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Les agences de notation servent-elles encore à quelque chose?
Bernard Maris - économiste | Mercredi 10 Mars 2010 à 11:04 | Lu 3201 fois
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Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, économiste. Dès qu'il y a une crise, d'une entreprise ou d'une économie tout entière, les agences de notation américaines ne voient plus rien.
Pire, elles en rajoutent. d'où l'idée de créer une agence de notation européenne.
Carbon NYC - Flickr - CC Après le FME, le fonds monétaire européen,
va-t-on créer une agence de notation européenne ? On a vu le rôle catastrophique joué par les grandes agences de notation américaines pendant toutes les crises. Du coup — encore une idée allemande
— si on créait une agence de notation européenne, honnête, transparente, non inféodée aux banques et à la finance, non inféodée aux grandes entreprises, une agence qui note à peu près correctement
les emprunteurs ?
Souvenez-vous d’Enron, l’un des plus grands scandales de la présidence Bush : le cabinet d’expert comptable Arthur Andersen, avait maquillé les comptes, l’agence de notation Moody’s n’avait rien
vu, et surtout avait attendu 6 mois avant de dégrader la note d’Enron, alors qu’Enron était de fait en faillite.
En général les agences de notation sont, comment dire... payées, mais aussi cajolées, influencées par ceux qu’elles notent bien, ou par ceux qui ont intérêt à ce qu’elles notent mal, ce qui pose un
petit problème.
Conflits d'intérêts
Depuis 1970, les agences sont rémunérés par les émetteurs de dettes. C’est très juteux. Elles prennent 0.01% sur une émission, parfois plus. Mais outre ce conflit d’intérêt majeur que peut
poser la rémunération des agences, on peut leur faire en trois critiques.
La première, c’est que leurs méthodes sont totalement opaques. Comment font-elles pour noter ? Selon quels critères ? Quels documents ? Les documents que leurs fournissent aimablement les gens à
noter ? Mystère. En Novembre 2009, l’Etat de l’Ohio a poursuivi les trois grandes agences, estimant que leurs commissions étaient tellement énormes, qu’elles n’avaient pas pu être neutres dans
leurs évaluations. Impossible.
Deuxième critique, elles sont en situation oligopolistique, elles ne sont pas vraiment « concurrentielles ». Elles sont mimétiques. Elles ont donc tendance à évaluer à l’identique. Si une dégrade,
les autres aussi. Je rappelle qu’elles sont trois depuis 1940 : Moody’s, Standard & Poors, et Fitch. Et elles se tiennent par la barbichette.
Troisième critique, elles se sont presque toujours trompées dans le même sens. La crise de 1929 a été un grand moment où elles ont pu démontrer leur totale incapacité à évaluer ce qui se passait.
En particulier elles n’ont absolument pas anticipé la faillite des états d’Amérique Latine, Bolivie, Chili, Pérou, Brésil etc. Dès qu’il y a une crise, d’une entreprise ou d’une économie, elles ne
voient plus rien.
Agences aveugles
Ce qui conduit à une quatrième critique, tout aussi grave, que l’on a pu constater lors de la faillite des grandes entreprises américaines, de Penn Central ou d’Enron, elles ont tendance à
surréagir. Quand ça va mal, elles enfoncent le clou. Elles ajoutent à la panique. Ou alors elles ajoutent à l’euphorie et créent des bulles type Nouvelles Technologies en étant totalement
incapables d’apprécier le risque.
Car il s’agit évidemment de risque. Le problème, c’est que le risque est un élément difficile non seulement à maîtriser, mais à évaluer, et surtout anticiper. Si vous pouviez anticiper les risques,
vous seriez le roi du Pétrole. L’agence européenne sera donc certainement la bienvenue, ne serait-ce que parce qu’elle brise le monopole des agences américaines aux méthodes douteuses. De là à dire
qu’elle saura anticiper les risques..
A lire :
Les agences de notation de Norbert Gaillard, éditions la Découverte.
Retrouvez « L'Autre économie », la chronique de Bernard Maris, sur France Inter du lundi au jeudi à 06h50
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