Dimanche 25 octobre 2009
7
25
/10
/2009
20:48
« Le syndrome du Titanic » n'a pas rencontré le succès escompté. Christine Clerc nous expliquer pourquoi le film l'a déçu : l'écolo chic abandonne le catastrophisme éclairé d'un Al Gore, et
désespère le spectateur plus qu'il ne l'incite à agir.
Youtube - France2- Thot999
Des trombes, des cataractes d’eau qui s’abattent sur nos toits et sur nos têtes. Des torrents de boue rouge et marron qui emportent nos maisons. Des nuées grises effrayantes où l’on
croit apercevoir des sorcières et des fœtus recroquevillés. Des bus jaunes bondés d’hommes, femmes et enfants noirs squelettiques. Des carcasses de ferraille noircies. Et puis, à perte de
vue, de monstrueuses décharges où courent, pieds nus, des enfants affamés…
Ce n’est pas la banquise blanche, pure et glacée, ce « Syndrome du Titanic ». C’est « Gomorra » et « Slumdog millionnaire » à la fois. Le ventre de la terre, plein de boue, d’excréments, de
détritus. Et pas la moindre lueur au bout du tunnel.
A travers les sifflements de typhons, surgit une voix d’outre-tombe. On dirait Billy Graham, le prédicateur évangéliste qui gagne des millions de dollars en appelant sur nos têtes la foudre
céleste pour nous punir de nos péchés. Mais non, c’est bien Nicolas Hulot. Où est donc passé l’ardent explorateur de « Ushuaïa », qui nous faisait aimer la nature et la vie ? Emporté dans
une folle course à l’audience contre son concurrent Yann Arthus-Bertrand, il s’enivre d’effets spéciaux, se grise de visions de cauchemars.
J’ai tenu une bonne heure, en me demandant s’il allait enfin mettre en cause la responsabilité des dictateurs africains dans la famine de leur peuple et celle des islamistes et combattants fous en
tous genres dans les incendies qui ravagent la planète. Tant pis. Je ne saurai pas dans quelle apothéose se termine le cauchemar de M. Hulot.
Je suis partie avant la fin du film. Accablée.
Rentrée chez moi, je me suis dit «
A quoi bon trier nos déchets ? Et fermer le robinet de l’évier? Puisque tout est fichu. Faisons plutôt la fête ! Consommons, brûlons de
l’énergie. Et que jaillissent les fontaines ! »
Au départ, pourtant, j’étais un bon sujet. En 2006, le film d’Al Gore «
Une Vérité qui dérange » avait été pour moi un choc. L’effondrement prévisible du glacier Groenland, les
inondations gigantesques qui allaient s’ensuivre, les millions de « réfugiés climatiques » … tout cela était affolant. Mais, le choc passé,
le solide Pr Al Gore entreprenait de nous
rassurer : la calotte de glace prélevée dans l’Antarctique, véritable marqueur de l’évolution de la température de notre planète, apportait la preuve que, lorsque les hommes réduisaient leur
production de CO2, l’effet en était immédiat.
En rentrant chez moi ce soir-là, je décidai de prendre une douche plutôt qu’un bain et, pour épargner la forêt, de noircir mes feuilles de papier
recto-verso.
Mais on se lasse de tout. Et puis, le doute s’insinue : les écolos aiment-ils les hommes ou rêvent-ils d’une planète idéale – sans êtres humains ? Certes, le Vert Daniel Cohn-Bendit
a l’air d’un bon vivant. Mais quel cynisme pour parler des ouvriers chassés de leur usine ! Quant à ses disciples … Pourquoi tant de plaisir à punir leurs concitoyens ? Voyez leur taxe carbone :
elle poussera les gens qui habitent la campagne à aller s’entasser dans des mégapoles…
Comme huit millions de Français, je regardai pourtant le film de Yann Arthus-Bertrand,«
Home», le 5 juin. Comme les images étaient belles ! Tous ces champs rectangulaires, si
patiemment labourés et coloriés par des générations avant que, brutalement, en moins de 50 ans, les hommes ne modifient le visage de la terre qui les portait depuis 6 millions d’années. «
Tout s’accélère », répétait sombrement Arthus-Bertrand, et l’on croyait entendre «
La terre, elle, ne ment pas».Je m’endormis.
Pourquoi, malgré tout, être allée voir « Le Syndrome du Titanic »? J’espérais y trouver des réponses raisonnables aux angoisses de citoyens responsables. Mais voilà : Hulot a
découvert qu’on ne suscite l’intérêt des petits enfants qu’en leur racontant des histoires d’ogres.
En rentrant chez moi, décidée à ne plus me laisser mener en bateau, j’allume ma télé et tombe ( «
Ce soir ou jamais», France 3) sur un débat écologiste ! Une jeune femme appartenant,
dit-elle, à la tribu des « sachant » et un quadra très sec qui prétend clouer le bec du géophysicien Claude Allègre au motif que «
les projets positifs, c’est mon business : je passe
mon temps à envoyer des factures aux entreprises que je conseille( en écologie)» vantent l’énorme projet de groupes industriels allemands : produire de l’énergie dans le Sahara grâce à des
millions de panneaux solaires. Emerveillé, Arthus Bertrand opine : il se voit déjà en hélicoptère, photographiant cette nouvelle «terre vue du ciel». Enfin, la parole est à Claude Allègre. «
On
ne va pas fiche en l’air les déserts ! » s’exclame –t-il. Mais il ajoute, sans colère «
Les jeunes ne seront pas optimistes si on ne cesse de leur prédire un avenir plus sombre». » Il
dit aussi qu’on «
va vers le plus petit, mieux distribué », c’est-à-dire vers la production d’énergie locale. Enfin, Allègre parle démographie. «
Savez-vous qu’en Iran, le taux de
fécondité est tombé, en 40 ans, de 7 enfants par femme à 1, 9 ? » Il enchaîne sur l’importance de l’éducation des femmes. «
Il faudrait une mobilisation mondiale, un nouveau
Copenhague ». Quel beau projet !
Vive Allègre ! Voilà un écolo qui nous redonne l’espoir d’une croissance heureuse. Les autres se taisent. Ils n’avaient pas pensé à ca : les femmes. Et puis, comment prendre le pouvoir si
l’on ne fait pas peur ? Si l’on n’annonce pas tous les matins que nous allons sombrer cette nuit à bord du Titanic ?
Derniers Commentaires