Lundi 8 février 2010
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Une nouvelle peur hanterait « les marchés », celle du déficit public. Une blague ! En fait les spéculateurs ont mis au point une stratégie destinée à obtenir des intérêts toujours plus élevés.
Ils s’en prennent d’abord à la Grèce et au Portugal. Mais les autres, tous les autres suivront.
kentwang (Flickr - cc) En 1947, lors de la première conférence
du Kominform (successeur du Komintern dissous en 1941), un dirigeant communiste hongrois avait défini la tactique que devaient suivre les communistes dans les démocraties. Il comparait alors
les partis non communistes de son pays à un salami : « Je découpe une première tranche et je la mange. Ensuite je découpe une seconde, que j’avale. Puis une troisième et ainsi de suite … »
L’anecdote est restée célèbre sous le sobriquet de « tactique du salami hongrois », qui désigne un processus de conquête de l’hégémonie par étapes successives. Le mur est tombé en 1989, et ce
sont aujourd’hui les spéculateurs qui nous resservent le salami hongrois, mais agrémenté à leur propre sauce.
Car à quoi avons nous assisté cette semaine ? D’abord à un assaut sur la dette grecque. Après une campagne de presse intense sur le thème de la « dette insupportable de la Grèce », et de ses
soi-disant « mensonges statistiques », le taux d’intérêts exigibles sur les emprunts à 10 ans de la Grèce sont désormais à 7%. Soit 6% au-dessus de l’inflation ! C’est évidemment
insupportable pour un petit pays qui doit emprunter 50 milliards cette année. Mais c’est ainsi. L’agence Moody’s ayant dégradé la note de la Grèce, les « marchés » considèrent, ou plutôt font
semblant de considérer tant c’est improbable, que la Grèce a quatre fois plus de chance de faire défaut que le Maroc ! On est en plein conte de fées, auquel certains journaux donnent foi.
C’est ainsi que le Figaro de samedi titre
« les déficits publics
inquiètent les marchés », ou encore « les investisseurs tétanisés par la montée des risques ». Le raisonnement est simple : les épargnants seraient chagrins de la montée des dettes publiques.
(30000 milliards de dollars). Et demanderaient une juste rémunération du risque lorsqu’ils prêtent de l’argent aux Etats qui ont besoin de se financer à crédit. Comme els Etats européens
comptent « lever » 2200 milliards d’euros en 2010, les taux d’intérêts montent aussi. On nage dans la « pensée inique ».
La vérité est bien plus sordide : des fonds à risques, hedge funds, ont bien compris qu’il y a de l’argent à se faire sur la montagne d’emprunts que doivent lancer les Etats. Grâce au système de
CDS (consolidated default swaps) qui sont une assurance soi-disant sur le risque, ils obtiennent de faire monter artificiellement les rendements des obligations d’Etat. Malins, ils ont commencé par
la Grèce, maillon faible, qui doit payer 428 « points de base », c’est à dire 4,28% ajoutés au 3% environ auxquels emprunte l’Allemagne, la meilleure « signature ». Comme le gouvernement grec n’a
obtenu aucune aide de la part de l’Europe « du Nord », il doit payer le tribut aux marchés. Voyant que cela marche, les même hedge funds s’en sont pris ensuite au Portugal, puis à l’Espagne. La
semaine prochaine ce sera l’Italie. Ils visent déjà les Etats-Unis, prenant prétexte du relèvement du plafond d’emprunt par le Sénat à 1900 milliards de dollars. Tranche par tranche, pays par pays,
les fonds spéculatifs vont demander des taux d'intérêts plus forts.
En 1947-1948, les partis démocratiques des pays de l’Est furent dévorés les uns après les autres par le Parti communiste, parce qu’ils ne voulaient pas se liguer pour se défendre. Le même phénomène
est à l’oeuvre aujourd’hui. Tout le monde trouve « normal » que la Grèce paye puisqu’elle a fauté en mentant sur la réalité de son déficit public. En fait tout le monde est au courant depuis
longtemps de la falsification des Hellènes. La banque centrale de Grèce calculait très officiellement le « vrai » déficit » et le communiquait à Bruxelles, sans réaction ! Mais ce n’est pas grave
pour certains obtus compagnons de routes du néolibéralisme. Même
Libération ce samedi, malgré un dossier très bien fait avec la collaboration de
Jean Quatremer, reprend la rengaine «
la Grèce a triché…elle
doit mettre de l’ordre dans sa gabegie ». Car pour les amis de Libé,
François Sergent en tête, le danger, ce n’est pas tant
que les retraités, paysans, salariés grecs soient saignées à blancs par des rentiers, comme il est presque indifférent que l’Espagne affiche déjà un taux de chômage de 18%. Non le drame, c’est
surtout que « l’euro est attaqué »! Incroyable. La monnaie unique est passé à 1,39 pour un dollar. C’est plutôt une bonne nouvelle pour les industriels qui exportent. Mais pour Libération, il
faudrait sauver « l’euro fort ». C’est se tromper de cible : il n’y a pas de danger d’éclatement de la zone euro, pour la bonne raison que tous les pays ayant leurs dettes libellées dans
cette monnaie, il n’est pas question d’en sortir. En revanche il faudrait agir vite pour briser la spéculation avant qu’elle ne se frotte à la dette italienne, ou française…
Les pistes existent, on les rappelle vite :
- trouver une solution pour permettre à la Grèce d’emprunter « hors marchés », au taux moyen de la zone euros par exemple. Sur les 2200 milliards d’euros que les pays européens vont
emprunter, les 50 milliards de la Grèce sont une goutte d’eau. Ce serauit une aide à la réalisation du programme de rigueur du gouvernement Papandréou.
- casser les hedges funds en les réglementant et en leur interdisant de jouer sur la dette souveraine. Plus généralement limiter drastiquement toute la sphère de la finance spéculative. Nous
n’avons pas intérêts à ce qu’interdits de jouer sur la dette publique, les spéculateurs et leurs amis se ruent sur les matières premières !
- pour cela il suffit d’interdire aux banques de leur prêter de l’argent
- remonter les impôts de manière coordonnées pour rembourser la dette et la ramener à un niveau soutenable de manière à soulager les gouvernements de la menace antidémocratique des marchés
- investir pour obtenir une croissance vigoureuse, qui seule permettra un désendettement rapide. Pour hâter ce mouvement, accepter une inflation à 3% l’an, par l’augmentation des salaires.
Rédigé par Hervé Nathan le Samedi 6 Février 2010 à 16:08 |
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