Partager l'article ! La faim dans le monde : Aucune leçon retenue des émeutes de la faim: ...
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8 mai 2009 (Nouvelle Solidarité) - En avril 2008, des « émeutes de la faim » avaient éclaté dans une quarantaine de pays, parfois parmi les meilleurs élèves du FMI, (Egypte, Maroc, Philippines, Haïti, Nigeria, Cameroun, Côte-d'Ivoire, Mozambique, Mauritanie, Sénégal, Burkina, etc.). Des manifestations parfois violentes avaient alors fait descendre dans la rue des citadins aux revenus modestes, pour protester contre la vie chère.
Aujourd'hui,le nombre de personnes souffrant chroniquement de faim est passé de 854 millions en 2007 à 963 millions en 2008 et selon la FAO, ce chiffre passera le cap faramineux du milliard en 2009, touchant un sixième de la population mondiale.
Pourquoi ?
D'après l'économiste Jean-Yves Carfantan, cité dans Le Monde du 5 avril, « fin 2008, cinq pays se distinguaient par l'importance de leurs acquisitions de terres arables à l'étranger : la Chine, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, le Japon et l'Arabie saoudite. Ensemble ils disposent aujourd'hui de plus de 7,6 millions d'hectares à cultiver hors territoire national, soit l'équivalent de 5,6 fois la surface agricole de la Belgique... ».
Déjà aujourd'hui, le Japon et la Corée importent 60% de leur alimentation et l'on considère que la Chine, un continent qui ne possède que 9% des terres arables du globe, aura installé, d'ici 2010, un million de paysans sur des terres hors de son territoire. Ainsi des pays prospères, comme les pétro-monarchies du golfe Persique, qui manquent de terres agricoles, se retrouvent propriétaires de millions d'hectares en Ouganda, au Kenya, au Cambodge, au Pakistan, pays n'étant eux-mêmes pas en situation d'autosuffisance alimentaire. Comble d'aberration économique, la Libye du colonel Kadhafi compte même troquer du gaz libyen contre les riches terres d'Ukraine. L'Europe n'est pas en reste, puisque 15% de la surface totale de la Roumanie, soit plus de 15 millions d'hectares, est déjà entre les mains de propriétaires originaires d'autres pays européens.
La motivation des fonds spéculatifs est encore moins acceptable car pour eux, la nourriture n'est qu'un produit financier. Entre 2001 et 2007, le volume des transactions financières a été multiplié par vingt-cinq sur les denrées agricoles. Le krach boursier a fait perdre quelques plumes aux spéculateurs : en 2008, la valeur des actifs confiés aux hedge funds a plongé de 40% en raison des retraits importants de clients paniqués et de la chute de leurs performances. Ce qui ne fait que doubler la cupidité et la pugnacité des survivants en quête d'une santé qu'ils espèrent retrouver grâce à l'eldorado que représentent les variations des prix alimentaires sur lesquelles ils adorent surfer : des variations potentielles anticipées de plus de 300% à la hausse ou à la baisse !
Ainsi, après George Soros en Argentine, Goldman Sachs et la Deutsche Bank en Chine, le fonds d'investissement américain Black Rock vient d'annoncer la constitution d'un fonds spéculatif agricole de 300 millions de dollars, dont 30 sont dédiés à l'acquisition de terre. Le britannique Dexio Capital souhaite acheter 1,2 million d'hectares de steppes russes. La société française Louis Dreyfus Commodities qui possède 60000 hectares au Brésil, est actuellement intéressée par l'achat ou la location de terres au Nigeria et en Afrique sub-saharienne. Tant pis pour les cultivateurs du cru, souvent dépourvus de titres de propriétés et des moyens d'acquérir leurs propres terres. Le gouvernement de Madagascar vient d'être renversé par une population furieuse, après avoir confié 50% des terres agricoles de l'île au groupe sud-coréen Daewoo.
Ce contexte n'est guère rassurant. En effet, si nous continuons à livrer la planète aux usuriers et autres accapareurs, nul besoin d'être sorcier pour anticiper de nouvelles émeutes alimentaires et au-delà, l'effondrement de la capacité humaine d'accueillir une population mondiale aussi nombreuse. Pour certains stratèges de la géopolitique malthusienne, la dépopulation mondiale n'est que la rencontre entre l'utile et le désagréable...
Il est grand temps de changer de cap. En organisant un vrai « nouveau Bretton Woods » qui met l'argent au service de l'homme et non l'inverse, on peut envisager une nouvelle « révolution verte » à l'échelle planétaire capable de nourrir au moins 10 milliards d'individus d'ici 2050. Il ne manque que la volonté politique.
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