniquement attachée aux lois de l’Etat qui la prescrivait, il n’y avait point d’autre manière de convertir un peuple que de l’asservir, ni d’autres missionnaires que les conquérants et, l’obligation de changer de culte étant la loi des vaincus, il fallait commencer par vaincre avant d’en parler.

Riposte Laïque : Comment le pouvoir spirituel s’est-il séparé du pouvoir temporel ? Comment est apparue l’idée de laïcité ?

Jean-Jacques Rousseau : Jésus vint établir sur la terre un royaume Spirituel ; ce qui, séparant le système théologique du système politique, fit que l’Etat cessa d’être un, et causa les divisions intestines qui n’ont jamais cessé d’agiter les peuples chrétiens.

Riposte Laïque : Est-ce que cela a engendré une plus grande paix sociale ?

Jean-Jacques Rousseau : Cette idée nouvelle d’un royaume de l’autre monde n’ayant pu jamais entrer dans la tête des païens, ils regardèrent toujours les Chrétiens comme de vrais rebelles qui, sous une hypocrite soumission, ne cherchaient que le moment de se rendre indépendants et maîtres, et d’usurper adroitement l’autorité qu’ils feignaient de respecter dans leur faiblesse. Telle fut la cause des persécutions.

Riposte Laïque : Mais les Chrétiens eux-mêmes ne se sont pas contentés d’un royaume spirituel, non ?

Jean-Jacques Rousseau : Ce que les païens avaient craint est arrivé ; alors tout a changé de face, les humbles Chrétiens ont changé de langage, et bientôt on a vu ce prétendu royaume de l’autre monde devenir sous un chef visible le plus violent despotisme dans celui-ci. Cependant, comme il y a toujours eu un Prince et des lois civiles, il a résulté de cette double puissance un perpétuel conflit de juridiction qui a rendu toute bonne politie impossible dans les Etats chrétiens ; et l’on n’a jamais pu venir à bout de savoir auquel du maître ou du prêtre on était obligé d’obéir.

Riposte Laïque : N’y a-t-il pas eu de résistance à cette division du pouvoir entre deux souverains, l’un temporel, l’autre spirituel ?

Jean-Jacques Rousseau : Plusieurs peuples ont voulu conserver ou rétablir l’ancien système, mais sans succès ; l’esprit du christianisme a tout gagné. Le culte sacré est toujours resté ou redevenu indépendant du Souverain, et sans liaison nécessaire avec le corps de l’Etat. Les rois d’Angleterre se sont établis chefs de l’Eglise, autant en ont fait les Czars ; mais, par ce titre, ils s’en sont moins rendus les maîtres que les ministres ; ils ont moins acquis le droit de la changer que le pouvoir de la maintenir ; ils n’y sont pas législateurs, ils n’y sont que Princes. Partout où le clergé fait un corps, il est maître et législateur dans sa partie. Il y a donc deux puissances, deux Souverains, en Angleterre et en Russie, tout comme ailleurs.

Riposte Laïque : Et en dehors du monde chrétien, en Islam par exemple ?

Jean-Jacques Rousseau : Mahomet eut des vues très saines, il lia bien son système politique, et tant que la forme de son gouvernement subsista sous les Califes ses successeurs, ce gouvernement fut exactement un, et bon en cela. Mais les Arabes devenus florissants, lettres, polis, mous et lâches, furent subjugués par des barbares : alors la division entre les deux puissances recommença ; quoiqu’elle soit moins apparente chez les Mahométans que chez les Chrétiens, elle y est pourtant, surtout dans la secte d’Ali (les chiites), et il y a des Etats, tels que la Perse (l’Iran), où elle ne cesse de se faire sentir.

Riposte Laïque : Un Etat ne pourrait-il pas se passer de toute religion ?

Jean-Jacques Rousseau : Pour achever de me faire entendre, il ne faut que donner un peu plus de précision aux idées trop vagues de Religion relatives à mon sujet. La Religion considérée par rapport à la société, qui est ou générale ou particulière, peut aussi se diviser en deux espèces, savoir, la Religion de l’homme et celle du Citoyen. La première, sans temples, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du Dieu Suprême et aux devoirs éternels de la morale, est la pure et simple Religion de l’Evangile, le vrai Théisme, et ce qu’on peut appeler le droit divin naturel.

 

L’autre, inscrite dans un seul pays, lui donne ses Dieux, ses patrons propres et tutélaires : elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur prescrit par des lois ; hors la seule nation qui la suit, tout est pour elle infidèle, étranger, barbare ; elle n’étend les devoirs et les droits de l’homme qu’aussi loin que ses autels. Telles furent toutes les Religions des premiers peuples, auxquelles on peut donner le nom de droit divin civil ou positif. Il y a une troisième sorte de Religion plus bizarre, qui, donnant aux hommes deux législations, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et Citoyens. Telle est la religion des Lamas (le bouddhisme), telle est celle des Japonais (le shintoïsme), tel est le christianisme romain. On peut appeler celle-ci la religion du Prêtre. Il en résulte une sorte de droit mixte et insociable qui n’a point de nom.

Riposte Laïque : De ces trois types de religions, quel est le meilleur ?

Jean-Jacques Rousseau : A considérer politiquement ces trois sortes de religions, elles ont toutes leurs défauts. La troisième est si évidemment mauvaise que c’est perdre le temps de s’amuser à le démontrer. Tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien. Toutes les institutions qui mettent l’homme en contradiction avec lui-même ne valent rien. La seconde est bonne en ce qu’elle réunit le culte divin et l’amour des lois, et que, faisant de la patrie l’objet de l’adoration des Citoyens, elle leur apprend que servir l’Etat, c’est en servir le dieu tutélaire.

C’est une espèce de théocratie, dans laquelle on ne doit point avoir d’autre pontife que le Prince, ni d’autres prêtres que les magistrats. Alors mourir pour son pays c’est aller au martyre, violer les lois c’est être impie, et soumettre un coupable à l’exécration publique c’est le dévouer au courroux des dieux ; sacer esto. Mais elle est mauvaise en ce qu’étant fondée sur l’erreur et sur le mensonge elle trompe les hommes, les rend crédules, superstitieux, et noie le vrai culte de la Divinité dans un vain cérémonial. Elle est mauvaise encore quand, devenant exclusive et tyrannique, elle rend un peuple sanguinaire et intolérant, en sorte qu’il ne respire que meurtre et massacre, et croit faire une action sainte en tuant quiconque n’admet pas ses dieux. Cela met un tel peuple dans un état naturel de guerre avec tous les autres, très nuisible à sa propre sécurité.

Reste donc la Religion de l’homme ou le Christianisme, non pas celui d’aujourd’hui, mais celui de l’Evangile, qui en est tout à fait différent. Par cette Religion sainte, sublime, véritable, les hommes, enfants du même Dieu, se reconnaissent tous pour frères, et la société qui les unit ne se dissout pas même à la mort. Mais cette Religion, n’ayant nulle relation particulière avec le corps politique, laisse aux lois la seule force qu’elles tirent d’elles-mêmes sans leur en ajouter aucune autre, et par là un des grands liens de la société particulière reste sans effet. Bien plus ; loin d’attacher les cœurs des Citoyens à l’Etat, elle les en détache comme de toutes les choses de la terre : je ne connais rien de plus contraire à l’esprit social.

Riposte Laïque : Mais alors, si la religion est la base de l’Etat, que faire ? Si la religion confondue avec le culte de l’Etat, risque de dégénérer en totalitarisme intolérant, quelle voie prendre ?

Jean-Jacques Rousseau : Le droit que le pacte social donne au Souverain sur les sujets ne passe point, comme je l’ai dit, les bornes de l’utilité publique. Les sujets ne doivent donc compte au Souverain de leurs opinions qu’autant que ces opinions importent à la communauté. Or il importe bien à l’Etat que chaque Citoyen ait une Religion qui lui fasse aimer ses devoirs ; mais les dogmes de cette Religion n’intéressent ni l’Etat ni ses membres qu’autant que ces dogmes se rapportent à la morale, et aux devoirs que celui qui la professe est tenu de remplir envers autrui. Chacun peut avoir au surplus telles opinions qu’il lui plaît, sans qu’il appartienne au souverain d’en connaître. Car comme il n’a point de compétence dans l’autre monde, quel que soit le sort des sujets dans la vie à venir, ce n’est pas son affaire, pourvu qu’ils soient bons citoyens dans celle-ci.

Riposte Laïque : Vous proposez donc une sorte de « religion civile ». Comment voyez-vous son fonctionnement, s’il n’y a pas de dogmes ?

Jean-Jacques Rousseau : Il y a une profession de foi purement civile dont il appartient au Souverain (le peuple) de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d’être bon Citoyen ni sujet fidèle. Sans pouvoir obliger personne à les croire, il peut bannir de l’Etat quiconque ne les croit pas ; il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d’aimer sincèrement les lois, la justice, et d’immoler au besoin sa vie à son devoir. Les dogmes de la religion civile doivent être simples, en petit nombre, énoncés avec précision sans explications ni commentaires. L’existence de la Divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, la sainteté du contrat social et des lois : voilà les dogmes positifs. Quant aux dogmes négatifs, je les borne à un seul, c’est l’intolérance : elle rentre dans les cultes que nous avons exclus.

Riposte Laïque : Que préconisez-vous comme mesures à prendre contre ceux qui prétendent être des loyaux Citoyens, mais qui méprisent les lois de leur pays ?

Jean-Jacques Rousseau : Si quelqu’un, après avoir reconnu publiquement ces dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu’il soit puni de mort ; il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois.

Riposte Laïque : Est-ce qu’un homme pourrait être un croyant intolérant, et en même temps un citoyen tolérant ? Peut-on par exemple prêcher que tous les non musulmans iront en enfer, et vivre en bonne entente avec eux ?

Jean-Jacques Rousseau : Ceux qui distinguent l’intolérance civile et l’intolérance théologique se trompent, à mon avis. Ces deux intolérances sont inséparables. Il est impossible de vivre en paix avec des gens qu’on croit damnés ; les aimer serait haïr Dieu qui les punit : il faut absolument qu’on les ramène ou qu’on les tourmente.

Riposte Laïque : Quels sont les effets sur la paix sociale de la diffusion d’une doctrine religieuse intolérante envers les autres croyances ?

Jean-Jacques Rousseau : Partout ou l’intolérance théologique est admise, il est impossible qu’elle n’ait pas quelque effet civil ; et sitôt qu’elle en a, le Souverain n’est plus Souverain, même au temporel ; dès lors les Prêtres sont les vrais maîtres ; les Rois ne sont que leurs officiers.

Riposte Laïque : Quels sont selon vous les cultes tolérables dans une République ? Que pensez-vous des prêcheurs de l’islam par exemple, qui considèrent toutes les autres religions comme fausses ?

Jean-Jacques Rousseau : Maintenant qu’il n’y a plus et qu’il ne peut plus y avoir de Religion nationale exclusive, on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n’ont rien de contraire aux devoirs du Citoyen. Mais quiconque ose dire : "Hors de l’Eglise, point de Salut", doit être chassé de l’Etat, à moins que l’Etat ne soit l’Eglise, et que le Prince ne soit le Pontife. Un tel dogme n’est bon que dans un Gouvernement Théocratique ; dans tout autre il est pernicieux.

Propos recueillis par Radu Stoenescu

Les réponses de M. Rousseau sont toutes des citations inaltérées de son ouvrage capital pour la fondation de la République française, Du contrat social ou principes du droit politique, livre IV, chapitre VIII, « De la religion civile ». Le texte intégral est à lire ici

http://classiques.uqac.ca/classiques/Rousseau_jj/contrat_social/contrat_social.html

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 13:15
Mis à Jour le : 30 octobre 2009  22:09 Richesse et rareté, par Charles M. A. Clark 30 octobre 2009

Qu’est-ce que la richesse ? Celle des nations, étudiée par Adam Smith, ou la possession d’actions et actifs financiers, selon la conception en vigueur aujourd’hui ? Tirant le fil de cette question faussement naïve, l’économiste Charles M. A. Clark, qui se revendique de la tradition chrétienne, montre combien cette réduction, opérée par les néoclassiques, de la notion de richesse à celle d’actif, au détriment de la préoccupation du bien être de l’ensemble de la société, est lourde de conséquences. Dans des sociétés où l’industrie et l’innovation technique ont fait sauter la plupart des verrous qui limitaient la possibilité de produire des biens et des services, la contrainte majeure est désormais celle de la répartition des fruits du progrès humain. Les économies sont passées d’une pénurie structurelle de l’offre à une insuffisance structurelle de la demande, soumise à la nécessité de rémunérer le capital pour pouvoir se réaliser, et déployer ainsi les potentiels de l’esprit et de l’inventivité humaine. Cette problématique, centrale dans la réflexion de Keynes, a été simplifiée à outrance par un keynésianisme dégénéré, que le slogan aujourd’hui vide de sens « les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain » résume à lui seul. Keynes pensait quant à lui cette question plus largement et voyait dans cette forme de malthusianisme qu’induit l’arbitraire de la rareté du capital - condition sine qua non de son pouvoir et de sa rémunération - une entrave dont il conviendrait de se défaire grâce aux progrès de la science et de la technique permettant d’envisager une transformation de la condition humaine. Hélas, cette leçon pourtant essentielle qui voyait dans la seule accumulation du capital - l’obsession de l’argent - un mal nécessaire des temps archaïques, voué à être dépassé par le progrès et l’instauration de plus hautes valeurs morales, a été oubliée. L’inefficacité intrinsèque d’un mode de production qui a substitué la création de « valeur » pour quelques uns à la recherche du bien être partagé, et qui requiert de recréer sans cesse la rareté au milieu de l’abondance - au prix du gaspillage des ressources - est aujourd’hui impensée. Et loin d’invalider cette thèse de la rareté artificielle, la crise actuelle montre à quel point l’accumulation à tout prix du capital et la maximisation de ses revenus, dissociée et antagoniste de la recherche du bien commun, peut engendrer d’effets pervers et balayer tous les critères moraux. Outre Keynes, Charles Clark s’appuie également sur les travaux de Thorstein Velben et souligne le rôle central des mécanismes mimétiques par lesquels les couches favorisées s’assurent l’adhésion du plus grand nombre en définissant par leurs usages la hiérarchie de ce qui apparaîtra au reste de la société comme valorisant et désirable, se garantissant du même coup la perpétuation d’un modèle de développement inefficace et injuste. Une dernière remarque. Certains passages de ce texte, quelque peu techniques, pourront sembler ardus aux lecteurs non familiers avec les concepts économiques. Pour autant, les questions soulevées ici nous paraissent fondamentales et mériter d’être abordées, fût-ce au prix d’une certaine persévérance. Contre Info.

Par Charles M. A. Clark, juin 2000 - (extrait)

De Platon jusqu’à Adam Smith, la richesse a principalement été envisagée en tant que prospérité matérielle de la société dans son ensemble. Lorsque Smith parle de « la richesse réelle », il précise rapidement sa définition : « le produit annuel des terres et du travail de la société ». L’un des thèmes centraux de la « Richesse des Nations » est celui du combat contre la conception mercantiliste affirmant que la richesse tient à la possession d’or et d’argent. Selon Smith, les erreurs des mercantilistes provenaient de leur confusion entre les moyens les fins.

L’objectif immédiat d’un commerçant peut effectivement consister à accumuler de l’or et de l’argent, mais pour la société dans son ensemble ce ne sont simplement que des moyens d’atteindre à ses fins, qui sont la production de biens et de services. Puisque la richesse est le produit annuel des terres et du travail, Smith consacre l’essentiel de ses travaux à examiner comment ce produit annuel peut être augmenté. Les principales méthodes pour ce faire sont l’augmentation des apports de la terre et du travail, en premier lieu grâce à la division du travail (qui conduit aux avancées technologiques).

Smith est très clair sur le fait que la richesse doit être largement partagée. « Aucune société ne peut être assurée de la prospérité et du bonheur, lorsque la plus grande partie de ses membres sont pauvres et misérables. Ce n’est d’ailleurs que justice que ceux qui nourrissent, habillent et logent le corps social, reçoivent une part du produit de leur propre travail pour être eux-mêmes convenablement nourris, vêtus et logés ». Et « la juste récompense du travail, qui provient de l’augmentation de la richesse, est également la cause de l’augmentation de la population. S’en plaindre reviendrait donc à se lamenter sur les effets et les cause nécessaires à une plus grande prospérité publique ». Smith note également que la juste récompense du travail « augmente l’activité des gens du peuple. Les salaires versés au travail encouragent l’esprit d’entreprendre, qui, comme toute autre qualité humaine, s’améliore en proportion de l’encouragement qu’elle reçoit ».

La naissance de la conception de la richesse en tant que rareté

La transition entre la conception de la richesse en tant que bien-être résultant de la production matérielle à celle de la richesse en tant que rareté provient de la théorie économique qui a remplacé la théorie de la valeur « objective » par celle de la valeur « subjective ». Les années 1870 ont vu l’introduction du concept d’utilité marginale de la valeur dans la théorie économique, provoquant ce qui est communément appelé la « révolution marginaliste ». La révolution marginaliste a apporté de nombreux changements dans la théorie économique dont aucun, estime l’auteur de ces lignes, n’a été bénéfique à notre compréhension de l’économie. Les principales évolutions introduites par la révolution marginaliste incluent : la théorie de la valeur des marchandises, et la mesure ultime de la valeur dans l’économie par l’utilité et la rareté, (deux concepts qui avaient été rejetés par Adam Smith et l’école économique classique), la réduction du rôle du contexte historique et social dans notre compréhension de l’activité économique, puis son omission, et l’utilisation de la modélisation mathématique et du formalisme, qui sont devenus le langage usuel du discours économique.

Le passage de la vision classique de la valeur (provenant de variations du coût de production) à la théorie de l’utilité marginale de la valeur, signifiait entre autres choses la fin programmée des comparaisons interpersonnelles au sein de la théorie économique. Cette position théorique a rejeté l’idée que l’on puisse évaluer le fait qu’une répartition particulière du revenu ou de la richesse était acceptable ou non. Voulant consolider cette position théorique, l’économie néo-classique a développé une démarcation rigide entre ses branches « positives » et « normatives », où seule la branche « positive » jouit d’une réelle légitimité théorique.

La transition faisant de la « rareté » un concept fondamental dans la théorie économique a profondément modifié l’approche théorique de la richesse. Celle-ci devint alors directement assimilée aux problématiques de la pénurie et de la transférabilité, qualités qui étaient habituellement associées aux actifs financiers.

« La richesse n’est pas un objectif économique, à moins qu’elle ne soit rare et transférable, et devienne si désirable que l’on puisse sacrifier quelque chose pour l’obtenir. » Walter Bagehot 1888.

« [Richesses] .. Ces sources du bien-être humain qui sont matérielles, transférables et limitées en quantité. JB Clark, 1899.

« La richesse n’est pas la richesse en raison de ses qualités substantielles. Elle est une richesse parce qu’elle est rare ». L. Robbins 1932.

Dès lors que la richesse n’était plus directement liée à la production de biens et services, elle n’était plus liée à l’amélioration du bien-être de toute la population, en particulier au sort des pauvres.

« Que l’humanité dans son ensemble soit devenue plus riche n’implique pas nécessairement une augmentation du bien-être de l’ensemble de la population » JB Clark, 1886.

« L’accroissement de la richesse n’est pas du tout la même chose que la réduction de la pauvreté » Joan Robinson, 1972.

Le développement de cette conception de la rareté des richesses est intervenu au même moment où la pénurie réelle cessait d’être le principal problème économique rencontré par les économies capitalistes. Lorsque Platon et Adam Smith voyaient dans la richesse la production de biens et services qui répondaient aux besoins matériels de la communauté, la préoccupation centrale était de satisfaire ces besoins. Autrement dit, le problème économique central était celui de produire suffisamment pour délivrer tous les biens et services nécessaires à la population existante.

La révolution industrielle a apporté des solutions à ce problème, si bien que dans la seconde moitié du XIXe siècle, le problème économique central est devenu celui-ci : étant donné la répartition actuelle des revenus, comment consommer l’ensemble de la production potentielle que les entrepreneurs peuvent fournir, tout en leur procurant un taux de profit jugé acceptable. Les économies capitalistes occidentales qui étaient contraintes par l’offre se sont transformées en économies contraintes par la demande.

Dans une économie contrainte par la demande, la notion de pénurie prend une signification nouvelle, car la rareté des économistes néo-classiques n’est pas une pénurie réelle. Elle n’est pas fondée sur l’incapacité de la nature à procurer les produits nécessaires à la vie de la population, mais plutôt sur une rareté « artificielle », qui est créée par le système économique afin de maintenir le taux de profit de la fortune et le pouvoir social qui s’attache à la « rareté » de la richesse.

Thorstein Velben et John Maynard Keynes sont les économistes majeurs qui ont pleinement compris ces transformations survenues dans la société et l’économie. Veblen a souligné que la valeur de la richesse était maintenue par deux processus : la consommation ostentatoire et le sabotage industriel. Dans la « Théorie de la classe de loisir » [ Entendre : classe semi-oisive des possédants - ndt ] Veblen note le rôle important que jouent l’ostentation de la richesse et le pouvoir économique dans le contrôle social. L’analyse de Veblen rappelle à bien des égards la Théorie du Sentiment Moral d’Adam Smith, dans la mesure où il affirme que le rôle joué par la consommation ostentatoire dans le contrôle social est de permettre à la classe oisive de s’assurer l’adhésion des classes inférieures par la création de valeurs morales et sociales. En faisant de leur comportement - et en l’occurrence de leur consommation - la norme de ce qui est perçu comme convenable et respectable, la classe oisive s’assure la soumission des classes inférieures. Cette soumission est renforcée par les tentatives des classes inférieures pour imiter les modes de consommation de la classe oisive. Ainsi, leur préoccupation centrale n’est pas de se demander si « l’ordre social est juste et le meilleur possible », mais plutôt « comment puis-je devenir riche et rejoindre la classe oisive ? ». Veblen va ainsi au-delà Smith, car il relie le contrôle de la morale et des valeurs au pouvoir qu’exerce sur la société la classe oisive, alors que Smith limitait ce pouvoir à celui exercé sur les biens et le travail de la classe ouvrière.

Bien évidemment, les possibilités d’entrer dans cette classe oisive sont strictement limitées en nombre, dès lors que son critère d’appartenance est la capacité de consommer à des niveaux beaucoup plus élevés que la moyenne des membres de la communauté. Avec l’accroissement de la capacité de produire des biens et services dans une telle société, il est nécessaire que les classes inférieures ne parviennent pas à imiter parfaitement les habitudes de consommation de la classe aisée. Si la consommation des plus riches était maintenue constante, les succès de la révolution industrielle finiraient par permettre à tous de bénéficier d’un tel niveau de consommation (ce qui est dans une certaine mesure l’espérance de Smith).

Cependant, cet achèvement finirait par saper complètement la position de pouvoir des classes oisives, et conduirait à une transformation radicale de la société (représentant du même coup une menace pour le maintien de « la différence du rang social et l’ordre de la société »). Ce danger potentiel pour la structure du pouvoir est atténué :

1) par la création artificielle de besoins illimités à la fois pour les riches et pour le reste de la société, afin que les riches continuent à élever la barre que les salariés luttent pour atteindre.

2) En limitant artificiellement la production pour créer la pénurie.

Les techniques de vente permettent d’atteindre le premier objectif (avec ce que nous appelons la publicité et le marketing) tandis que le second repose sur ce que Veblen nomme le « sabotage industriel », qui consiste en une limitation du potentiel de production de l’économie de manière à maintenir un taux élevé de rendement sur le capital (par le maintien de prix élevés).

La concentration industrielle, ainsi que les nombreuses formes de planifications industrielle utilisées par les grandes entreprises (voir Galbraith, Le Nouvel État industriel 1967), sont les moyens par lesquels la production est limitée afin de maintenir la valeur de la richesse et son caractère exclusif, préservant ainsi son pouvoir social.

John Maynard Keynes, dans le dernier chapitre de la Théorie Générale de l’Emploi de l’Intérêt et de la Monnaie (qui est à l’évidence l’ouvrage de théorie économique le plus important du 20ème siècle) souligne que « les défauts majeurs de la société économique dans laquelle nous vivons sont son incapacité à procurer le plein emploi, et la répartition arbitraire et inéquitable des richesses et des revenus ». Il poursuit en affirmant que ces deux problèmes sont reliés, que l’inégalité des richesses et des revenus est l’une des principales causes d’un chômage élevé. L’inégalité de la richesse et des revenus est maintenue artificiellement en faisant en sorte que le capital soit rare. Cette pénurie se manifeste au niveau macroéconomique par une insuffisance de l’investissement, ce qui, par le biais de mécanismes classiques, provoque un chômage involontaire.

« Notre problème », écrivait-il dans son célèbre essai sur « La fin du laisser-faire », « est d’oeuvrer à une organisation sociale qui doive être aussi efficace que possible, sans contrevenir à nos conceptions concernant une manière de vivre jugée satisfaisante. » Keynes a souligné l’utilité du désir de posséder, en tant que caractéristique sociale et individuelle lorsque la société se trouve dans un état de faible développement économique. Mais lorsque la société a atteint un niveau de richesse suffisant, il convient de passer à des valeurs et à une exigence morale plus élevées.

« lorsque du point de vue social, l’accumulation des richesses ne jouera plus le même rôle, on verra se modifier sensiblement le code de la morale. Nous pourrons nous débarrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous hantent depuis deux cents ans, et qui ont contribué à faire passer pour les plus hautes vertus certains des penchants humains les plus méprisables. Le mobile de l’argent sera estimé à sa juste valeur. On verra dans l’amour de l’argent - non pour les joies et les distractions qu’il vous procure mais pour lui-même - un penchant plutôt morbide, une de ces inclinations plus ou moins criminelles, plus ou moins pathologiques, que l’on remet, non sans un frisson, entre les mains du psychiatre. Nous serons alors libres de rejeter toutes sortes de coutumes sociales et d’habitudes économiques, telles que certaines distributions de richesses, de récompenses ou d’amendes, auxquelles nous demeurons attachés malgré leur caractère injuste et honteux, pour les services qu’elles rendent en encourageant la formation des capitaux. ». Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants.

Keynes, comme Smith, était un optimiste, car il pensait qu’une fois devenu évident que la répartition des richesses est un obstacle au plein emploi, la société engagerait les transformations nécessaires dans son organisation économique afin d’éliminer cet obstacle. « Notre argument », écrit Keynes « conduit vers la conclusion que, dans les conditions actuelles, la croissance de la richesse, loin de dépendre de l’épargne des plus aisés, comme on le croit communément, est plus susceptible d’être entravée par celle-ci. L’une des principales justifications de l’inégalité des richesses disparait donc. » Dans la Théorie Générale, Keynes propose quatre politiques visant à réduire la rareté des capitaux :

1) Des politiques visant à générer une distribution plus égale des revenus (comme l’impôt progressif sur le revenu).

2) Maintenir un faible taux d’intérêt sur l’argent et donc sur le retour sur patrimoine (ceci peut être obtenu grâce à une politique monétaire expansionniste, dont l’objectif est de réduire la rareté du capital).

3) Alors que les deux mesures précédentes visent à réduire le rendement des patrimoines, la troisième est celle de « l’euthanasie de la classe des rentiers » (résultant des faibles rendements sur le capital qui contraignent finalement ces grandes accumulations de richesses à être dépensées en raison de l’impossibilité de vivre des revenus des intérêts).

4) la socialisation de l’investissement, ce qui signifiait pour Keynes que, puisque la société dans son ensemble a un intérêt évident à maintenir un niveau élevé d’investissement en vue de parvenir au plein emploi, il convient, par l’intermédiaire de l’État, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre un tel niveau d’investissement (les crédits d’impôt sur l’investissement en fournissent un bon exemple). En élargissant l’offre de capital afin de réduire sa rareté, Keynes considère que l’on peut conserver les aspects positifs du capitalisme concurrentiel, tout en éliminant progressivement le « pouvoir oppressif de bénéficier de la valeur que confère au capital sa rareté. L’intérêt ne rémunère aujourd’hui aucun sacrifice véritable, pas plus que la rente de ma terre. Le détenteur du capital peut obtenir un intérêt parce que le capital est rare, tout comme le propriétaire de la terre peut obtenir une rente parce que la terre est rare. Mais, alors que la rareté de la terre peut s’expliquer par une raison intrinsèque, il n’y a aucune raison intrinsèque justifiant la rareté du capital. » Les coûts sociaux du maintien de l’inégalité nécessaire pour maintenir un taux de rendement élevé pour le capital sont ceux d’un chômage élevé et du ralentissement de la croissance économique. Très concrètement, comme chez Platon, la richesse est une cause de pauvreté.

L’optimisme de Keynes est fondé sur sa conviction que les idées, et non les intérêts individuels, l’emporteront sur le long terme. Veblen n’était toutefois pas du même avis, lui qui estimait que les classes aisées comprendraient clairement que leur pouvoir social est basé sur le maintien de la rareté du capital et de la richesse.

La création de la richesse et de la pauvreté

Il est clair aujourd’hui, à la fois dans l’imagination populaire et dans les théories économiques, que le concept de la richesse n’est plus celui de l’abondance matérielle de Smith et de Platon, mais plutôt celui de la rareté et de l’exclusion développé par l’école moderne néoclassique. C’est ce que Platon appelait « l’état de surabondance », ne reposant pas sur la satisfaction des besoins matériels de la communauté, mais sur les désirs illimités des plus riches.

L’augmentation des productions matérielles pour la société dans son ensemble n’est qu’accessoire relativement à la création de richesse. Certes, il y a de nombreux exemples où la richesse nait en raison d’une augmentation de la production ou des innovations (augmentation de la qualité plutôt que de la quantité), mais ce n’est pas essentiel au processus de création de richesse.

Aujourd’hui, on assimile la richesse à la propriété des actifs générant des revenus. Ces actifs sont nombreux et variés, mais les actions et les obligations en forment la majeure partie. De nombreux actifs que nous incluons dans les richesses, comme les habitations, ont un taux de rendement implicite, et un rendement réel uniquement lorsqu’elles sont louées. La richesse augmente (est créée) lorsque la valeur de ces avoirs augmente, soit en raison de l’accroissement de leur productivité, de leur rentabilité ou de leur rareté.

L’augmentation de la productivité est clairement liée à la conception de la richesse chez Adam Smith, par l’augmentation du produit annuel des terres et du travail. Toutefois, une rentabilité ou une rareté accrue peuvent résulter, et résultent souvent, d’une limitation de la quantité produite, d’un monopole de la production et de la distribution, d’une manipulation des marchés, de l’influence du gouvernement et d’une longue liste d’agissements qui ne favorisent en rien le bien commun.

L’une des méthodes les plus éprouvées pour créer de la richesse consiste à transférer les coûts induits sur autrui. Assurer un niveau de vie décent pour les salariés, créer un environnement de travail sécurisé, ne pas polluer l’environnement alentour, font partie des « coûts réels » de la production de tout bien ou service. Pourtant, la richesse est bien souvent créée en transférant une partie de ces coûts sur les salariés (en les rémunérant en dessous d’un salaire décent, ou en les exposant à la maladie ou aux accidents du travail) ou bien sur les consommateurs (en fabricant des produits dangereux ou nocifs) ou encore sur ceux qui vivent à proximité des installations de production (en polluant l’environnement).

La délocalisation de la production des régions où la prise en compte complète de ces coûts est requise par la loi, en direction de celles où ces règlements n’existent pas, transfère sur d’autres une partie des coûts de production. Ajoutons à cela le chantage pratiqués sur les gouvernements afin d’obtenir divers avantages fiscaux (lorsque l’entreprise ne s’installe qu’à condition de bénéficier d’avantages fiscaux ou de subventions) et l’on peut ainsi créer des richesses considérables, sans pour autant promouvoir le bien commun.

Le « sabotage » identifié par Veblen et la consommation ostentatoire contribuent aussi grandement à la création de richesses. La principale motivation derrière les fusions-acquisitions n’est pas celle des soi-disant synergies ou des économies d’échelle que les experts de Wall Street aiment à avancer lorsqu’ils paraissent à la télévision. En réalité, comme le démontrent pratiquement toutes les enquêtes économiques effectuées sur cette question, la motivation de ces fusions est d’accroitre le pouvoir de l’entreprise sur le marché, de limiter la concurrence, et non de réaliser des économies d’échelle. La preuve en est apportée lorsque l’on sait que le taux de rendement du capital après les fusions dépasse rarement le taux de rendement précédant celles-ci. Ces fusions ont pour la plupart l’objectif de réduire le nombre de concurrents et de limiter la concurrence sur les prix.

Enfin, il nous faut également mentionner le rôle du vol, de la fraude et de l’emploi de la force dans la création de la richesse. Richard Twaney a écrit un jour que toutes les propriétés ne sont pas le résultat d’un vol, mais que tout vol devient une propriété. La même chose pourrait être dite au sujet de la richesse. L’énorme richesse de Bill Gates provient du monopole de Microsoft et de ses pratiques anticoncurrentielles (et parfois illégales). De ce fait, tout le monde doit transférer une partie de son revenu à Bill Gates. Aucune arme à feu n’a été utilisée, mais il s’agit néanmoins d’un vol. Lorsque l’on observe la situation dans son ensemble, la base de la richesse est souvent le vol, la fraude et le recours à la force. La richesse des États-Unis d’Amérique a été bâtie en premier lieu en volant ou en escroquant les terres des Américains autochtones, par l’enlèvement et l’asservissement des Africains qui allaient travailler cette terre (ce qui est une forme de transfert des coûts) et en exploitant des immigrants.

La part de la création de richesse qui contribue au bien commun en permettant d’accroitre la production et les innovations technologiques est elle aussi monopolisée et contrôlée pour maintenir la rareté de la richesse. La richesse est créée non pas par le développement technologique, mais par le contrôle et la limitation de ce développement. Les principales innovations technologiques sont souvent présentées comme devant apporter une richesse illimitée, permettre la fourniture de biens très peu couteux. Cela s’avère pourtant impossible, étant donné la structure de pouvoir de notre société, fondée sur la création artificielle de rareté et qui ne pourrait pas survivre à une abondance universelle.

Au risque de la redondance, répétons que la richesse ne reste une richesse que si sa rareté est maintenue et si la majorité est exclue de sa possession et de son contrôle. (Aux États-Unis, ont prétend souvent que la majorité des richesses sous forme d’actions sont détenues par la population. Mais c’est sous la forme de fonds de pension et d’assurances, et le peuple (les salariés) n’exercent aucun contrôle et ne peut légalement utiliser ce pouvoir à quoi que ce soit.) Si la richesse devient abondante, son taux de rendement chute, et donc sa valeur baisse. L’idée que chacun puisse devenir riche, au sens néo-classique actuel, est une absurdité, car cette richesse n’existe que si elle est limitée et que sa valeur est directement liée au maintien de sa rareté. L’idée que le marché boursier puisse faire de tout un chacun un millionnaire ne peut fonctionner que si le terme « millionnaire » perd tout son sens. Il serait tout aussi efficace de remplacer les billets de banque d’un dollar par des billets de mille dollars.

Le résultat de cette croissance de la richesse, de cette forme de richesse qui est liée à la rareté et l’exclusion, c’est qu’elle n’a pas eu l’effet qu’avait espéré Adam Smith : la réduction de la pauvreté et l’élévation du niveau de vie de l’ensemble de la société.

Une analyse économique récente de la croissance du patrimoine, a montré que « la création de richesses a été pour l’économie américaine l’un des thèmes dominants dans les années 1990. Entre fin 1989 et fin 1999, la valeur nette réelle du patrimoine des ménages américains a augmenté de près de 15 000 milliards de dollars, soit plus de 50%. Par habitant, la valeur nette patrimoniale fin 1999 était légèrement supérieure à 150 000 dollars. Au sommet, l’augmentation des grandes fortunes a incité certains observateurs à comparer les années 1990 à l’ « Age d’Or » de la fin du 19ème siècle, lorsque Carnegie, Rockefeller, Vanderbilt et autres ont bâti leurs empires financiers. En Octobre 1999, la liste des Forbes 400 incluait 267 milliardaires, 200 de plus que dix ans auparavant. ... Plus de 60% de la création de richesse au cours des années 1990 vient de l’augmentation de la valeur des actions détenues par les ménages ». Poterba, 2000.

Pourtant, le revenu par habitant et la productivité ont augmenté de moins de 20% durant cette même période, et les salaires moins encore. De 1988 à 1997 les salaires réels moyens horaires et hebdomadaires ont baissé à un taux annuel de -0,2%. Bien que cette tendance des salaires réels se soit retournée au cours des deux dernières années, elle ne reflète en rien la croissance de la production ou l’augmentation de la productivité, et elle reste loin en dessous de la croissance de la richesse. Cela donne à penser qu’une grande partie de cette augmentation de 50% de la richesse n’est pas attribuable à des facteurs qui favorisent le bien commun (selon la conception de la richesse d’Adam Smith), mais ont été plutôt dus à la redistribution des coûts, la création de la rareté et à l’augmentation de l’exclusion.

Ndlr - Cette publication a été allégée de l’appareil bibliographique qui accompagnait la publication originale. Les lecteurs désireux d’en prendre connaissance pourront s’y reporter.

Par Enoch - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés