Lundi 15 mars 2010
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Le Peuple Français, dans sa plus totale souveraineté, après avoir subi une campagne de propagande médiatique sans comparaison en faveur du vote oui, avait voté non à plus de 54% au traité
constitutionnel européen le 29 mai 2005. Le 8 février 2008, le Parlement français, réuni en congrès, approuvait le traité de Lisbonne, à savoir une copie amoindrie mais reprenant les pires aspects
du traité constitutionnel rejeté par les Français. Jamais la République n’avait eu à subir un tel déni de démocratie et tout le monde s’est tu. Tout le monde.
Que l’on remette en cause le résultat d’un référendum, qui plus est au bout de deux ans seulement, constitue une forfaiture politique inacceptable pour tout démocrate qui se respecte. Certes,
Nicolas Sarkozy avait prévenu durant la campagne présidentielle de 2007 qu’il contournerait la décision populaire par une procédure parlementaire, mais cela ne légitime pas pour autant une
violation aussi grossière du suffrage universel, particulièrement dans une grande démocratie comme la France. Avec 53,65% d’abstention au soir du 14 mars 2010, notre pays paye le prix lourd de
cette violation morale de la souveraineté populaire. Car rien n’est pire que de dégoûter le citoyen de sa mission électorale, rien n’est plus dangereux que de priver un électorat de sa
victoire.
C’est pourtant ce qui s’est passé, en 2008, dans notre bonne vieille république. Les électeurs auxquels les partisans du oui en 2005, l’UMP, le PS, le sommet de l’Etat, ont répondu « cause
toujours », en s’asseyant sur leur vote, ont répondu « merde » à l’occasion de ces élections régionales. Ces électeurs constituent à nouveau une majorité, quasiment comparable à
celle de mai 2005, manifestant son rejet d’un système qui ne sait plus que passer en force, et les leaders politiques ont beau donner toutes les explications possibles à ce désaveu populaire, aucun
n’a eu le courage de reconnaître que cette abstention massive, dramatique, inquiétante, a pour principale origine ce mensonge historique qu’est l’approbation du traité de Lisbonne par ce que l’on
hésite encore à qualifier de « représentation nationale ». En se détournant majoritairement des urnes, en ce 14 mars 2010, alors que les enjeux politiques n’étaient pas escamotés, bien au
contraire, le peuple Français a craché à la gueule de ceux qui le méprisent. Au delà des analyses politiciennes du moment, navrées ou triomphantes quant aux résultats de ce scrutin régional,
cette situation est très grave. Très grave pour notre démocratie, très grave pour la France. Si un débat de fond sur cette tragédie politique ne s’ouvre pas sur la place publique, nous en paierons
plus chèrement encore les conséquences.
Dimanche 14 Mars 2010 Périco Légasse - Marianne
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