Partager l'article ! Non, la crise n'est pas derrière nous, bientôt : Octobre noir !: Une rentrée économique pour le moins préoccupante Par Jean-Pierre ...
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
Une rentrée économique pour le moins préoccupante
Par Jean-Pierre GÉRARD, Vice-Président de DLR, ancien membre du CPM, président de N°1 mondiaux de l’UE, chef d’entreprise
La quasi-totalité des analystes économiques (le fameux consensus d’experts cher à Jean-Claude Trichet) acceptent l’augure d’une reprise de l’activité. Chacun y va de son intense satisfaction. C’est grâce au plan de relance, c’est grâce à l’action du chef de l’Etat. C’est grâce à la politique monétaire de la FED, de la Banque Centrale Européenne. Bref les satisfécits de pleuvoir d’autant plus drus que les mêmes n’avaient rien vu venir et n’ont pas compris et ne comprennent toujours pas, que rien n’est réglé. La morphine monétaire a fait son effet mais l’ensemble du monde est devenu monétaro morphinomane, sans que qui que ce soit envisage de changer son style de vie, son rôle dans le monde et surtout n’abandonne les dogmes et théories stupides, qui utiles pour soutenir la réflexion comme toutes les théories, se révèlent à l’usage complètement inadaptées tant les conditions de validité de ces théories sont loin d’être réunies.
Tout d’abord des réflexions de bon sens.
La dictature des pourcentages pris dans n’importe quel sens nous conduit à de graves erreurs d’analyse. Ainsi on affirme avoir une reprise de 0,3%, après 3 trimestres de baisses
consécutives de 0,2%, 1,5%, et 1,2%. Partant d’une valeur de 100, cela nous donne une valeur du PIB de 97,32 auquel une croissance de 0,3 donnera une valeur de 97,61. Or le Pib étant de 1800
milliards d’€, cela signifie que le Pib a perdu 43 milliards d’€. Sachant que la VA par personne est en moyenne de 60000 €, cela nous conduit à des équivalents emplois de 700000 personnes, et les
fameux 0,3% du 2ème trimestre ne pèsent pas lourds.
Il est en outre fort vraisemblable que tous ces chiffres soient biaisés par la spécificité française du poids administratif. Sachant que la « production des administrations » est
comptabilisée au coût des facteurs (puisque nous n’avons pas de prix des administrations) et que par ailleurs les coûts des dites administrations ont continué d’augmenter, il en résulte
mécaniquement que le tissu productif français s’est encore affaibli.
On se réfère à la tenue du marché boursier pour espérer la reprise. Or ce marché est toujours au mois d’août sujet à de variations erratiques qui n’ont que peu de signification, eu égard au
petit nombre des transactions.
Par ailleurs l’évolution favorable de la bourse n’est pas significative de l’amélioration de l’activité, je pense même que c’est souvent le contraire. Les masses monétaires disponibles sont
infiniment plus importantes en valeur que la masse des opportunités d’investissement dans les financements des entreprises. Mécaniquement il en résulte une appréciation des valeurs mobilières.
Alors autant le dire tout net, je ne crois pas à la résorption des difficultés, ni même à une reprise durable, car trop peu de choses ont changé pour que cela se passe. Passons en revue les
différents éléments qui me conduisent à cette analyse.
Du côté positif de la balance mettons l’extinction de l’explosion financière de septembre 2008. Due aux subprimes, elle a été étouffée par la mise sur le marché monétaire de masses
considérables. Je pense qu’une fois l’explosion arrivée il n’y avait guère d’autre moyen de faire autrement. Si la Fed a réagi rapidement, on peut quand même constater que la Banque Centrale
Européenne a lamentablement tardé à baisser les taux d’intérêts et je ne pense pas que Jean-Claude Trichet l’ait fait de gaité de cœur mais sans doute forcé par les responsables politiques. Le
drame c’est qu’on a étouffé l’explosion en la noyant sous de l’explosif.
Mais avait-on les moyens de faire autrement, car il fallait gagner du temps et éviter une contagion qui aurait pu être dramatique. Cette méthode était la seule possible et disponible à
court terme. D’ailleurs on n’avait pas traité autrement toutes les crises précédentes, Mexique, Argentine Thaïlande, faillite du fonds LTCM et j’en passe comme la bulle internet.
Mais la procédure d’urgence ne doit pas masquer toutes les conséquences négatives qui en sont résulté pour l’économie. Car à chaque crise après avoir affirmé qu’on a pris toutes les mesures, tout
recommence comme avant, et la pseudo-croissance induite par l’inflation de la valeur des actifs entraîneront de nouveau les mêmes explosions. La crise mexicaine a été moins grave que celle de la
Thaïlande ou que celle de LTCM, mais à chaque fois la masse monétaire croissait et avec elle la valeur des actifs dont la rentabilisation dès lors devenait de plus en plus difficile. Aujourd’hui
encore nous n’échapperons pas à ce scénario.
Tout d’abord pour la première fois, les actifs toxiques des banques ne sont pas des surévaluations d’actifs réels correspondant à une mesure faussée de la réalité, mais à de faux actifs
puisqu’il s’agit de créances garanties par des dettes irrécouvrables. Ces fameux dérivés qui, en fait, ont été le moyen pour les banques de mutualiser leurs risques. Surévaluer un actif réel,
c’est peu recommandable mais quand j’ai une maison, qu’elle vaille 500 ou 200 mille euros n’a que peu de signification car c’est ma maison et je l’habite. Si je la vends il ne s’agit guère que
d’une réallocation des actifs sans conséquences graves. En revanche une créance garantie par une dette irrécouvrable ne vaut rien. Or les estimations faites par quelques uns qui s’y sont risqués
est au minimum de 70000 milliards de $, et au maximum de 400000 milliards de $. La richesse mondiale pour autant qu’on puisse l’évaluer, se situerait aux alentours de 70 à 80000 milliards de
$.
Il faudra donc bien passer ces pertes et pour l’instant le moins que l’on puisse dire, c’est que les banques ne se précipitent pas. Chaque banque espère s’en tirer en retardant le plus
possible l’échéance de la passation des provisions.
Mais laissons de côté cette comptabilité bancaire faite de sous estimation du risque pour nous intéresser aux effets sur l’économie réelle.
La première conséquence entraine la léthargie du financement des projets nouveaux et de l’éventuel redémarrage de l’activité. Les banques sont obligées d’accroître leurs profits et elles le
font de 3 manières (sans compter l’augmentation des tarifs bancaires). Elles ont une ressource à bas prix avec le financement des banques centrales à quasiment Zéro, elles ont maintenu les taux
d’intérêts des fonds prêtés à un niveau élevé, (il est vrai que le Président s’en est ému et que certaines baisses se sont manifestées) mais elles ont considérablement limité leurs financements
aux entreprises sous prétexte de risques de ceci ou de cela, et la le pouvoir politique ne peut rien faire sauf à renationaliser les banques.
La deuxième conséquence consacre l’irresponsabilité bancaire. A quoi bon la prudence puisqu’on sait que toujours les Etats viendront renflouer les banques. De fait le gouvernement s’est
laissé convaincre qu’il fallait sauver les banques, alors que c’était les fonctions aujourd’hui remplies par les banques qu’il faut pérenniser.
La troisième conséquence c’est la disparition de tout un tissu qui ne renaitra pas. Déjà la France avait du mal à faire émerger des activités pérennes.
La quatrième erreur est celle de l’emprunt. Comment un pays endetté de plus de 2000 milliards d’€ selon les chiffres officiels du rapport Pébereau peut il envisager de faire un emprunt. On
ne fait pas d’un emprunt une politique. L’emprunt est un moyen pour financer des activités dont la rentabilité attendue doit être supérieure au cout de cet emprunt. Or qu’y a-t-il dans les
tuyaux, rien si ce n’est des projets à la rentabilité plus que douteuse (TGV pour concurrencer l’avion sur Nice, c’est à dire on finance un projet à la limite de rentabilité pour la SNCF, et on
tue un investissement déjà réalisé par Air France, belle utilisation d’un emprunt national !)
Enfin à beaucoup plus long terme, nous aurons des mécanismes qui viendront nécessairement limiter le potentiel de croissance réelle, avec l’inévitable inflation et la croissance de la
fiscalité. Il apparait clairement en outre que le G20 compte sur la réglementation pour que les risques soient écartés, et personne ne veut ou peut définir des règles de fonctionnement stable, ni
créer les règles de non contamination quand la catastrophe se produit. Pour donner une image, la politique de prophylaxie mise en œuvre pour la Grippe porcine prévoit bien l’établissement de
barrières entres les individus. La mise en place d’un protectionnisme européen que nous appelons de nos vœux, serait bien faite pour éviter les propagations de désordres provoqués par un
comportement irresponsable. Nous ne sommes pas sots au point de ne pas voir l’intérêt du libre échange, mais nous le sommes encore moins lorsque nous analysons les dérèglements auxquels il
conduit.
La non contamination c’est bien, mais il serait souhaitable que le pilotage de l’économie soit conçu par la mise en œuvre de mécanismes auto stabilisateurs. Une des raisons essentielles du dérèglement monétaire vient de ce que les intermédiaires et les produits financiers n’ont plus aucun lien avec la réalité. Tous les mécanismes imaginés, options, CDS, sont des mécanismes dont la relation avec le réel devient de plus en plus ténue.
Le mécanisme des stocks options est à cet égard symptomatique. Vous recevez des options sur des actions à prix déterminé, à l’avance. Si au moment d’exercer ces options le prix de l’action est inférieur, vous ne levez pas vos options et vous n’avez rien perdu. En revanche si le prix de marché est supérieur alors vous levez vos options, et récupérez une plus value sympathique. Dans ce cas un des moyens pour se raccrocher à la réalité serait d’obliger ces si fameux grands patrons qui, parait-il, ont toutes les qualités de management requises, d’investir 10% de leur revenu annuel (de plusieurs millions d’€), comme le font des milliers de patrons de PME. S’ils sont si efficaces ils auront la juste rémunération des capitaux investis de leur talent, s’ils échouent, ils auront perdu une part significative de leurs capitaux. Dans tous les domaines de la finance il existe de tels systèmes de régulation automatique et ce n’est pas le lieu ici d’en traiter, mais cette voie me parait plus prometteuse que celle d’une réglementation toujours plus contraignante à en devenir tatillonne, pour finalement ne plus gêner que les honnêtes gens. Sur le plan politique on voit bien également que les acteurs et l’Etat n’ont aucune envie de voir se rétablir un certain rapprochement entre la valeur financière et la valeur réelle, (c’est à dire la valeur rentabilisable) les banques parce qu’elles mesurent ainsi leur puissance, et l’Etat parce qu’une grande partie de la fiscalité du patrimoine en dépend. Impôts sur du vent ou puissance sur une baudruche personne ne voudra perdre l’apparence de sa pseudo richesse qui un jour ou l’autre reviendra à sa véritable nature qui est d’être de la fumée.
Inflation des valeurs d’actifs, fiscalité croissante pour faire face aux difficultés financières, tout est réuni pour une activité en tôle ondulée de faible amplitude et donc par suite un chômage qui va fluctuer autour d’une moyenne élevée. Incapables de rembourser nos emprunts, incapables de satisfaire les légitimes aspirations des Français, incapables de poursuivre la politique de redistribution avec laquelle on achète la paix sociale, nous perdrons notre indépendance économique, militaire et finalement politique. L’Allemagne et l’Angleterre, chacune poursuivant son destin (Mittel Europa et atlantiste) auront réussi grâce à l’Europe et à la pusillanimité de nos dirigeants depuis 25 ans à obliger la France à se taire.
Reste plus qu'à espérer que ce système s'effondre enfin, et vite. Je ne suis pas sûre que ce soit bien réaliste, qu'en pensez-vous ?
Pour certains c'est l'enrichissement le plus vite possible pour créer une caste favorisée qui pense s'en sortir ; là est leur erreur car ils seront les premiers à plongés.
Nous sommes à la veille d'une "révolution" tout simplement parce que même avant 1789, la pauvreté n'était pas aussi grande dans notre pays, et surtout cette fois elle est planétaire et tout le monde peut avoir accès à cette information.
Salutations
condor79