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La nature nous annonce-t-elle une nouvelle glaciation ? 24 avril 2009
Par Laurence Hecht, rédacteur de 21st Century Science Technology
Abstraction faite de la psychose sur le réchauffement global, tous ceux qui étudient sérieusement la climatologie savent que la Terre est entrée depuis environ 2 à 2,5 millions d'années dans une glaciation marquée par la succession d'avancées et de retraits d'une calotte glaciaire partant de Groenland et s'étendant sur toutes les parties nord de l'Amérique du Nord et du continent eurasiatique.
Selon des données géologiques incontestables, il y a 12000 ans encore, une bonne partie de ce qui est aujourd'hui l'Allemagne, le nord de la France, les îles britanniques, la Scandinavie, la Pologne, d'autres parties de l'Europe de l'Est et la Russie étaient recouverts d'une calotte glaciaire d'une épaisseur estimée entre 1,5 et 3 kilomètres, de même que New York, Chicago et toute l'Amérique du Nord au nord de cette latitude. Aux Etats-Unis, les glaciers s'étendirent même plus au sud de cette masse à partir des Montagnes rocheuses et des Appalaches.
Tel dut être l'aspect de la terre pendant probablement au moins 100000 ans. Avant cela, pendant une courte période dite interglaciaire, un climat plus doux régnait, quelque peu similaire au nôtre, succédant à une longue période d'avancée glaciaire. Selon les estimations de géologues et de climatologues, le dégel qui nous a donné la géographie actuelle et qui a fait apparaître les Grands lacs aux Etats-Unis, ne prit fin qu'il y a 8000 ou 9000 ans environ. Cette période vit d'importantes transformations géographiques, façonnant l'état des continents, y compris leurs frontières.
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La glaciation ne provoque pas la montée du niveau de la mer, mais plutôt son recul, et expose donc de vastes étendues du plateau continental. Le volume d'eau gelé, que ces glaciers continentaux devaient contenir à l'époque, permet de penser que le niveau marin était de 90 à 122 mètres plus bas en période d'avancée glaciaire. Par conséquent, une bonne partie de la civilisation côtière de ces 100000 dernières années ou plus, se situe au large des côtes, submergée par des dizaines de mètres d'eau de mer.
Cela pourrait-il se reproduire aujourd'hui ? La théorie la plus plausible de la cause des glaciations, celle de la détermination astronomique, suggère que la réponse est oui.
Un article paru dans l'édition en ligne du quotidien russe La Pravda du 11 janvier titrait : « La Terre au bord d'une nouvelle glaciation ». De nombreux indices, y compris la récente vague de froid et une période de faible activité des taches solaires (minimum solaire), qui peuvent contribuer au début d'une glaciation, indiquent la possibilité que notre planète se dirige vers une période de refroidissement sérieux. Ce sera peut-être le début d'une période de plusieurs centaines d'années, un petit âge glaciaire, ou celui d'une progression glaciaire totale pouvant durer 100000 ans. C'est ce qu'affirment les experts russes.
La théorie orbitale du climat
D'après la théorie la plus cohérente expliquant l'avancée et le retrait des calottes glaciaires, ce phénomène serait dû à des modifications de la relation orbitale de la Terre au Soleil, ce qui fait varier la quantité de rayonnement solaire (insolation) atteignant les régions les plus au nord.
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| Mouvement orbital de la Terre autour du Soleil |
Dans cette relation Terre-Soleil, il existe trois cycles majeurs, dont la découverte fut le sous-produit du travail de Johannes Kepler qui prouva que l'orbite terrestre n'est pas circulaire, mais elliptique, la différence entre la distance la plus rapprochée et la plus éloignée du Soleil se situant entre 5 et 6 millions de km.
Le premier de ces cycles, la « précession des équinoxes » (le lent changement de direction de l'axe de rotation de la Terre), était connu dès le début des temps des astronomes védiques en Inde. C'est un cycle d'environ 26000 ans, produit par l'oscillation de l'axe terrestre (un peu comme une toupie).
Si on le corrige pour tenir compte d'un autre phénomène, dit « l'avance du périhélie », cela signifie qu'à peu près tous les 21000 ans, l'inclinaison de l'axe terrestre est tel que dans l'hémisphère nord « l'été » intervient lorsque la Terre se trouve au point le plus éloigné du Soleil.
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| Avance du périhélie ou Précession orbitale |
Les deux autres cycles sont, premièrement, les variations de l'angle d'inclinaison de l'axe terrestre, dite « obliquité », qui varie entre 22 et 24,5 degrés environ sur un cycle de 40000 ans. Deuxièmement, les variations de la forme de l'orbite elliptique elle-même, qui peut être plus ou moins étirée, de la plus circulaire à la plus elliptique. Ce dernier cycle, qu'on appelle « l'ellipticité », est plus compliqué à estimer, mais arrive à son point maximum à peu près tous les 100000 ans.
L'idée que l'astronomie dicte sa loi au climat fut réexaminée en 1830 par l'astronome anglais John Herschel, fils du musicien allemand Wilhelm Herschel qui émigra en Angleterre au XVIIIe siècle et y fonda l'astronomie moderne.
Un peu plus tard, après avoir étudié l'avancée et le retrait de glaciers alpins, le scientifique américain né en Suisse, Louis Agassiz, estima pour sa part que de tels mouvements pouvaient également se produire à une échelle plus vaste et donner naissance à des calottes glaciaires continentales, ce qui expliquerait de nombreux phénomènes géologiques jusque-là sans réponse.
D'autres tentatives d'expliquer l'origine astronomique de l'activité glaciaire globale seront entreprises par le mathématicien français Joseph Adhémar (1842) et plus tard, au XIXe siècle, par l'autodidacte écossais James Croll.
La version moderne de la théorie remonte à Vladimir Koeppen, un astronome-météorologue né à Saint-Pétersbourg et formé à l'université d'Heidelberg, en Allemagne. Il travaille à l'Observatoire de la marine allemande de Hambourg lorsqu'il reconnaît pour la première fois que ce n'est pas un hiver extrêmement froid, mais plutôt un été frais, qui provoque une avancée glaciaire. Si la quantité de rayonnement solaire captée pendant les étés courts des latitudes septentrionales, est insuffisante pour faire fondre la neige et la glace, formées pendant l'hiver, les glaciers s'étendront. Si cela se produit d'année en année, la calotte prend sa propre dynamique d'évolution, faisant de sa forte réflectivité de la lumière solaire un bouclier protecteur pour conserver l'air frais alentour.
Koeppen et son gendre, Alfred Wegener, réputé surtout pour sa théorie de la dérive des continents, commenceront à conceptualiser les variations de rayonnement solaire qui se produiraient lorsque ces trois cycles de variation orbitale sont pris en compte. Pour comprendre le début d'une glaciation, disent-ils, il faut considérer la relation Terre-Soleil comme suit : lorsque « l'ellipticité » de l'orbite est au maximum (autrement dit, l'aphélie est à sa plus grande distance possible du Soleil), l'axe terrestre est disposé de telle façon, dans le cycle de précession, que l'été dans l'hémisphère nord a également lieu dans l'aphélie.
Voilà à l'heure actuelle la position orbitale dans laquelle se trouve la Terre par rapport au Soleil. Le rayonnement solaire moindre qui en résulte fera que la neige et la glace accumulées au cours de l'hiver précédent ne fondront pas complètement. Si l'on y ajoute obliquité moindre de l'axe terrestre, ce qui réduit encore plus le rayonnement solaire, on arrive à une croissance grandissante de la calotte glaciaire.
En 1920, Koeppen gagne le soutien du mathématicien serbe Milutin Milankovitch, qui avait élaboré avec une précision mathématique la théorie astronomique du climat, prévoyant à quels moments les trois vagues cycliques se recoupant (précession, obliquité, ellipticité) tendraient à se renforcer ou à s'annuler. Ses résultats indiquent que c'est le cycle de 40000 ans qui serait prédominant.
Peut-on dater les glaciations ?
Grâce au développement de la spectrométrie de masse qui permet de mesurer la masse mono-isotopique des molécules, un spécialiste de la chimie physique, Harold Urey, examine la possibilité que le rapport entre les deux principaux isotopes de l'oxygène, présents dans l'atmosphère, puisse donner des indices sur les températures du passé. Il part de l'hypothèse selon laquelle le rapport entre l'isotope le plus lourd (oxygène-18), et l'isotope le plus courant (oxygène-16) à la surface de la mer, fluctuera suivant la température de l'eau de surface.
Urey pensait qu'une étude attentive de ce rapport dans les coquilles de mollusques, qui forment leur coquille de carbonate de calcium à partir de l'oxygène disponible dans l'eau, pourrait indiquer la température de l'eau au moment de la formation. En période plus chaude, croyait-on, l'évaporation de l'eau de surface tendrait à provoquer une augmentation de l'isotope le plus lourd. Peut-être, raisonnait Urey, les rapports isotopiques recelés dans les couches de coquilles abandonnées formant le fond de l'océan pourraient témoigner des températures marines passées.
Cette théorie comporte bien des « si », mais elle sera poursuivie avec persistance à partir des années 1950, par un micro-paléontologue formé en Italie, Cesare Emiliani, qui avait collaboré avec Harold Urey au laboratoire Argonne, à Chicago. Il choisit certaines espèces de foraminifères, de petits organismes marins formant une coquille (dits « tests »), qu'il juge particulièrement bien adaptés à l'analyse des isotopes d'oxygène, pour déterminer des climats passés. Les conclusions qu'il tirera quant à la datation des glaciations seront contestées par les grands océanographes, car elles contredisent leurs études sur les « carottes » au fond des océans. Sa méthode est également critiquée au motif qu'il n'est pas prouvé que les microorganismes en question se sont formés suffisamment près de la surface pour refléter des variations du rapport isotopique.
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| Foraminifère |
Vers 1968, un jeune océanographe et climatologue, Nicholas Shackleton (petit-neveu du célèbre explorateur arctique du même nom), propose une interprétation un peu différente pour l'isotope d'oxygène. Son idée est que le rapport isotopique correspondrait non pas à la température de l'eau, mais au niveau de la mer ; pendant des périodes d'avance glaciaire, où un important volume d'eau de mer est gelé dans les calottes continentales, la teneur en oxygène-18 de l'eau restante serait plus élevée. Dans ce cas, on pourrait le détecter dans les couches de foraminifères, dans les carottes du fond. Là encore, cela fait beaucoup de « si », mais pour étayer son hypothèse, Shackleton examine les rapports isotopiques des neiges dans des régions alpines et arctiques, ainsi que d'autres facteurs.
Pendant la décennie 70, un programme d'études océanographiques financé par la National Science Foundation américaine, le CLIMAP, recueillit un nombre important de carottes océaniques (échantillons de roche ou de sédiment marin) dans différentes mers du monde.
Toutefois, le programme s'appuyait sur des approches statistiques erronées de modélisation de la circulation atmosphérique globale, approches remontant aux efforts de John von Neumann pour appliquer des modèles informatiques à l'étude de la modification météorologique. Néanmoins, l'analyse des rapports isotopiques de foraminifères provenant des carottes océaniques, menée par une équipe du laboratoire géologique Lamont-Doherty, indiquait une cyclicité de 100000 ans. John Imbrie, qui dirigeait les programmes informatiques analysant les données, fut le premier à conjecturer que les cycles orbitaux de Milankovitch expliqueraient les périodicités.
Dans le magazine Science de décembre 1976 parut une communication faisant date, signée Hays, Imbrie et Schackleton, intitulée « Variations de l'orbite terrestre : le stimulateur des glaciations ». Ses auteurs y suggèrent que l'avancée et le retrait des calottes glaciaires sont déclenchés par des modifications des paramètres orbitaux de la Terre. Ils n'excluent pas la présence d'autres facteurs renforçant les variations relativement faibles du rayonnement solaire, tout en maintenant que celles-ci en sont la principale cause. Suivant la théorie des cycles orbitaux, les échantillons des fonds marins indiquent qu'une glaciation majeure apparaît environ tous les 100000 ans, suivie d'une courte période d'interglaciation, soit une fonte d'une durée de 10000 à 20000 ans.
Selon les calculs d'astronomes, l'interglaciation actuelle, qui a commencé il y a quelque 11000 ans, pourrait s'inverser à tout moment. En effet, la Terre se trouve dans une période de refroidissement depuis plus de 6000 ans. La température estivale maximale dont se régalait l'Europe ces 10000 dernières années, remonte à 6000 av. J.C. En Amérique du Nord, où le retrait des glaciers était plus lent, le maximum fut atteint vers 4000 av. J.C. Ces estimations, s'appuyant sur une multitude d'éléments venant des domaines géologiques, botaniques et autres, sont cohérentes avec la théorie orbitale du climat, car dans l'hémisphère nord, l'été se trouvait alors à un point de l'orbite terrestre bien plus rapproché du Soleil qu'à l'époque actuelle.
Le mythe du réchauffement climatique
Selon les indices paléontologiques, une glaciation menant à la formation d'une nouvelle calotte glaciaire peut se manifester soudainement. De même, l'alternance entre phase chaude et phase froide peut surgir avec une vitesse étonnante, comme ce fut le cas pour le « petit âge glaciaire » qui dura de 1300 à 1850 de notre ère, et qui se reproduit peut-être actuellement. Si la théorie de la détermination orbitale est exacte, nous devrions prendre très au sérieux l'imminence d'une nouvelle glaciation. Nous l'avons effectivement fait dans les années 1970, pendant une courte période.
Cependant, d'autres forces étaient à l'oeuvre. Les décideurs politiques affiliés à l'oligarchie financière anglo-hollandaise entendaient exploiter le dégel des relations américano-soviétiques, consacré par le Traité de limitation partielle des essais nucléaires de 1963, pour assurer le démantèlement graduel des capacités de recherches scientifiques des grandes puissances, notamment des Etats-Unis.
Pour cela, il fallait dresser l'opinion publique contre l'idée de progrès scientifique. Tel avait été le but de la campagne de peur contre les essais nucléaires, dirigée par les réseaux de Bertrand Russell, puis par une succession d'escroqueries dites « écologiques », à commencer par la diffusion massive, en 1962, du livre Silent Spring de Rachel Carson.
En 1975, un an avant la publication dans Science de l'article promouvant la théorie orbitale du climat, une conférence organisée par l'Association américaine pour le Progrès de la science (AAAS), sous la présidence de Margaret Mead, avait scellé le sort de la théorie astronomique. Mme Mead et le co-organisateur de la conférence, William Kellogg, du RAND, avaient convenu que les phénomènes climatiques seraient officiellement interprétés selon la théorie du réchauffement climatique dû au gaz carbonique, théorie devenue dominante.
Pour amener l'opinion publique à rejeter le développement scientifique, plutôt que d'évoquer une nouvelle glaciation, il était bien plus efficace de mettre le danger du réchauffement climatique sur le compte de l'activité industrielle humaine, notamment le gaz carbonique libéré par les combustibles fossiles.
Cette conférence avait pour thème « L'atmosphère est en danger et pose des dangers ». Les scientifiques, y laissait-on entendre, devaient moins se préoccuper d'idées complexes et de précision, que de simplifier, voire, le cas échéant, fausser leurs conclusions, afin de mieux mobiliser les décideurs politiques et l'opinion publique contre les dangers imputés aux gaz à effet de serre. Autrement dit, une tentative flagrante d'utiliser la science pour faire passer un agenda de réduction démographique et mettre un terme à la prolifération du progrès scientifique et industriel.
Parmi les participants, il y avait trois élèves du malthusien Paul Ehrlich. L'un d'entre eux, un climatologue de Stanford, Stephen Schneider, reflètera l'esprit de cette conférence dans une interview accordée en 1989 au magazine Discover : « Pour captiver l'imagination du grand public, (...) nous devons offrir des scénarios qui font peur, faire des déclarations dramatiques simplifiées et éviter de mentionner les doutes que nous pouvons avoir. (...) Chacun d'entre nous doit décider du bon équilibre entre efficacité et honnêteté. » Aveu qui en dit long sur l'éthique des protagonistes du réchauffement climatique...
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| Al Gore |
Voilà l'origine de la campagne d'Al Gore et Cie. Jusque-là, la théorie du réchauffement climatique provoqué par l'homme n'avait pas eu grand succès. Dès les années 1890, certains conjecturaient que le dioxyde de carbone émis par l'industrie humaine pourrait avoir un impact sur le climat, mais les tentatives répétées de le mesurer ne démontraient pas d'effet significatif. Pour fomenter une psychose sur le réchauffement climatique, il fallut mobiliser des ressources et du financement à une échelle sans précédent, destinés aux universités et aux institutions. Au début de la décennie 90, les dépenses à cet effet atteignaient des milliards de dollars par an. De 2001 à 2007, l'argent public annuel dépensé pour répandre la peur d'un réchauffement climatique dépassa le seuil des cinq milliards de dollars.
La fin de l'arnaque
La brève période de réchauffement en quelques parties du globe, depuis la moitié des années 1970 jusqu'en 1998, contribua à nourrir la peur chez une population crédule et de plus en plus dépourvue de jugement scientifique. Mais aujourd'hui, c'est terminé. Dans la décennie suivant 1998, la température moyenne au niveau du globe a chuté d'environ 0,6°C, annulant l'entièreté de l'augmentation de la température moyenne enregistrée au cours du siècle précédent. C'est ce qui ressort de l'analyse des données par satellite du Centre d'études spatiales Marshall. Récemment, l'indice de l'activité des taches solaires, qui mesure le rayonnement calorifique du Soleil, a atteint son plus faible niveau depuis 1913.
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| Taches solaires |
Outre les variations de la configuration orbitale, le Soleil lui-même affecte le climat, à la fois directement, sous forme de chaleur, et indirectement. A titre d'exemple, le vent solaire (le courant de particules chargées s'échappant du Soleil) a un effet sur l'intensité du rayonnement cosmique. Ce rayonnement, a-t-on récemment démontré, joue un rôle essentiel dans le processus de formation des nuages. Si, à cause d'une moindre activité solaire, un rayonnement cosmique accru pénètre dans l'atmosphère, cela peut se traduire par une plus forte couverture nuageuse et donc un refroidissement accentué.
On sait que le Soleil suit un cycle de onze ans durant lequel son activité s'accroît puis décroît. Cependant, dans le cycle récent, l'activité a été si faible que certains experts craignent que nous entrions dans un nouveau « Minimum de Dalton », référence à la période de 1790 à 1830, le « petit âge glaciaire » où l'activité solaire était en comparaison plus faible. L'astronome Khabibullo Abdusamatov, de l'Observatoire Pulkovo en Russie, a prévu en 2005 que l'activité solaire était sur le point de décroître, amenant un refroidissement. Et en 2008, Oleg Sorokhtine, de l'Académie russe, conseilla de « stocker des manteaux de fourrure », prévoyant un strict minimum solaire d'ici l'an 2040, suivi d'une période de glaciation.
Soyons clairs. Le but de la psychose sciemment entretenue sur le réchauffement planétaire est, en fin de compte, de réduire la population mondiale. Les initiateurs de ce genre de campagne, comme les co-fondateurs du World Wildlife Fund, le prince Philip d'Angleterre ou le prince Bernhard des Pays-Bas (un ancien officier SS) ne s'en cachent pas.
Cessons d'être les dupes de ces campagnes d'horreur, derrière lesquelles se dissimulent des objectifs inavouables. Un retour au concept de progrès scientifique fournirait à l'humanité les meilleurs moyens de traiter tout défi futur menaçant sa survie, que ce soit le changement climatique, de nouvelles maladies ou toute autre menace non encore envisagée.
de Masanobu Fukuoka
extrait de La révolution d'un seul brin de paille
Le premier principe et de NE PAS CULTIVER, c'est-à-dire ne pas labourer ou retourner la terre. Pendant des siècles les agriculteurs ont tenu pour établi que la charrue était essentielle pour faire venir des récoltes. Cependant, ne pas cultiver est le fondement de l'agriculture sauvage. La terre se cultive elle-même, naturellement, par la pénétration des racines des plantes et l'activité des microorganismes, des petits animaux et des vers de terre.
Le second est PAS DE FERTILISANT CHIMIQUE OU DE COMPOST PREPARE. [Pour fertiliser, M. Fukuoka fait pousser une légumineuse en couverture du sol, le trèfle blanc, remet la paille battue sur les champs et ajoute un peu de fumier de volaille (à la suite de la construction d'une route entre son poulailler et ses champs, ses volailles ne pouvaient plus se balader dans ses cultures. Il a été contraint à cet apport.] Les hommes brutalisent la nature et malgré leurs efforts ils ne peuvent pas guérir les blessures qu'ils causent. Leurs pratiques agricoles insouciantes vident le sol de ses aliments essentiels et l'épuisement annuel de la terre en est la conséquence. Laissé à lui-même, le sol entretient naturellement sa fertilité, en accord avec le cycle ordonné de la vie des plantes et des animaux.
Le troisième est NE PAS DESHERBER, NI MECANIQUEMENT, NI AUX HERBICIDES. Les mauvaises herbes jouent leur rôle dans la construction de la fertilité du sol et dans l'équilibre de la communauté biologique. C'est un principe fondamental que les mauvaises herbes doivent être contrôlées, non éliminées.
Le quatrième est PAS DE DEPENDANCE ENVERS LES PRODUITS CHIMIQUES. [Mr Fukuoka fait pousser ses récoltes de céréales sans produit chimique d'aucune sorte. Sur quelques arbres du verger il a occasionellement recours à une émulsion d'huile de machine pour contrôler la cochenille (insect scales). Il n'utilise pas de poison persistant ou à large spectre, et n'a pas de « programme » pesticide] Depuis le temps que les plantes faibles se sont développées, conséquence de pratiques contre nature telles que le labour et la fertilisation, la maladie et le déséquilibre des insectes sont devenus un grand problème en agriculture. La nature, laissée seule, est en parfait équilibre. Les insectes nuisibles et les maladies des plantes sont toujours présents, mais n'atteignent pas, dans la nature, une importance qui nécessite l'utilisation de poisons chimiques. L'approche intelligente du contrôle des maladies et des insectes est de faire pousser des récoltes vigoureuses dans un environnement sain.
« Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.» M. Fukuoka
Quand le sol est cultivé on change I'environnement naturel au point de le rendre méconnaissable. Les répercussions de tels actes ont donné des cauchemars à des générations innombrables
d'agriculteurs. Par exemple quand on soumet à la charrue un territoire naturel, de très solides mauvaises herbes telles que le chiendent et I'oseille arrivent parfois à dominer la végétation.
Quand ces mauvaises herbes s'installent, I'agriculteur est confronté à une tâche presque impossible, le désherbage annuel. Très souvent la terre est abandonnée.
Quand on est confronté à de tels problèmes, la seule solution de bon sens est de cesser en premier lieu les pratiques contre-nature qui ont amené cette situation. L'agriculteur a aussi la
responsabilité de réparer les dommages qu'il a causé. La culture du sol devrait être arrêtée. Si des mesures douces comme de répandre de la paille et de semer du trèfle sont pratiquées, au
lieu d'utiliser des machines et des produits chimiques fabriqués par I'homme pour faire une guerre d'anéantissement, I'environnement reviendra alors à son équilibre naturel et même les
mauvaises herbes génantes pourront être controlées.
Il m'arrive de demander en causant avec des experts de la fertilité du sol : « Si un champ est laissé à lui-même, la fertilité du sol augmentera-t-elle ou s'épuisera-t-elle? ». D'ordinaire
ils hésitent et disent quelque chose comme : « Bien, voyons. Elle s'épuisera... » Non, ce n'est pas le cas si I'on se souvient que si I'on cultive le riz pendant longtemps dans le même champ
sans engrais, la récolte se stabilise alors autour de 24 quintaux à I'hectare. La terre ne s'enrichit ni ne s'épuise.
Ces spécialistes de réfèrent à un champ cultivé et inondé (culture du riz - MD). Si la nature est livrée à elle-même la fertilité augmente. Les débris organiques animaux et végétaux
s'accumulent et sont décomposés par les bactéries et les champignons à la surface du sol. Avec I'écoulement de I'eau de pluie les substances nutritives sont entraînées profondément dans le
sol pour devenir nourriture des microorganismes, des vers de terre et autres petits animaux. Les racines des plantes atteignent les couches du sol plus profondes et ramènent les substances
nutritives à la surface. Si vous voulez avoir une idée de Ia fertilité naturelle de la terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage de la montagne et regardez les arbres
géants qui poussent sans engrais et sans être cultivés. La fertilité de la nature dépasse ce que I'on peut imaginer. C'est ainsi.
Rasez la couverture forestière naturelle et plantez des pins rouges du Japon, ou des cèdres, pendant quelques générations et le sol s'épuisera et s'ouvrira à I'érosion. Par ailleurs, prenez une montagne improductive à sol pauvre d'argile rouge et plantez-la en pins ou en cèdres avec une couverture du sol en trèfle et en luzerne. Comme I'engrais vert [note 1] allège et enrichit le sol, mauvaises herbes et buissons poussent sous les arbres, et un cycle fertile de régénération commence. Il y a des cas où le sol s'est enrichi sur une profondeur de dix centimètres en moins de dix ans.
Pour faire pousser les récoltes également, on peut arrêter d'utiliser des fertilisants préparés. Dans la plupart des cas une couverture permanente d'engrais vert et le retour de toute la paille et de la balle sur le sol seront suffisants. Pour fournir de I'engrais animal qui aide à décomposer la paille, j'avais I'habitude de laisser les canards aller en liberté dans les champs. Si on les y laisse aller quand ils sont canetons, pendant que les plantes sont encore toutes petites, les canards vont grandir en même temps que le riz. Dix canards vont pourvoir à tout le fumier nécessaire sur un are et aideront aussi à contrôler les mauvaises herbes.
J'ai fait cela de nombreuses années jusqu'à ce que la construction d'une route nationale vienne empêcher les canards de traverser pour aller aux champs et revenir à la basse-cour.
Maintenant j'utilise un peu de crottes de poule pour aider à décomposer la paille. Sur d'autres terres, canards ou autre petit bétail sont encore possibles.
Ajouter trop d'engrais peut causer des problèmes. Une année, juste après le repiquage du riz, je louai un demi hectare en champs fraîchement plantés de riz pour une période d'un an. Je vidai
toute I'eau des rizières et procédai sans fertilisant chimique, répandant simplement une petite quantité de crottes de poule. Quatre champs poussèrent normalement. Mais dans le cinquième,
quoi que j'y fisse, les plants de riz poussèrent trop épais et furent attaqués par la brunissure (blast disease). Quand je questionnai le propriétaire à ce sujet, il dit qu'il avait utilisé
ce champ tout I'hiver comme dépôt de fumier de poules.
En utilisant de la paille, de I'engrais vert et un peu de fumier de volaille, vous pouvez obtenir de hauts rendements sans ajouter de compost ni de fertilisant du commerce. Depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, je reste tranquille à observer la démarche de la nature pour faire pousser et fertiliser. Et tout en observant, je fais de magnifiques récoltes de Iégumes, d'agrumes, de riz et de céréales d'hiver, cadeau pour ainsi dire de la fertilité naturelle de la terre.
Voici quelques points clef à se rappeler dans la manière d'agir avec les mauvaises herbes.
Dès qu'on arrête de cultiver, la quantité de mauvaises herbes décroît nettement. Les variétés de mauvaises herbes dans un champ donné vont de même changer.
Si I'on sème pendant que la moisson précédente mûrit encore, ces semences germeront avant les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes d'hiver ne Ièvent qu'après la moisson du riz, mais à cette époque-là, les céréales d'hiver ont déjà pris une tête d'avance. Les mauvaises herbes d'été ne Ièvent qu'après la moisson de I'orge et de I'avoine, mais le riz est déjà en train de croitre avec vigueur. En calculant les semailles de sorte qu'il n'y ait pas d'intervalle entre la succession des cultures on donne aux graines semées un sérieux avantage sur les mauvaises herbes. Si I'on recouvre entièrement le champ de paille juste après la moisson, on coupe court momentanément à la germination des mauvaises herbes. Le trèfle blanc semé avec les semences, en couverture du sol, aide aussi à garder les mauvaises herbes sous contrôle.
L'habituelle voie d'action sur les mauvaises herbes est de cultiver le sol. Mais lorsque vous le cultivez, les graines enfouies profondément dans le sol qui n'auraient jamais germé autrement, sont remontées à la surface et vous leur donnez une chance de germer. De plus, dans ces conditions, vous donnez I'avantage aux variétés à germination et croîssance rapides. Ainsi pourriez-vous dire que I'agriculteur qui essaye de contrôler les mauvaises herbes par la culture du sol, sème littéralement les graines de sa propre infortune.
Il faut dire qu'il y a encore des personnes qui pensent que si elles n'utilisent pas de produits chimiques leurs arbres fruitiers et leurs champs de céréales vont dépérir sous leurs yeux. En réalité c'est en utilisant ces produits chimiques que les gens ont préparé à leur insu les conditions par lesquelles cette peur non fondée peut devenir réalité.
Récemment des pins rouges du Japon ont souffert de sérieux ravages dûs à une irruption d'hylobie de l'écorce (charançon du pin = pine bark weevils). Les forestiers utilisent maintenant des hélicoptères pour essayer d'arrêter les ravages par des pulvérisations aériennes. Je ne nie pas que ce soit efficace à court terme, mais je sais qu'il doit y avoir un autre moyen.
Les chancres de I'hylobie, selon les dernières recherches, ne sont pas une infestation directe mais continuent I'action de parasites médiats. Les parasites procréent à I'intérieur du tronc, bloquent le transport de I'eau et des éléments nutritifs, et causent éventuellement le dépérissement et la mort du pin. La cause profonde, naturellement, n'est pas encore clairement discernée.
Les parasites se nourrissent d'un champignon qui se trouve à I'intérieur du tronc de I'arbre. Pourquoi ce champignon s'est-il mis à proliférer ainsi à I'intérieur de I'arbre? Est-ce que le champignon a commencé à se multiplier après que le parasite eût déjà fait son apparition ? Ou bien est-ce que le parasite a paru parce que le champignon était déjà Ià ? Cela se résume par la question : qui vint le premier : le champignon ou le parasite ? Qui plus est, il y a un autre microbe dont on sait très peu de chose, qui accompagne toujours le champignon, et un virus toxique pour le champignon. Les effets s'enchaînant en tous sens, la seule chose dont on soit absolument sûr est que les pins dépérissent en nombre inhabituel.
On ne peut pas savoir quelle est la cause véritable du chancre du pin, ni les conséquences profondes du « remède ». Si I'on intervient à I'aveuglette cela ne peut que semer les graines de la prochaine grande catastrophe. Non, je ne peux pas me réjouir, sachant que les ravages directs de I'hylobie ont été résolus par des vaporisations de produits chimiques. Utiliser des produits chimiques agricoles est la manière la plus absurde de traiter des problêmes tels que ceux-là, et ne conduira qu'à de plus graves problèmes dans I'avenir.
Les quatre principes de I'agriculture sauvage - (ne pas cultiver, pas d'engrais chimiques ni de compost préparé, pas de désherbage par labour ni herbicide et pas de dépendance chimique)- obéissent à I'ordre naturel et conduisent au réapprovisionnement de la richesse naturelle. Tous mes tâtonnements ont suivi cette ligne d'idée. C'est le coeur de ma méthode pour faire pousser Iégumes, céréales et agrumes.
Agriculture au milieu des mauvaises herbes
Une grande variété d'espèces de mauvaises herbes poussent avec le grain et le trèfle blanc dans ces champs. La paille de riz répandue sur le champ I'automne dernier est déjà décomposée en riche humus. La moisson atteindra environ 59 quintaux à I'hectare .
Hier, quand le Professeur Kawase, qui fait autorité sur les herbes de pâturage, et le Professeur Hiroe, qui fait des recherches sur les plantes anciennes, virent la fine couche d'engrais vert dans mes champs, ils appelèrent cela une magnifique oeuvre d'art. Un agriculteur local qui s'était attendu à voir mes champs complètement recouverts de mauvaises herbes fut surpris de voir I'orge poussant si vigoureusement parmi les nombreuses autres plantes. Des experts techniques sont également venus ici, ont vu les mauvaises herbes, vu le cresson et le trèfle qui poussent partout, et sont partis en hochant la tête d'étonnement .
Il y a vingt ans, quand j'encourageais I'utilisation d'une couverture du sol permanente dans les vergers, il n'y avait pas un brin d'herbe visible dans les champs ou les vergers dans tout le pays. En voyant des vergers comme les miens les gens arrivèrent comprendre que les arbres fruitiers pouvaient très bien pousser parmi toutes sortes d'herbes. Aujourd'hui les vergers couverts d'herbes sont communs au Japon et ceux qui ne le sont pas sont devenus rares.
C'est la même chose pour les champs de céréales. Riz, orge et avoine peuvent pousser avec succès tandis que les champs sont couverts de trèfle et de mauvaises herbes tout au long de I'année. Revoyons plus en détail le programme annuel des semailles et moissons de ces champs. Début octobre, avant la moisson, on sème à la volée du trèfle blanc et des céréales d'hiver de variété à croîssance rapide parmi les tiges du riz finissant de mûrir [note 2]. Le trèfle et I'orge, ou I'avoine, Ièvent et poussent de deux centimètres et demi à cinq centimètres pendant le temps qu'il faut au riz pour être prêt à moissoner. Pendant la moisson du riz, les semences levées sont foulées par les pieds des moissonneurs, mais récupèrent en un rien de temps. Quand le battage est accompli la paille de riz est répandue sur le champ.
Quand le riz est semé en automne et laissé découvert, les semences sont souvent mangées par les souris et les oiseaux ou bien elles pourrissent au sol et c'est pourquoi j'enferme les semences de riz dans de petites boulettes d'argile avant de semer. La semence est étalée sur un plateau ou une panière que I'on secoue dans un mouvement de va-et-vient circulaire. On la saupoudre d'argile finement pulvérisée et on ajoute de temps en temps une fine buée d'eau. Cela forme de petites boulettes d'environ un centimètre de diamètre. Il y a un autre procédé pour faire les boulettes.
- On fait d'abord tremper dans I'eau pendant plusieurs heures la semence de riz décortiqué. On la retire et on la mélange à de I'argile humecté tout en foulant des pieds ou des mains. Puis on presse I'argile à travers un tamis en grillage de cage à poule pour le séparer en petites mottes. On doit laisser sècher les mottes un jour ou deux, ou jusqu'à ce qu'on puisse aisément les rouler en boulettes entre les paumes. Idéalement il y a une graine par boulette. En un jour il est possible de faire assez de boulettes pour ensemencer environ deux hectares.
Selon les conditions j'enferme quelquefois les semences des autres céréales et des Iégumes dans des boulettes avant de semer. De mi-novembre à mi-décembre c'est le bon moment pour semer à la volée des boulettes contenant la semence de riz parmi les jeunes plants d'orge ou d'avoine, mais on peut aussi les semer à la volée au printemps [Note 3]. On étend sur le champ une fine couche de fumier de volaille pour aider à décomposer la paille et les semailles de I'année sont terminées.
En mai les céréales d'hiver sont moissonnées. Après le battage toute la paille est répandue sur le champ.
On fait alors entrer I'eau qu'on laisse stagner pendant une semaine à dix jours. Ceci provoque un affaiblissement des mauvaises herbes et du trèfle et permet au riz de lever à travers la
paille. Durant juin et juillet la pluie suffit ; en août on fait passer de I'eau courante à travers le champ une fois par semaine sans la laisser stagner. Maintenant la moisson d'automne
approche. Tel est le cycle annuel de culture du riz/céréales d'hiver par la méthode naturelle. Les semailles et la moisson suivent de si près le modèle de la nature qu'on peut
considérer qu'elles suivent leur processus naturel plutôt qu'une technique agricole.
Cela ne prend qu'une heure ou deux à un agriculteur de faire les semailles et de répandre la paille sur un are. A I'exception de la moisson on peut faire pousser seul les céréales
d'hiver, et pour le riz deux ou trois personne suffisent en n'utilisant que les outils japonnais traditionnels. Il n'y a pas méthode plus facile, plus simple, pour faire pousser le grain.
Elle comporte à peine plus que semer à la volée et répandre la paille, mais il m'a fallu plus de trente ans pour atteindre cette simplicité.
Cette manière de travailler la terre s'est développée conformément aux conditions naturelles des îles japonaises mais j'ai le sentiment que la méthode naturelle du travail de la terre pourrait aussi être appliquée dans d'autres régions et pour d'autres cultures indigènes. Dans les régions où I'eau n'est pas aisément disponible on pourrait faire pousser le riz des montagnes, par exemple, ou d'autres grains tels que le sarrasin, le sorgho ou le millet. Au lieu du trèfle blanc une autre variété de trèfle, la luzerne, la vesce ou le lupin peuvent se révéler meilleures couvertures du champ. L'agriculture sauvage prend une forme distincte, conformément aux conditions particulières de la région où elle est appliquée.
Pendant la transition vers cette sorte d'agriculture, un peu de désherbage, de compostage ou d'élagage peuvent être nécessaires au début mais ces mesures seront graduellement réduites chaque année. Finalement ce n'est pas la technique de culture qui est le facteur le plus important, mais plutôt I'état d'esprit de I'agriculteur.
On pourrait considérer que répandre de la paille est plutôt sans importance alors que c'est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d'hiver. C'est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, I'irrigation. Concrétement et théoriquement, I'utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c'est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre aux gens.
Le Centre d'Essai d'Okayama est en train d'expérimenter I'ensemencement direct du riz dans quatre vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur suggérai d'étendre la paille non-hachée, ils pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être bien, et firent les expériences après I'avoir hachée dans un hachoir mécanique. Quand j'allai voir I'essai il y a quelques années, je vis que les champs avaient été divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée et pas de paille du tout. C'est exactement ce que je fis pendant longtemps et comme la non hachée marche mieux, c'est la non-hachée que j'utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d'Agriculture de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer I'ensemencement direct et vint visiter ma ferme. Je lui suggérai de répandre de la paille non-hachée sur son champ. Il revint I'année suivante et rapporta que I'essai avait raté. Après avoir écouté attentivement son récit, je m'aperçus qu'il avait posé la paille de manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d'un jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront pas bien du tout. Les pousses du riz auront du mal à passer au travers de la paille d'orge ou d'avoine si on la répand de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées naturellement.
La paille de riz fait un bon mulch aux céréales d'hiver, et la paille de céréales d'hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit bien compris. Il y a plusieurs maladies
du riz qui infesteront la récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois ces maladies du riz n'affecteront pas les céréales d'hiver, et si la paille de riz est étendue en
automne, elle sera tout à fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant. La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales, de même que la paille de sarrazin, et la
paille des autres espèces de céréales peut être utilisée pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche des céréales d'hiver telles que le froment, I'avoine et I'orge ne doit pas
être employée comme mulch pour d'autres céréales d'hiver parce que cela pourrait provoquer des dégats par maladie .
La totalité de la paille et de la balle restant après avoir battu doit retourner sur le champ.
Eparpiller la paille maintient la structure du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture. Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.
II n'est pas nécessaire de préparer de compost. Je ne dirai pas que vous n'avez pas besoin de compost - seulement qu'il n'est pas nécessaire de travailler dur à le faire. Si on laisse la paille étendue à la surface du champ au printemp ou en automne et qu'on la recouvre d'une mince couche de fumier de poule ou de crottes de canard, en six mois elle se décomposera complètement. Pour faire du compost par la méthode habituelle, I'agriculteur travaille comme un fou sous le soleil brûlant, hachant la paille, ajoutant de I'eau et de la chaux, retournant le tas et le tractant jusqu'au champ. Il se donne toute cette peine parce qu'il pense que c'est une « meilleure voie ». Je préférerais voir les gens éparpiller de la paille, de la balle ou des copeaux sur leurs champs .
En voyageant sur la ligne de Tokaïdo à I'ouest du Japon, j'ai remarqué qu'on coupe la paille plus grossièrement que lorsque j'ai commencé à parler de la répandre non coupée. I1 faut que
je rende justice aux agriculteurs. Mais les experts d'aujourd'hui continuent à dire qu'il est préférable de n'utiliser que tant de tonnes de paille à I'hectare. Pourquoi ne disent-ils pas de
remettre toute la paille dans le champ ? En regardant par la fenêtre du train, on peut voir des agriculteurs qui ont coupé et répandu environ la moitié de la paille et laissent pourrir le
reste à I'écart sous la pluie.
Si tous les agriculteurs du Japon se mettaient d'accord et commençaient à remettre toute la paille sur leurs champs, le résultat serait qu'une énorme quantité de compost reviendrait à la
terre.
Pendant des centaines d'années les agriculteurs ont mis grand soin à la préparation de semis de riz pour faire pousser du plant sain et fort. Ils nettoyaient les petits semis comme s'ils avaient été I'autel des ancètres. La terre était cultivée, du sable et les cendres de balle de riz brûlée étaient répandus tout autour, et une prière était offerte pour que les plants réussissent.
Il n'est donc pas étonnant que les villageois des environs aient pensé que je n'avais plus ma tête de jeter la semence à la volée tandis que les céréales d'hiver étaient encore sur pied, avec des mauvaises herbes et des morceaux de paille en décomposition éparpillés partout.
Naturellement les semences germent bien quand elles sont semées directement sur un champ bien retourné, mais s'il pleut il devient boueux, on ne peut pas y entrer et y marcher et les
semailles doivent être différées. La méthode sans culture a la sécurité sur ce point, mais par ailleurs elle a I'inconvénient des petits animaux tels que taupes, grillons, souris et limaces
qui aiment manger les semences. Les boulettes d'argile enfermant les semences résolvent ce problème.
Pour semer les céréales d'hiver la méthode habituelle est de semer la semence et de la recouvrir de terre. Si la semence est mise trop profondément, elle pourrira. J'ai autrefois laissé
tomber la semence dans de petits trous dans le sol, ou dans des sillons sans les recouvrir de terre, mais j'ai expérimenté beaucoup d'échecs avec les deux méthodes. Depuis peu je suis
devenu paresseux et au lieu de faire des sillons ou de faire des trous dans la terre, j'enveloppe les semences dans des boulettes d'argile et je les lance directement sur le champ. La
germination est meilleure à la surface où elle est exposée à I'oxygène. J'ai trouvé que Ià où les boulettes sont couvertes de paille, les semences germent bien et ne pourrissent pas, même les
années de forte pluie.
Idéalement, un hectare produit environ quatre tonnes de paille d'avoine. Si la totalité de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement recouverte. Même une mauvaise herbe génante comme le chiendent, problème le plus difficile dans la méthode d'ensemencement direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.

Les moineaux m'ont causé de fréquents maux de tête. L'ensemencement direct ne peut pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout des oiseaux et il y a beaucoup d'endroits où I'ensemencement
direct a été lent à se répandre pour cette seule raison. Certains d'entre vous peuvent avoir le même problème aves les moineaux et vous comprendrez ce que je veux dire. Je me souviens
du temps où ces oiseaux me suivaient et dévoraient toutes les graines que j'avais semées avant même que j'aie pu finir I'autre côté du champ. J'ai essayé les épouvantails à moineaux et les
filets, des boîtes de conserve cliquetant sur des ficelles, mais rien n'a vraiment bien marché. Ou s'il arrivait qu'une de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait qu'un an ou deux.
Mon expérience a montré qu'en semant quand la récolte est encore sur pied de telle sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle et en répandant un mulch de paille de riz,
d'avoine ou d'orge dès que la récolte mûre à été moissonnée, le problème des moineaux peut être résolu avec beaucoup d'efficacité.
J'ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j'ai fait I'expérience d'erreurs de toutes sortes. J'en connais probablement plus sur ce qui peut aller mal dans la
croissance des récoltes agricoles que personne d'autre au Japon. Quand j'ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d'hiver par la méthode de la non-culture, je me
suis senti aussi heureux que Christophe Colomb a dû I'être quand il découvrit l'Amérique .
La Commission européenne propose d'autoriser l'importation du riz transgénique LL62 de Bayer. Cette question sera à l'ordre du jour du Conseil permanent de
la chaîne alimentaire les 14 et 15 mai prochain.
Par Pierre Rabhi
Agroécologie - Lien permanent
La terre... Combien sommes-nous à comprendre cette glèbe silencieuse que nous foulons durant toute notre vie, quand nous ne sommes pas confinés dans des agglomérations hors-sol qui nous la rendent encore plus étrangère ? La terre nourricière est, parmi les quatre éléments majeurs, celui qui n'a pas existé dès l'origine. Il a fallu des millénaires pour que la mince couche de terre arable d'une vingtaine de centimètres à laquelle nous devons la vie puisse se constituer.
Univers silencieux d'une extrême complexité, siège d'une activité intense, elle est régie par une sorte d'intelligence mystérieuse et immanente. C'est dans ce monde discret que s'élaborent, comme dans un estomac, les substances qui permettront aux végétaux de se nourrir, de s'épanouir pour se reproduire, et c'est aux végétaux que les humains et les animaux doivent leur propre survie. Il est donc urgent de reconnaître que la dénomination « terre-mère » n'est pas une métaphore symbolique ou poétique, mais une évidence objective.
Ainsi s'est établie une logique extraordinaire fondée sur la cohésion du vivant. La terre, le végétal, l'animal et l'humain sont de cette manière unis et indissociables. Prétendre nous abstraire de cette logique, la dominer ou la transgresser impunément est une dangereuse illusion. Avec l'ère de la technoscience, de la productivité et de la marchandisation sans limite, on ne voit plus dans la terre et les végétaux qu'une source de profit financier. Semences sélectionnées, dégénérescentes ou non reproductibles, engrais, pesticides, monocultures, irrigation à outrance, machinisme... etc. : l'agriculture n'a pas échappé à la logique de productivisme. Suivant les processus et les mécanismes inspirés par la loi du marché et du profit illimité, elle a porté gravement atteinte à la terre nourricière. Elle s'accompagne d'un bilan économique, écologique et social dramatique : destruction de l'humus des sols, pollution des eaux, perte de la biodiversité domestique animale et végétale, disparition des paysans, de leurs savoir-faire et de leur culture, dévitalisation de l'espace rural, avancée de la désertification, manipulation et brevetage des semences...etc. La terre est vivante et ne peut pas être assujettie à toutes ses exactions sans de graves dommages pour l'avenir.
Par ailleurs, ce mode de production agricole se révèle être le plus onéreux, vulnérable, dépendant et le moins rentable de toute l'histoire de l'humanité : 4000 litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo de viande, il faut à peu près 2 à 3 tonnes de pétrole pour fabriquer une tonne d'engrais et 12 calories d'énergie pour obtenir 1 calorie alimentaire... Entre excès, gaspillages et scandales alimentaires d'un côté, pénuries et famines de l'autre, l'agriculture productiviste, après s'être exprimée librement pendant des décennies, montre sérieusement ses limites. Le magnifique terme de « nourriture » qui, au-delà de la matière nutritive, a des résonances symboliques et poétiques, monde de saveurs subtiles qui réjouissent l'âme et le corps, a cédé la place à « la bouffe » qui désigne cette matière surabondante, frelatée, manipulée, polluée, cause d'un désabusement où les biens de la terre ne nous parviennent plus comme des offrandes que chaque saison nous apporte en temps et lieux les plus propices.
On commence enfin à faire le rapprochement de cause à effet entre la nourriture et le véritable fléau des pathologies dites de civilisation qui, en dépit de nos connaissances, de nos équipements médicaux les plus sophistiqués, ne cessent de s'étendre. La nourriture, l'air, l'eau, attributs fondamentaux de la vie, garants de la vie depuis les origines, deviennent peu à peu les complices de la mort. Faut-il encore et encore rappeler qu'il sera toujours, et quoi que l'on fasse, impossible d'avoir une nourriture de grande qualité sans comprendre, respecter et soigner la terre qui la produit ? Répondre aux nécessités de notre survie tout en respectant la vie sous toutes ses formes est à l'évidence le meilleur choix que nous puissions faire si nous ne voulons pas être exposés à des famines sans précédent.
C'est pourquoi il est selon nous d'une importance décisive que l'agroécologie que nous préconisons, enseignons et appliquons depuis plusieurs décennies se répande dans le monde entier. S'appuyant sur un ensemble de techniques inspirées de processus naturels comme le compostage, le non retournement du sol, l'utilisation de purins végétaux, les associations de cultures...etc., elle permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.Parce qu'elle est fondée sur une bonne compréhension des phénomènes biologiques qui régissent la biosphère en général et les sols en particulier, elle est universellement applicable.
La pratique agroécologique a le pouvoir de refertiliser les sols, de lutter contre la désertification, de préserver la biodiversité, d'optimiser l'usage de l'eau. Elle est une alternative peu coûteuse et adaptée aux populations les plus démunies. Par la revalorisation des ressources naturelles et locales, elle libère le paysan de la dépendance des intrants chimiques et des transports générateurs de tant de pollutions et responsables d'une véritable chorégraphie de l'absurde où des denrées anonymes parcourent chaque jour des milliers de kilomètres plutôt que d'être produites sur place. Enfin, elle permet de produire une alimentation de qualité, garante de bonne santé pour la terre et ses enfants.
Par ailleurs, l'agroécologie bien comprise peut être à la base d'une mutation sociale. Elle est une éthique de vie qui introduit un rapport différent entre l'être humain, sa terre nourricière et son milieu naturel et permet de stopper le caractère destructeur et prédateur de cette relation.
C'est ainsi qu'elle représente pour nous bien plus qu'une simple alternative agronomique. Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l'être humain dans sa
responsabilité à l'égard du vivant. Bien au-delà des plaisirs superficiels toujours inassouvis, elle lui permet de retrouver la vibration de l'enchantement, le sentiment de ces êtres premiers
pour qui la création, les créatures et la terre étaient avant tout sacrées.
La débâcle du
monde : Quelles sont nos chances pour sur-vivre ?
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« Plutôt que d'interroger, nous nous interrogeons sur l'avenir de l'homme en général et de l'Occident en particulier puisque c'est lui qui dominera le monde matériel. Cet Occident
est malade de son intelligence. Il a beau être savant, il n'arrive pas à saisir une vérité essentielle tant il est vrai qu'il est assoiffé de conquête et de pouvoir, aveuglé par l'illusion
de sa puissance, prônant l'argent pour Dieu. » L'Emir Abd El Kader dans "El Maoukef" (1860) Il est bien connu que les millénarismes ont eu pour but, entre autre, de faire émerger un "homme nouveau" dont le comportement moral serait plus exemplaire. Nous savons que "la terreur de l'an 1000" a vu une frénésie de religion s'emparer des hommes qui s'accusant de tous les maux étaient convaincu que la fin du monde approchait , l'apocalypse et la parousie du Christ venant il fallait expier. Le XXe siècle, a été, pour la majorité des peuples des continents du Sud, celui de la tyrannie sous une forme ou sous une autre d'un Occident européen au fait de sa puissance, bardé de certitudes et imprimant au reste du monde sa marque : celle d'une façon de vivre où l'homme n'est plus au centre de la préoccupation mais un rouage, en un mot :un produit marchand. Fait nouveau, cette façon de vivre débridée fait du gaspillage des ressources de la Terre, forcément limitées, l'alpha et l'oméga du progrès. Tragique erreur s'il en est ! la Terre proteste et nous le fait savoir par des signes de plus en plus récurrents : les perturbations climatiques. « Mardi 23 septembre 2008, écrit Frédéric Joignot, retenez cette date. Ce fut « le jour du dépassement », le earth overshoot day de l'année. La date où la population humaine a épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe la Terre, la biosphère ou écosphère. Depuis, nous allons au-delà de ce que la planète nous offre, de sa biocapacité. Comment identifions-nous ce mardi fatal si précisément ? Pour le calculer, Global Footprint Network compare le rythme auquel, chaque année, la nature produit des ressources - aliments, combustibles, etc. - et assimile les déchets, et le rythme auquel l'humanité consomme ces ressources et produit des déchets. Quand nous excédons les possibilités terrestres, nous atteignons « le jour du dépassement ». Le premier, selon l'ONG, est tombé le 31 décembre 1986. En 1996, il se situait début novembre. En 2007, le 6 octobre. Aujourd'hui, le 23 septembre. Et dans dix ans ? Notre crédit terrestre s'épuise - après le crédit bancaire ».(1) « Les chercheurs évaluent l'"empreinte écologique" d'Homo sapiens en hectares terrestres. L'Ocde en donne cette définition : "La mesure de la superficie biologiquement productive nécessaire pour pourvoir aux besoins d'une population humaine de taille donnée." Nous avons largement dépassé notre quota, globalement. La Terre ne peut aujourd'hui offrir que 1,78 hectare global (hag) par habitant. Or, la consommation mondiale actuelle exige 2,23 hag productifs per capita. Et les calculs montrent que si l'ensemble de la population humaine adoptait aujourd'hui le mode de vie des Européens et des Américains - voitures, eau chaude à volonté, viande chaque jour, énergies fossiles à la demande... -, il lui faudrait disposer en surface de quatre à cinq planètes Terre. » Nous sommes donc avertis, nous épuisons les ressources annuelles de la Terre plus rapidement qu'elles ne se constituent. Notre démographie n'est-elle pas la cause de nos malheurs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, militaires, comme l'affirmait déjà l'austère Thomas Malthus... en 1798 ? qui affirmait que la population humaine croît de façon exponentielle (2, 4, 8, 16, 32...) et les ressources, de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, 5...). Inévitablement, nous irions vers l'épuisement des biens, la famine, la guerre de tous contre tous. L'empreinte écologique, le réchauffement qui s'accélère combinés à une croissance forte de la population ne ramènent-ils pas l'humanité à une situation « malthusienne » - une spirale tragique ? Prenez Ted Turner, fondateur de la chaîne d'actualités CNN, il déclarait en avril 2008 sur la chaîne PBS : « Nous sommes trop nombreux. Voilà pourquoi nous avons le réchauffement climatique. [...] Tous les habitants de la planète doivent s'engager à avoir un ou deux enfants, c'est tout. [...] Ne pas contrôler la population est un suicide. » Cette angoisse peut aussi être amplifiée par des mensonges modernes sur l'invasion venue du Sud surpeuplé. Mais, contredisant cette démagogie, un rapport publié en 2004 par le département des affaires économiques et sociales de l'ONU (World Population to 2300) indique que les immigrés venus des pays pauvres contribueront pour 4% à la croissance démographique des pays développés d'ici à 2050 - aujourd'hui pour 3% -, ce qui rajeunira une Europe vieillissante ».(1) Aurons-nous assez de ressources pour nous nourrir ? Au-delà des angoisses et des peurs, la véritable grande question posée par le peuplement sera celle des ressources : les pays, les sols, la Terre pourront-ils nourrir - et supporter - une population de 9 ou 10 milliards d'habitants ? Aujourd'hui, 850 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. Les agronomes rappellent combien, depuis un demi-siècle, sans se soucier des populations locales, les pays du Nord ont financé les cultures d'exportation des pays du Sud- le coton, l'herbage d'élevage - au détriment des cultures vivrières. Ces politiques néocoloniales ont ruiné l'agriculture de ces pays, avec l'aide de gouvernements autoritaires et corrompus. Encore une fois nous voyons un colonialisme postcolonial qui continue à faire de la « colonie » devenue formellement indépendante un appendice de la métropole qui aspire les ressources aussi bien physiques et depuis quelque temps aussi les rares cerveaux formés dans ces Suds épuisés. Le rapport 2008 de l'Ocde, Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030, est aussi alarmiste que la FAO. Il nous promet, en l'absence d'une politique mondiale volontariste, un avenir très désagréable. Un réchauffement de 1,7 C à 2,4 C en 2050 - prévision basse. Sécheresse, tempêtes, inondations, destruction des infrastructures. L'accroissement du stress hydrique pour 3 milliards d'humains, une eau mal répartie. Une pollution accrue de l'air. La croissance de la population humaine est-elle la cause première des fléaux annoncés ? Les experts de l'OCDE répondent : « Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l'environnement ne proviennent pas du nombre d'habitants mais de leurs habitudes de consommation. »(1) On l'aura compris : le malheur viendra des modes de vie dépensiers occidentaux, des politiques industrielles, des égoïsmes nationaux, de comportements que nous pourrions changer. Selon le rapport 2008 de l'Agence internationale de l'énergie (World Energy Outlook 2008), nous passerons de 700 millions de voitures à 1400 millions qui rouleront encore au pétrole en 2030, émettant plus de 10 milliards de tonnes de C02 qui vont stationner dans l'atmosphère et mettront 120 ans pour disparaitre. Le changement climatique est en marche, cette course vers l'abîme a déjà ses victimes dans les pays démunis. Les pays industrialisés font des reformettes qui ne régleront pas le problème de fond qui est celui de donner un coup de frein rapide à l'utilisation des énergies fossiles en développant les énergies renouvelables avant que le changement ne soit irréversible. Le président Obama semble l'avoir compris mais en aura-t-il les moyens ? Sera-t-il suivi ? La crise financière et un pétrole bradé à 40 dollars sont en train de compromettre le recours urgent aux énergies renouvelables. Il est à craindre que ce seront les pays vulnérables qui ne se sont pas apprêtés qui en subiront les conséquences tragiques. Cette détérioration de plus en plus accélérée du mode de vie n'a pas jailli du néant. Elle a été consacrée par la nouvelle forme de colonisation du monde appelée indifféremment néocolonialisme ou postcolonialisme . Le colon n'a plus de présence physique, il se contente de gérer à distance au nom de la dictature du marché, du libéralisme sauvage et d'une mondialisation que l'on nous disait inéluctable. Autre conséquence tragique, le marché n'a pas laissé intacts les fondements des sociétés. En ce temps de « délitement des valeurs » que l'on pensait immuables, beaucoup de certitudes ont été ébranlées. Le capital symbolique qui a été sédimenté et qui part par pans entiers sous les coups de boutoir du marché du libéralisme fruit d'une mondialisation sans éthique. Les sociétés qualifiées il y a si longtemps de « primitives » sont en train de perdre leur identité sous la pression d'un Occident qui série, catalogue et dicte sa norme.(2) L'Occident ne se contente pas d'imposer sa vision du monde à la fois par la science et la force, il s'attaque depuis quelques années aux identités. Au moment où même dans les pays occidentaux et à des degrés divers les nations luttent pour ne pas perdre leur identité, les pays du Sud sont en train de perdre leurs dernières défenses immunitaires constituées par leurs traditions ancestrales. Cette désymbolisation du monde mise en évidence par Dany Robert Dufour est en train de pénétrer en profondeur le tissu social. A juste titre, la mondialisation et le néolibéralisme peuvent être tenus pour responsables de cette débâcle planétaire. Dans ce monde de plus en plus incertain, l'individu éprouve le besoin d'un retour à des « valeurs sûres » qui lui font retrouver une identité ethnique voire religieuse que la modernité avait réduite. D'autre part, un autre dégât est la fameuse « perte de repères chez les jeunes », induite par la précarité de la vie temporelle et spirituelle, n'a alors rien d'étonnant : Il est, cependant, illusoire de croire que quelques leçons de morale à « l'ancienne » même dans les pays où la tradition et la religion tentent encore de maintenir la structure sociale, pourraient suffire à enrayer les dommages causés par le libéralisme.(2) De ce fait, une servitude attend l'individu- sujet. C'est l'asservissement au marché, au libéralisme sauvage. Pour Pierre Bourdieu, le libéralisme est à voir comme un programme de « destruction des structures collectives » et de promotion d'un nouvel ordre fondé sur le culte de « l'individu seul mais libre ». Le néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives construites de longue date par exemple, les syndicats, les formes politiques, mais aussi et surtout la culture en ce qu'elle a de plus structurant et de ce que nous pensions être pérennes(3). La valeur intrinsèque de l'individu est indexée sur sa valeur marchande. Voilà le monde que nous propose l'Occident du "money-théisme". La valeur symbolique, écrit le philosophe Dany-Robert Dufour, est ainsi démantelée au profit de la simple et neutre valeur monétaire de la marchandise de sorte que plus rien d'autre, aucune autre considération (morale, traditionnelle, transcendante...), ne puisse faire entrave à sa libre circulation(4) La crise est aujourd'hui une réalité concrète pour tous les citoyens de la planète. Elle nécessite des changements radicaux pour mettre fin au néolibéralisme qui vient de nous mener au bord du gouffre. Pourtant, que ce soit les plans de relance décidés par les gouvernements des différents pays, ou les conclusions du premier Sommet du G20 qui s'est tenu à Washington en novembre dernier, les gouvernements et les financiers semblent plus soucieux de sauver le système que de répondre véritablement aux enjeux de la crise. Voilà donc la planète des consuméristes. Nos valeurs n'en sont pas sortis indemnes pour autant. Même dans les pays industrialisés cette course vers le profit a démantelé toutes les conquêtes sociales. Ainsi en France et comme l'écrivent Patrick Braouezec et Michel Onfray « (...)Retirer toutes les protections collectives, l'en-commun qui permet à chacun d'être concepteur et acteur d'un avenir humain partagé, pour livrer les individus, marchandises parmi d'autres, au service d'une économie mondialisée conçue comme source de profits financiarisés bien davantage que comme moteur de progrès. (..) L'économie ne saurait se résumer à la course au profit, au mépris des hommes et de la civilisation ; et que tout système économique et politique, pour avoir un avenir, se doit de porter un mouvement de l'humanité vers le progrès. (...) Le refus de la marchandisation générale, y compris de l'homme, est non seulement le fondement d'un humanisme contemporain, mais est aussi indispensable au mouvement de la société si on considère que ses évolutions ont pour but d'améliorer toujours la condition humaine. Chaque fois que l'organisation sociale a nié l'homme, la civilisation a reculé. A l'inverse, les avancées de civilisation émancipatrices sont toujours le résultat de conquêtes gagnées dans les luttes et les révoltes populaires. »(5) Comment sauver la planète et tous ses habitants ? Toute l'argumentation de remise en cause des vertus de la croissance, mesurée sur la base de l'évolution du produit intérieur brut (PIB), n'a de sens que dans les pays du capitalisme avancé, où existe dans certaines classes sociales assez d'aisance matérielle pour rêver d'autres paradis. Vue dans une perspective mondiale, la décroissance est une préoccupation de riches, une petite minorité - dans sa très grande candeur, elle s'inquiète parfois de voir tous les Chinois posséder un automobile, sans aller jusqu'au bout de sa pensée : on maintient le reste du monde en sous-développement pour sauver la « planète » ? Il s'agirait, entend-on, de proclamer avec force que l'argent ne fait pas le bonheur, qu'il y a autre chose dans la vie que l'accumulation de biens matériels. C'est naturellement faire abstraction des couches sociales qui, de plus en plus larges, peinent à joindre les deux bouts, qui n'ont d'autre choix que mal manger, mal se vêtir et mal se loger. Le remède miracle : le bien-être, notion subjective s'il en est. Il ne faudrait plus « maximiser » la croissance, mais le bien-être et le bonheur. Avec raison en 1997, Pierre Bourdieu avec sa lucidité coutumière se posait la question « des coûts sociaux de la violence économique et avait tenté de jeter les bases d'une économie du bonheur. »(6) C'est en fait de cela qu'il s'agit : le bonheur est-il indexé, - comme en Occident - sur la possession toujours plus boulimique des biens matériels ? Ne devons-nous pas chercher une autre façon d'être heureux en consommant mieux ? en consommant moins ?. Ce qui passe , naturellement , par le partage pour éviter un bouleversement irréversible de la vie sur Terre, notre seule et unique Terre, à moins de faire comme une compagnie américaine qui vend des lots de terrain...sur la Lune ! 1.Frédéric Joignot. Sommes-nous trop nombreux ? Le Monde 09.01.09 2.Chems Eddine Chitour : L'Occident et la désymbolisation du monde. Site mille babords 23/12/2006 3.P.Bourdieu. « Le néolibéralisme comme révolution conservatrice », 1997, in Interventions 1961-2001, Agone, 2002. 4.Dany Robert Dufour : L'Art de réduire les têtes, Editions Denoël, Paris. 2003. 5.Patrick Braouezec et Michel Onfray, Une politique de régression. Le Monde du 21.01.08 6.Pierre Bourdieu. L'essence du libéralisme, le Monde diplomatique mars 1998. Pr Chems Eddine CHITOUR Ecole Polytechnique Alger |
Une lueur d'espoir semble enfin apparaître dans le dossier OGM. En effet, la bataille menée par le lobby pro-OGM pour éviter le progrès des connaissances quant à l'impact sanitaire des OGM semble quelque peu s'essouffler.
De quoi s'agit-il ? D'éviter que des études sérieuses, indépendantes et rendues publiques sur les effets des OGM sur la santé humaine ne puissent être menées à bien, a fortiori ouvertes à la
controverse scientifique et au débat public.
La tâche pouvait paraitre ardue dans la mesure où la directive communautaire de 2001 exigeait avant toute mise sur le marché des études sur l'impact à moyen et long terme des OGM notamment sur la
santé et interdisait que ces études puissent être dissimulées au public sous le prétexte du secret industriel.
Le combat a donc été engagé pour ne pas appliquer ce texte grâce au soutien sans faille de la Commission et à l'ambigüité pour ne pas dire le double discours d'un certain nombre d'Etats, dont
malheureusement le nôtre. Comment ?
- tout d'abord, en faisant adopter en 2003 un règlement sur l'alimentation, beaucoup plus laxiste que la directive de 2001, qui ne prévoit pas la publicité des études ni du reste leur
caractère obligatoire et que les industriels peuvent choisir plutôt que le régime de la directive de 2001 pour solliciter les autorisations.
- ensuite , en se battant pour ne pas réaliser les études sur les rats durant 90 jours, ce qui est le strict minimum , lorsque l'on sait que les OGM sont pesticides et que tout pesticide
mis sur le marché doit comporter des études réalisées sur deux mammifères dont l'une durant deux ans. Mais aussi, en tentant d'obtenir qu'aucun Etat ne réalise ces études afin d'éviter totu
débat public ;
- en fin, en dissimulant les rares études faites par les firmes en brandissant le secret industriel, inopposable au terme de la directive de 2001. C'est ce que vient de faire M.Barnier , au
nom du gouvernement français en refusant de rendre publique l'étude sur le MON 810.
Or, cette triple stratégie commence à se fissurer.
Tout d'abord, parce que la contestation sur l'absence d'études sérieuses monte et vient en particulier des Etats-Unis. Vingt-six scientifiques américains viennent de rendre publique une déclaration dans laquelle ils affirment qu'« aucune recherche réellement indépendante ne peut être légalement menée sur de nombreuses questions de première importance ». Loin d'être anti-OGM, certains de ces chercheurs affirment même y être favorables. Dans le cadre de la mise en place de réunions consultatives sur les cultures OGM. Spécialistes des insectes du maïs, ces chercheurs ont dus 'avouer incapables de fornir à l'Etat des informations dans la mesure où la recherche scientifique sur les OGM formellement interdite.
En effet, les vendeurs de semences génétiquement modifiées interdisent par contrat aux acheteurs de mener des recherches sur leurs produits et interdisent la publications d'études extérieures si ils ne les ont aps au préalable validées. « Si une compagnie peut contrôler les recherches (...) elle peut réduire les aspects négatifs potentiels qui peuvent survenir dans toute étude » affirme Ken Ostlie, entomologiste à l'Université du Minnesota. Pour Elson J. Shields, professeur d'entomologie à l'Université de Cornell, les firmes « peuvent potentiellement pratiquer le blanchissage des données et des informations soumises au Ministère de la Protection de l'Environnement (EPA) ». Mark A. Boetel, de l'université d'état du Dakota, raconte pour sa part qu'il a maintes fois essayé d'obtenir les autorisations nécessaires pour étudier la réponse biologique des semences transgéniques à un traitement insecticide. En vain. Ce sujet ayant été rendu public aux Etats-Unis, il est plus que probable que des évolution surviennent d'autant plus que la Californie débat d'un projet de loi mettant à la charge des firmes agrosemencières une responsabilité en cas de pollution.
En second lieu, la contre-expertise menée par le CRII-GEN sur le MON 863 qui a fait l'objet d'un vaste débat européen, même si fidèle à sa tradition , l'EFSA a refusé de revoir sa position,
a mis en lumière les anomalies déjà relevées par Monsanto qui devaient être dissimulées et quelques autres sur le foie, les reins le poids et la formule sanguine des animaux ayant consommé du
maïs MON 863 durant 90 jours. Depuis lors, se sont ajoutées de nouvelles études concordantes , y compris les premières études publiques. Tout d'abord , une étude publique autrichienne, la
plus poussée au monde, qui porte sur plusieurs générations de rats met en lumière des différences significatives pour les rats qui ont consommé un mélange de MON 810 et de NK 603, sur des
paramètres qui sont les mêmes que ceux relevées pour leMON 863, ce qui confirme la possibilité d'effets secondaires. L'étude déjà menée par le Professeur BUIATTI, de Florence en 2008 sur le
MON 810 met en lumière des caractéristiques génétiques inattendues.
De plus, après 10 ans d'atermoiements, l'INRA a fini par mener à bien une étude qui avait été bloquée et qui met en lumière le passage des génes modifiés dans le sang des animaux. Ces études toutes concordantes pour montrer la possibilité d'effets secondaires sur la santé humaine interviennent alors qu'june association de consommateurs belge qui vient de révéler que de plus en plus de produits alimentaires contenaient des traces OGM, y compris des produits bio. Dans son numéro de février, Test-Achats a publié les résultats d'une étude portant sur 113 produits contenant du maïs et/ou du soja, dont 35 produits bio. Un test semblable, effectué il y a 6 ans avait montré qu'aucun de ces produits ne contenait d'OGM. De plus, publiée dans le 21 janvier 2009 sur le site NewScientist, une étude mexicaine démontre que des gènes de maïs génétiquement modifié ont contaminé des variétés sauvages. "Maintenant, c'est officiel", affirme en introduction cette étude, résumant les atermoiements des pro-OGM à reconnaître une réalité et la preuve que le risque de contamination est plus sévère que ce qui avait été envisagé.
Enfin, le secret parait devoir être immanquablement levé. Dans un arrêt rendu fin février, la Cour de Justice des Communautés européennes vient de rappeler que le secret industriel n'est pas
opposable aux informations d'ordre parcellaire relatives à l'implantation des cultures OGM .Mais, la rédaction de l'arrêt est très générale et vise l'article 25 de la directive qui concerne
précisément aussi les études sur la santé.
Ainsi se rapproche inéluctablement l'épreuve de vérité, le moment où les agrosemenciers set ceux qui les soutiennent ne pourront plus éviter de mettre sur la place publique le débat sur les
effets des OGM sur la santé humaine. C'est sans doute la raison pour laquelle la violence est aujourd'hui considérable et les pressions n'ont jamais été aussi fortes pour contraindre les
européens récalcitrants à accepter les OGM. La course contre la montre est effectivement engagée mais le temps risque de manquer à ceux qui ont projeté de rendre la situation irréversible avant
que l'étendue des dégâts ne puisse être connue. Et, leur acharnement pèsera certainement lourd lorsque sera venue l'heure de la recherche des responsabilités des uns et des autres.
Corinne Lepage, ancien ministre, présidente du Crii-Gen
Pour info communiqué des experts de l'AFSSA
« Les experts en ont assez ! »
« Les comités en charge de l'évaluation des risques potentiels liés aux OGM, sont constitués de scientifiques issus de la recherche publique choisis pour leurs
compétences reconnues et attestées par leurs publications dans des revues internationales.
Ils sont impérativement indépendants de toute appartenance à un groupe d'intérêts en relation avec leur mission et ils s'engagent à n'agir qu'en fonction de leurs
connaissances scientifiques.
Les avis collectifs qu'ils émettent découlent de la complémentarité de leurs domaines de compétence.
Chaque avis est basé au cas par cas sur l'analyse critique de toutes les données disponibles, des plus anciennes aux plus récentes et d'une analyse approfondie de
l'ensemble des informations que contiennent les dossiers à évaluer.
Les experts s'efforcent toujours de faire la différence entre conclusions fondées sur des connaissances sérieusement établies et interprétations abusives, voire erronées,
issues de publications et/ou rapports hâtifs qui font souvent plus de bruit qu'ils ne le mériteraient.
Les avis émis par les comités d'experts scientifiques ne sont d'ailleurs pas systématiquement favorables à tous les OGM et curieusement, les avis négatifs ne
sont jamais objets de récriminations.
Les experts signataires rappellent publiquement leur engagement d'indépendance.
Ils considèrent que les conclusions de leurs expertises ne doivent pas servir de prétextes à des prises de positions basées, en réalité, sur des arguments
économiques, sociologiques ou politiques de quelque bord qu'ils soient.
Les experts doivent pouvoir travailler dans la sérénité, ils en ont assez du dénigrement, voire de la diffamation dont ils sont l'objet de manière répétée. »
Liste des signataires (par ordre alphabétique) :
Eric Antignac, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Louis-Aimé Aumaître, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Francine Casse, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Yves Chupeau, Expert ex-CGB
Yvette Dattée, Membre de l'Académie d'Agriculture, Membre du CES Biotechnologie
de l'AFSSA et de l'ex-CGB
Alain Deschamps, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Jacques Dietrich, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Françoise Ergan, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Marc Fellous, Président de l'ex-CGB
Joël Guillemain, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA, expert à l'AFSSAPS,
membre de l'Académie nationale de Pharmacie
Florian Guillou, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Thomas Haertlé, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA et l'AESA
Louis-Marie Houdebine, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA et l'AESA
Philippe Joudrier, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Martine Kammerer, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Thierry Legavre, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Patrice Mannoni, Expert à l'ex-CGB
Didier Montet, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Georges Pelletier, Membre de l'Académie des sciences, Expert à l'ex-CGB
Georges Sicard, Expert à l'ex-CGB
Pascal Simonet, Expert au CES Biotechnologie de l'AFSSA
Henri-Eric Spinnler, Membre du CES Biotechnologie de l'AFSSA
Maria Urdaci, Expert au CES Biotechnologie de l'AFSSA
Sigles :
AESA : Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire,
AFSSA : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments,
AFSSAPS : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé,
CES : Comité d'Experts Spécialisé,
CGB : Commission du Génie Biomoléculaire.
Notre combat
pour l'environnement et l'avenir de l'homme, doit-il nous enfermer dans une mono-pensée, faisant passer pour "hérétique" les moindres contradictions. C'est certainement une position que nous avons
défendu et défendons encore, mais nous devons avant tout prendre toute les garanties sur ce que nous affirmons et confronter nos points de vues avec nos contradicteurs pour approcher de la véritée
et ne pas nous enfermer dans la spirale de l'aveuglement.
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