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Les dirigeants de banques centrales se demandent s'ils n'auraient pas dû au début de la crise nationaliser l'ensemble des banques.
| jeudi 20 août 2009 Partager sur:Les gouvernements ont été trop coulants avec les banques. Responsables de cette crise, elles ont obtenu des montagnes d'argent public et s'en sortent les premières, les dirigeants et les traders se servant au passage des bonus monstrueux. Ce débat, lancé par les prix Nobel Stiglitz et Krugman aux Etats-Unis et, vaguement repris par les gauches en Europe (très très très vaguement), a été tué dans l'œuf par l'administration Obama. Larry Summers, le conseiller de la Maison Blanche, et Tom Geithner, le ministre, ont expliqué qu'il n'y avait pas d'autre solution concrète. Point final. Et comme cette réponse avait reçu l'assentiment du saint homme président des Etats-Unis, personne n'est allé plus loin.
Et voilà que le débat reprend, et pas n'importe où: au cœur du cœur du dispositif. Le Président de la banque centrale de Kansas City, l'une des 12 banques régionales chapeautées par la Federal Reserve, un peu comme la Banque de France dans le système euro, Thomas Hoenig, a dit qu'il aurait fallu laisser les grandes banques faire faillite, liquider les actionnaires et les nationaliser. Et, accrochez-vous à votre feuille d'impôts, Ben Bernanke le patron de la Fed, a soutenu son collègue. Il demande que cette proposition soit débattue (encore que de façon informelle) lors du sommet de Jackson Hole, grande nouba annuelle des banquiers centraux mondiaux qui commence mercredi 20 août! On croit rêver!
Hoenig, jeune homme de 62 ans, est un faucon. Il a été membre des commissions de supervision des banques, il est connu pour avoir toujours pris des positions dures, contre l'inflation en premier. Et il a forgé ses convictions sur le sauvetage des banques lors de la crise d'une banque de l'Oklahoma en 1982 qui, faisant boule de neige, a poussé le gouvernement à nationaliser Continental Illinois.
Dans une conversation privée, il a expliqué que les banques sans assez de fonds propres ou qui ont perdu la confiance des investisseurs ne devraient pas être sauvées. Au contraire, l'Etat devrait les déclarer insolvables, virer les dirigeants et imposer aux actionnaires de prendre leurs pertes.
Ce point de vue a fait trainée de poudre. Hoenig a dû s'en expliquer devant le Sénat. Et beaucoup, dans les milieux des banquiers centraux, ont officieusement approuvé le sens de ses déclarations. Des milliards de dollars ont été apportés aux grandes banques américaines mais aucun effort ne fut demandé aux actionnaires: le contribuable a payé sans obtenir rien en échange. La philosophie était qu'il fallait à tout prix «sauver le secteur bancaire» comme «préalable» à toute reprise économique. Leçon était tirée de 1929 puisque le «laisser-tomber» des banques de l'époque avait créé la catastrophe.
Cette politique qui revient quand même à blanchir les coupables a soulevé des aigreurs dans les opinions publiques en Amérique comme en Europe mais que faire quand les autorités répondent «qu'il n'y a pas d'autres solutions», selon le fameux «TINA» de Thatcher (There Is No Alternative) ?
Hoenig en apporte une: exiger que les actionnaires des banques qui ont demandé l'aide de l'Etat soient pénalisés d'une façon ou d'une autre. L'idée n'est pas forcément de nationaliser les banques mais de faire payer les actionnaires. Voilà la seule manière de les responsabiliser - enfin!- et d'éviter que l'insouciance généralisée du milieu bancaire, cause de la crise des subprimes, ne se reproduise demain.
Le débat, on peut l'espérer, va s'ouvrir à nouveau dans le contexte de début de reprise économique qui voit les banques retrouver des profits record. Les autorités politiques se retrouvent sur la sellette: vous n'exigez donc rien des banques? En France, on regarde l'affaire par le petit bout de la lorgnette, les bonus des traders, tout en avouant d'ailleurs qu'il ne faut rien faire tant que les autres pays ne font pas pareil, sous peine d'abîmer «la compétitivité de la place de Paris».
Mais le sujet est beaucoup plus vaste: le sentiment d'impunité du secteur financier nourrit ce que Charles-Henri Filippi, ancien PDG de HSBC France, nomme «la dérive oligarchique» de nos sociétés dans un livre excellent dont j'avais gardé la lecture pour cet été «L'argent sans maître». Filippi qui se veut militant du « bon argent » dans la ligne du protestantisme de Max Weber, tremble à l'idée que les aigreurs populaires ne débouchent sur du populisme et du protectionnisme. Il réclame des mesures dures contre «l'argent prédateur» de la part des gouvernements pour qu'ils cessent de paraître en collusion avec « un groupe identifié de capitalistes privés avec lesquels il partage le pouvoir». Il dit, lui aussi, qu'on aurait du nationaliser les banques défaillantes.
L'ensemble de mesures qui seront prises à l'issue des G20 sur la régulation financière sont-elles suffisantes pour empêcher un retour à l'hyper-finance, ses mécanismes prédateurs et ses inévitables excès? Ou bien faut-il que les politiques marquent le coup beaucoup plus brutalement, sans forcément nationaliser car il y a des «solutions de marché», pour mettre les banques à raison? Merci à Tom Hoenig de rouvrir le vrai débat.
Eric Le Boucher
Image de Une: Graffiti sur un mur de la Banque d'Angleterre «Le gouvernement ment, les banques volent. Les riches rient» REUTERS
Facile à dire maintenant ! C'est il y a un an qu'il fallait le dire ! Dans l'état actuel des choses, il faut revenir à la séparation stricte des banques d'affaires et des banques de détail. Laisser crever les banques d'affaires et nationaliser les banques de détails ! Mais êtes vous assez naïf pour croire que les tenants du système actuels laisseront faire quoique ce soit ! Rien, les voleurs ont gagné !
Nous sommes des Proletaires, face a des bandes organisees qui par collusion d'interets se controlent et nous font croire tout et son contraire : Banques a sauver d'Urgence : deux mois apres :
Bonus et profits records.
Au moins les Banques Americaines ont eu la decence de rembourser les prets Federaux avant de distribuer les bonus par Milliards quelque mois apres l'annonce de leur Coma prolonge !
L.DELAMOURD
Il semblerait que ces messieurs se soient prononcé ainsi il y a un moment, mais que leurs propos aient été "étouffés"... ne désepérons pas que l'avenir les rappelle.
Ce qui me semble le plus troublant dans cette immense imposture, c'est la passivité du client lambda des banques.
Certes nos comptes de dépot ne sont pas le pilier de toutes ces banques, mais à voir l'énergie qu'elles consacrent à nous séduire, elles doivent sans doute y trouver un intérêt quand même; il suffit d'ailleurs d'observer l'explosion des frais qui nous sont ponctionnés pour s'en convaincre.
Pourtant Lambda râle et ne fait rien... est-ce si difficile de changer de banque ?
Pour laquelle me direz-vous ?
Eh bien à ce jour La Banque Postale est encore publique non ?
Le service n'y est pas pire qu'ailleurs et les gestionaires semblent moins soumis à quelques humeurs instables...
Tant que les Lambdas que nous sommes continueront de râler de la sorte, les caravanes de billets continueront de passer...
ego108
le Crédit coopératif et la nef sont les banques où les "lambdas" devraient se précipiter pour déposer leurs chèques d'indemnité de licenciement plutôt que les mettre dans les banques qui ont provoquées leur départ !
pier31
Je me réjouis de voir que des experts osent enfin évoquer la responsabilité des actionnaires des banques. La logique du risque dans le capitalisme (ce que l'on risque de perdre vs ce que l'on
espère gagner) est le début de la sagesse et constitue le principal élément d'équilibre qui guide les investisseurs. La politique des gouvernements mondiaux a, en gros, effacé le risque des
investisseurs vis à vis du secteur bancaire, c'est ce qui explique son rebond actuel.
Il faut que les états puissent reprendre une banque en faillite à la valeur de marché, c'est à dire proche de zéro, puis intervenir dans sa remise sur pied au titre du principe selon lequel on ne
peut pas laisser disparaitre le secteur (ce qui est exact), en y mettant les milliards qui ont été prétés au banques en 2008, puis la revendre ensuite lorsque la situation est rétablie. Il
faudrait que cette politique soit clairement annoncée, qu'elle soit encadrée là où c'est nécessaire par la loi et la règlementation.
Europe
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